Situation sanitaire : Louis Mapou durcit les règles

Pour le président du gouvernement, la question sanitaire est le point de préoccupation le plus important actuellement. Louis Mapou souhaite « changer de braquet » afin de préserver la population des difficultés que pourrait entraîner l’arrivée du variant Delta. La vaccination va devenir obligatoire pour entrer sur le territoire et les motifs impérieux vont être revus afin d’éviter « les passe-droits ».

Premier président indépendantiste depuis l’Accord de Nouméa en exercice depuis un mois, Louis Mapou veut se montrer à la hauteur des enjeux. Et s’il a tenu à animer le traditionnel point presse du gouvernement ce mercredi à la place de Yannick Slamet le porte-parole, c’est pour affirmer sa position, l’unité de l’exécutif, et surtout sa détermination en vue du scrutin. « Le gouvernement collégial est en ordre de bataille afin que le référendum se passe dans les meilleures conditions possible. »

Le président demande le soutien de la population et en appelle aux partis politiques ainsi qu’aux autorités religieuses et coutumières. « Que la Nouvelle-Calédonie s’engage derrière nous, quels que soient les desiderata politiques, économiques et sociaux dont les uns et les autres peuvent se prévaloir. »

Motifs impérieux : le gouvernement va serrer la vis

Louis Mapou n’a pas hésité à exprimer sa « colère » liée aux décisions de justice ouvrant « des brèches dans ce dispositif sanitaire qui nous a permis d’être là où on est aujourd’hui ». D’où l’annulation du vol de dimanche dernier. Si aucune autre n’est prévue pour l’instant, Louis Mapou n’exclut pas la possibilité d’en suspendre à nouveau si les décisions de justice venaient à se multiplier.

Il regrette que la pression vienne non seulement de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur. « Le vers s’est introduit dans le fruit. Quelles que soient les motivations qui ont amené les personnes à faire valoir leurs droits, nous considérons que la protection de la santé de la population est de notre responsabilité. » Le haut-commissariat a confirmé s’être pourvu en cassation contre les décisions de justice prises ce mercredi matin, en réponse à la demande du gouvernement.

Ces recours incitent l’exécutif à prendre des mesures plus contraignantes. Le gouvernement réexamine les critères qui justifient le droit à l’embarquement à destination de la Nouvelle-Calédonie, ces fameux motifs impérieux. « Je fais allusion à tout ce qui peut ressembler à des passe-droits. Je me suis aperçu que beaucoup de motifs étaient discutables et j’ai demandé de serrer la vis. Je le dis avec force, on va regarder tout cela. Cela va impacter, j’en suis conscient, mais il faut peser cela et l’intérêt général du pays. » Ce travail, en cours, sera précisé la semaine prochaine.

La vaccination bientôt obligatoire pour tous ?

Autre décision confirmée lors du point presse, l’obligation vaccinale pour tous les passagers qui prennent l’avion pour le Caillou. Une délibération a été prise en ce sens et sera présentée au Congrès. Le gouvernement étudie même « sérieusement » la possibilité de rendre obligatoire la vaccination à l’ensemble de la population. Dans quel cadre législatif ? « L’État travaille dessus, à savoir si le décret d’application de la nouvelle loi en Métropole pourrait être appliqué ici. »

Enfin, Louis Mapou dit toujours viser la réouverture du pays après la fin de l’année. « On ne restera pas éternellement fermé. Compte tenu de ce que nous avons déjà vécu, à un moment ou à un autre, nous proposerons de rouvrir. Et pour le moment, la date, c’est le 31 décembre. » À condition que le taux de vaccination soit satisfaisant.

Or, le chemin est encore long. Seuls 28,65 % des Calédoniens ont reçu deux doses. Largement insuffisant. « C’est trop peu. Il faut qu’on s’approche du seuil des 50 % pour qu’on puisse amortir le choc d’une pénétration du virus. Mais il faut qu’on arrive à 75 % pour le voir venir avec un peu plus de tranquillité. » Le gouvernement, qui a lancé une campagne de proximité le week-end dernier, envisage d’accélérer le mouvement dès le mois de septembre. C’est l’enjeu. « Si le 31 décembre doit être la deadline pour tout le monde, eh bien, il faut se précipiter pour aller se faire vacciner. »


Accélération de la campagne vaccinale

Louis Mapou regrette le manque d’implication de la population dans le processus de vaccination. « Les opérations menées cette semaine montrent que cela n’est pas un sujet de préoccupation. » Exemples ? 70 personnes vaccinées au vaccinodrome de Bourail ou encore 130 à celui de La Conception. « Cela veut dire qu’il y a un problème sur lequel il faut s’interroger, il y a de quoi se poser des questions. » Le gouvernement planche sur l’élaboration d’un plan avec une programmation plus intense à partir du 1er septembre grâce à l’aide de personnel soignant bénévole.


55 recours depuis 2020

La question des recours n’est pas nouvelle. L’État en recense 55 en première instance et 47 en appel, du 3 avril 2020 au 16 août dernier. Ces recours sont systématiquement dirigés contre les arrêtés individuels de placement en quatorzaine, des arrêtés du haut-commissaire au titre de la compétence de l’État en matière de garantie des libertés publiques dans laquelle entrent les mesures privatives de liberté. Cette compétence permet à l’État de produire une défense et de développer des argumentaires sur chaque recours.

Ces actions en justice se sont intensifiées ces dernières semaines. Au début de la crise, ces mesures étaient plus facilement acceptées. La vaccination est également entrée en ligne de compte. La cadre juridique global de la crise a évolué et les cabinets d’avocats ont approfondi leurs analyses et affuté leurs arguments.

Pour la première fois, le 10 août dernier, une personne a été autorisée à quitter son hôtel au bout de quatre jours, sans test préalable, par le juge d’appel pour un vice de procédure, le juge des libertés ne s’étant pas prononcé dans les 72 heures. Sept autres sorties ont été autorisées ces derniers jours. L’État a fait savoir qu’il se pourvoirait en cassation pour les cas spécifiques qui peuvent fragiliser le protocole compte tenu des enjeux pour la société calédonienne, répondant ainsi à la demande du gouvernement. L’objectif est ici de trancher des points de droit, pas de replacer les gens en quarantaine. Sachant que les décisions interviendront dans plusieurs mois.


Plus de 200 militaires bloqués à Paris 

Suite à l’annulation du vol de mardi à destination de Tokyo, plus de 200 militaires sont restés bloqués à Paris. « On cherche maintenant à les recaser sur d’autres vols », a précisé Louis Mapou. Parmi eux, certains viennent pour la sécurisation dans le cadre du référendum.


En toute indépendance…

Selon le président du gouvernement, « la décision d’annuler le vol de dimanche dernier n’a aucun rapport avec le communiqué du FLNKS. J’ai pris ma décision samedi soir après avoir demandé aux membres du gouvernement s’ils étaient d’accord sur le principe. Le FLNKS a envoyé son communiqué dimanche ». Une mise au point chronologique bien utile à rappeler tant les annonces se sont succédé ces derniers jours.


Au nom de la solidarité régionale

Dans le cadre de la solidarité régionale, le gouvernement a proposé d’envoyer 6 000 doses de vaccin Moderna à Fidji où 8 724 nouveaux cas ont été détectés ces 14 derniers jours. Par ailleurs, le gouvernement annonçait, la semaine dernière, sa volonté de soutenir la Polynésie française dans sa gestion de l’épidémie. 118 professionnels du secteur médical se sont portés volontaires dont 30 Calédoniens et une majorité de Métropolitains. 14 d’entre eux prendront l’avion dans les prochains jours pour le Fenua. « On s’est assuré que cela ne porte pas préjudice à notre capacité. Le personnel du public ne bougera pas. Ce sont des gens du privé », a précisé Louis Mapou.

Enfin, suite à la mission gouvernementale menée par le membre du gouvernement, Vaimu’a Muliava, à Wallis-et-Futuna, une réflexion a été menée afin de rétablir à nouveau un lien avec l’archipel redevenu Covid-Free. En accord avec les provinces et les autorités coutumières, le 17e gouvernement envisage la réouverture d’une nouvelle bulle sanitaire réservée aux personnes disposant d’une raison médicale et ayant besoin de se faire soigner en Nouvelle-Calédonie.

 

A.C.P.

avec C.M. et V.G.

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