Série d’ovations pour Fin mal géré !

Le public avait adoré Fin mal barrés ! Il aime tout autant Fin mal géré ! Le nouveau spectacle de Jenny Briffa, qui achève cette semaine ses premières représentations au centre culturel Tjibaou, attire les foules, visiblement enchantées par ce regard drôle, fidèle et acéré sur la Nouvelle-Calédonie, brillamment porté par Stéphane Piochaud.

C’est un public heureux qui, chaque soir salue, debout, l’équipe de Fin mal géré ! L’auteure Jenny Briffa, le comédien Stéphane Piochaud, le metteur en scène Frédéric Landreau (absent pour cause de Covid), et David Le Roy à la musique et au son. Après Michelle Wobama, superbement incarnée en son temps par Maïté Siwene dans Fin mal barrés !, la compagnie Exil nous présente cette fois Hussein Wobama, son sympathique cousin métis (mais très blanc) qui, à la veille du deuxième référendum, comme sa cousine, ne sait toujours pas quoi voter… Une partie de sa famille est loyaliste, une autre indépendantiste. Lui : « rien-du- toutiste ».

Le nouveau one-man-show reprend la recette qui a fonctionné en 2017. Une liberté de ton « au pays du non-dit » sur la politique, ses dirigeants, le poids du référendum sur les générations issues de accords, les clivages qu’il peut apporter au sein de la société et des familles, un regard bienveillant sur les cultures qui peuplent ce territoire et beaucoup, beaucoup d’humour. On retrouve aussi les fameux « coups de gueule » à la radio, la succession de personnages, une vingtaine en l’occurrence.

Mais c’est une autre expérience. On parle davantage d’économie, de cette « économie de comptoir » qui nous colle à la peau. Deux économistes de renom sont d’ailleurs atterrés de voir comment fonctionne notre système ! En cette période de crise, les subventions s’envolent dès qu’une critique est portée publiquement. Les personnages réfléchissent beaucoup au devenir économique selon la solution choisie. En cas d’indépendance, on n’est pas vraiment le Vanuatu, mais pas vraiment non plus Singapour ! De manière plus personnelle, un Calédonien vient à imaginer à se rendre malade à coup de Tulem pour pouvoir voyager (en Evasan) sur notre compagnie aérienne et un autre rate son épopée sur Tinder parce qu’il a dépassé son forfait OPT…

Nos politiciens en prennent encore pour leur grade. Ils sont emmenés sur l’île perdue de Walpole dans un Koh Lanta mémorable pour nous trouver des solutions, mais… c’est toujours aussi compliqué. Les Calédoniens aussi sont titillés. Sur l’alcool, le sucre, les positions bornées ou mouvantes – si l’on peut placer une cousine – leur mauvaise foi… Ils nous emmènent au kava, autour d’un feu où l’on grille les brochettes, au bingo…. Et en toutes circonstances, ils sont, somme toute, attachants, peut-être parce qu’ils nous ressemblent.

Si le texte de Jenny Briffa est une nouvelle fois réussi, le succès de cette pièce tient aussi beaucoup à l’interprétation de Stéphane Piochaud. Le comédien est brillant et complet. Formé à Nouméa et en Métropole, il excelle dans plusieurs registres théâtraux. La mise en scène – minimaliste cette fois – met en valeur toutes les facettes de son art sur une l’alternance de stand-up, de tableaux comiques, de pastilles musicales. Il déclame, il chante, il bouge, il mime… passe d’un personnage à l’autre en un clignement d’œil. Il est impressionnant de professionnalisme.

La pièce, une nouvelle fois, fait le pari du vivre- ensemble. Le référendum a beau opposer, il peut aussi rapprocher par les difficultés qu’il comporte. Et la pièce rappelle, si besoin était, tout ce qui rapproche les Calédoniens. Sa classe politique, ses références, son humour et finalement, son amour du pays.

Les représentations se poursuivent cette semaine au centre culturel Tjibaou avant le début d’une tournée en Brousse à partir de samedi, durant tout le mois de juillet et début août (Voh, La Foa, Koné, Bourail, Koumac, Poindimié, Farino) et une résidence au centre culturel du Mont-Dore, fin août. 15 000 Calédoniens avaient vu Fin mal barrés ! sur une tournée de 50 dates. On lui souhaite le même succès. Les afficionados noteront que Fin mal géré ! est aussi sorti en livre aux éditions Madrépores.

C.M.

©Céline Marchal 

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