SILVER PRO : AMC Sud se diversifie avec des bateaux de pêche

Ce bateau de 7,20 mètres est prêt à être remis à son propriétaire. Ils peuvent être fabriqués en moins de trois mois si la matière est disponible. Photo : C.M.

Entreprise phare de chaudronnerie et d’usinage, AMC* Sud collabore notamment avec les usines de nickel. En 2024, ses gérants décident d’ajouter une corde à leur arc en produisant les seuls bateaux de pêche calédoniens en aluminium.

Une ligne en V bien prononcée pour fendre la houle rapprochée caractéristique du lagon calédonien, un ballast pour la stabilité, six millimètres de tôle en fond et cinq sur les côtés pour la solidité… Voici les Silver Pro, des bateaux calédoniens.

À l’origine, une idée de Vincent Reuillard, gérant d’AMC Sud. Ingénieur mécanique, ancien responsable des ateliers de l’usine de Goro, il entre dans le capital de la société en 2021 qu’il gère avec son associé, François Kapp.

L’entreprise fondée dans les années 60 traverse alors une période difficile. « On allait droit dans le mur », se souvient Vincent Reuillard, qui place la société en sauvegarde, remplace presque 70 % du staff et redresse la barre. « Dès la première année, on a doublé le chiffre d’affaires. »

2022 et 2023 sont de bonnes années. AMC Sud est leader sur le marché. « On est les seuls à proposer un service complet : découpe, chaudronnerie, usinage, bureau d’études et installation sur site », souligne Wilfrid Bernard, responsable usinage, même si la concurrence existe « dans chacun de ces domaines ».

AMC Sud emploie des chaudronniers, des soudeurs, des usineurs, un chauffeur grutier. Elle dispose également d’un dessinateur-projeteur, de chargés d’affaires et d’un architecte naval. Photo : C.M.

« ON SAIT TRAVAILLER LE MÉTAL »

L’entreprise fabrique garde-corps, passerelles, bennes, godets, etc. et des pièces plus techniques en usinage. Sa clientèle : les usines de nickel, les collectivités, les agriculteurs, etc. « On touche à tous les secteurs, c’est ça qui est intéressant. » Mais la crise réduit le marché. AMC Sud perd surtout KNS, qui représentait 40 % de son chiffre d’affaires. L’usine du Nord ferme le 31 août 2024. Des concurrents disparaissent. « En ce moment, ce n’est pas la joie, concède le responsable, même si l’usine du Sud fonctionne correctement, la SLN et les sous-traitants passent commande. »

L’effectif a été réduit de moitié depuis les émeutes de mai 2024, mais les difficultés sont surmontées grâce à une solide trésorerie. « C’est ce qui nous permet, malgré la situation, d’investir sur des sujets stratégiques, comme le chantier pour lequel on recrute, on achète de nouveaux équipements et le bateau », explique Vincent Reuillard.

Cette idée lui est venue lors d’un voyage au Vanuatu, en 2023. « Tous les bateaux étaient identiques, style banana boat en fibre. On m’a dit qu’ils étaient fabriqués dans la capitale. Je me suis dit : ici ils fabriquent leurs propres bateaux et nous on importe tout ! » La Nouvelle-Calédonie a une affinité pour l’aluminium, pense-t-il, « et nous, on sait travailler le métal ».

ARMES ÉGALES

Vincent Reuillard suit un MBA en développement stratégique à l’Essec et applique ses modules de formation à son projet. « Je me suis demandé : avec cette nouvelle offre, qu’est-ce que je peux résoudre comme problèmes en Nouvelle-Calédonie ? » Il réalise que les pêcheurs professionnels ont dû mal à obtenir des bateaux importés certifiés par les affaires maritimes. Les bateaux de pêche professionnelle sont aussi subventionnés, ils bénéficient de la défiscalisation. Par ailleurs, les flottes sont vieillissantes et la crise a pu faire naître des vocations en la matière. Les professionnels seront aussi les meilleurs ambassadeurs de la marque, s’ils sont satisfaits.

Trois tailles sont proposées et d’autres modèles sont en projet. « On va diversifier la gamme pour avoir des bateaux pour les professionnels, une gamme accessible type plate, une gamme catamaran et une autre semi-rigide. » Les matières viennent d’Australie, de Nouvelle-Zélande ou de Chine, mais les bateaux sont fabriqués par AMC. « Découpe, chaudronnerie, finitions en usinage, chaque pôle est impliqué », détaille Wilfrid Bernard.

Malheureusement, la crise liée aux émeutes a gelé les investissements. « Avant, beaucoup parlaient de remplacer leur bateau et tout est suspendu », décrit Vincent Reuillard. L’industriel essaie de décrocher une subvention pour financer les études d’une gamme complète. « Il en faudrait une quinzaine. Tant que je ne les ai pas, j’aurais du mal à trouver des acheteurs. »

Il milite aussi pour une incitation à consommer calédonien. « J’attends une volonté de la Nouvelle-Calédonie de produire localement. Aujourd’hui, c’est impossible de fabriquer moins cher qu’à l’étranger, en raison du coût de la main d’œuvre et un marché très restreint. Par ailleurs, on ne joue pas avec les mêmes règles environnementales et sociétales qu’en Asie. Je suis clairement défavorisé par rapport à une importation. Et c’est valable pour toutes nos activités. »

L’annonce de 2,2 milliards d’euros d’aide pour la Nouvelle-Calédonie, notamment pour le nickel et la pêche, donne néanmoins l’espoir de jours meilleurs.

Chloé Maingourd 

Un modèle de 4,40 mètres, présenté par Wilfried Bernard, responsable usinage. Photo C.M.
L’activité navale emploie presque quatre personnes dans ce projet bateau pour un total de 23 salariés et 15 renforts au sein de l’entreprise. Photo : C.M.