Sept jours pour des bases un peu plus sereines

En privilégiant l’écoute plutôt que les annonces unilatérales ou les directives, Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, s’est assuré une visite sans encombre en Nouvelle-Calédonie.

Changement de style à nouveau pour la représentation macroniste sur les terres calédoniennes.

Sébastien Lecornu agaçait par son côté pédant et belliqueux. Jean-François Carenco, la langue bien pendue, donnait des sueurs froides avec ses appréciations.

Suivant certainement des consignes, Gérald Darmanin, pas fanfaron, presque en retrait, a pris soin d’économiser sa parole, de ne pas trop s’épancher auprès de ses interlocuteurs ou dans les médias, de faire œuvre de finesse, comme sa « dentelle de Calais ».

Une réussite de ce point de vue, analysent divers conseillers étatiques. Et une attitude plutôt bien vue localement ‒ par comparaison ‒ notamment par les indépendantistes de l’Union calédonienne, les plus explicites quant aux méthodes de l’État sur l’avenir institutionnel.

D’autant que si Gérald Darmanin connaît son dossier, il ne connaît pas la Nouvelle- Calédonie. Or « les Européens ont besoin de comprendre », a redit Roch Wamytan (UC). « Car si nous partons sur des incompréhensions, on n’arrivera jamais jusqu’au bout ou alors on nous imposera un statut qui ne marchera pas », explique le président du Congrès qui dans ce cas imagine déjà faire appel à la médiation de l’ONU ou du Vietnam.

Pour eux, il fallait en particulier qu’il mesure que « le référendum a été une humiliation », a souligné Gilbert Tyuienon sur NC La 1ère.

Les non-indépendantistes ont apprécié cette ambiance plus constructive et le style du ministre : « Il y a une forme de sobriété en termes de communication et en même temps de beaux messages sur l’appartenance à la République, le respect des trois référendums et je pense qu’il a une idée plus claire de la Nouvelle-Calédonie », étape « utile et essentielle », selon Virginie Ruffenach (AEC).

PETITS PAS

C’est dans ce contexte, balisé par le haut- commissariat, que l’on a pu observer quelques avancées. Le ministre s’est entretenu avec tous les groupes indépendantistes : le Palika, l’UPM et l’UC avec le Parti travailliste, le RDO, la DUS et l’USTKE.

Selon Gilbert Tyuienon, l’UC s’est inscrite « dans le temps du dialogue », plus dans « la rupture ». Si le parti refuse de participer en tant que tel aux groupes de travail (il « gardera un œil dessus »), on a vu certains élus aux coutumes, aux réunions connexes, au groupe de travail sur le foncier.

Et le principe de bilatérales avec le ministre, après le Congrès du FLNKS en janvier, est énoncé. Il a été décidé de respecter leur calendrier. Le Palika et le Sénat coutumier sont déjà investis.

Après, il faut savoir raison garder. L’installation du groupe de travail sur les questions institutionnelles n’a pas eu lieu. Pas question de présenter des chaises vides après la Convention des partenaires. Les sept groupes restants verront le jour ultérieurement.

UNE MATIÈRE D’AVENIR

Celui sur le nickel se tiendra à Paris. Gérald Darmanin s’y impliquera personnellement. Il a renvoyé le gouvernement et les actionnaires à leur responsabilité, tout en montrant l’intérêt de la France et de l’Europe à l’heure du développement de grandes usines de batterie et de sécurisation des filières « pour ne pas dépendre de l’étranger ».

Il s’est dit prêt à accompagner la Nouvelle- Calédonie à condition de définir un « grand projet industriel » pour les « 30 prochaines années », qui garantisse une vie économique « qui n’a pas besoin sans cesse de demander des subsides de l’État ».

« Vous avez un tiers des réserves du nickel, mais c’est le seul endroit où ça ne marche pas au sens économique, a-t-il alerté. Vous avez une matière d’avenir (…) qui va permettre la révolution énergétique et climatique de demain ! »

MISE AU TRAVAIL EN JANVIER

Au terme de sa visite, le calendrier général des discussions reste à préciser. Dans la vision de l’État, il nous mènera jusqu’aux provinciales de mai 2024 avec un temps pour les groupes de travail jusqu’à mi 2023, les bilatérales, la négociation générale, la révision constitutionnelle qui dépend du président de la République.

« Il faudra aussi convaincre à Paris de la nécessité de réformer », alors que la situation politique à l’Assemblée nationale n’est pas évidente.

Sur le futur statut, le ministre ouvre la porte à des évolutions. Certaines qui pourront « ne pas faire plaisir » aux indépendantistes, comme le corps électoral qui ne peut rester en l’état, d’autres plus à même de les satisfaire, comme les compétences diplomatiques.

Le droit à l’autodétermination n’est pas discuté dans le fond, étant inscrit dans la Constitution. Mais il faut déterminer son mode de déclenchement.

L’État, pour sa part, doit affiner son projet pour la Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique et l’axe Indo-Pacifique. Gérald Darmanin imagine « plus d’État » sur le plan militaire, une force pour faire valoir les enjeux climatiques, environnementaux, énergétiques et de nickel.

Le ministre sera sûrement attentif à la Nouvelle-Calédonie comme à son portefeuille très exposé de l’Intérieur, ses ambitions pour la prochaine présidentielle étant déjà commentées.

Chloé Maingourd

©Nicolas Petit/ AFP 

« Ça suffit ! » : Les maires veulent être entendus

Le ministre a rencontré une partie des maires calédoniens. « Ils attendent d’être pris en considération dans les discussions sur l’avenir institutionnel », a lancé Sonia Lagarde, présidente de l’association française des maires de Nouvelle-Calédonie (AFM) représentant Nouméa. « Et en cas de confiscation du débat par les politiques uniquement, les maires seront en face, parce que ça suffit ! », a-t-elle promis.

Robert Xowie (Lifou), président de l’association des maires de Nouvelle-Calédonie (Amnc), a lancé un cri d’alarme sur les conséquences du changement climatique, en particulier la montée des eaux. « Nous nous inquiétons beaucoup pour nos îles, notamment Iaai. »

Le maire de Bourail, Patrick Robelin, a insisté sur les difficultés de financement pour les communes « souvent très grandes ».

Sonia Lagarde a émis le souhait de voir se regrouper les deux associations, l’une plus loyaliste (AFM) et l’autre plus indépendantiste (Amnc). Selon Robert Xowie, une réunification sera « le signe d’une situation apaisée ». Patrick Robelin propose dans un premier temps de mettre en place un syndicat regroupant les deux entités. C.M.

Le foncier en premier

Le premier (et seul) groupe de travail à avoir officiellement été installé est celui sur la souveraineté alimentaire et le foncier.
Autour de la table avec le ministre, les députés, les groupes politiques (sauf l’UC), le Sénat coutu- mier, la Chambre de l’agriculture et de la pêche, l’Ocef, l’Adraf ou encore la CCI.

« Commencer par le foncier, c’est un signe politique fort qui est envoyé par l’État. (…) On a ‘débroussé’ ce sujet d’importance qui a marqué l’histoire politique. Le ministre, je crois, a capté la subtilité et la difficulté du sujet », analyse le député Nicolas Metzdorf.

« La gestion des effets du réchauffement climatique a aussi fait l’objet d’une présentation. Un sujet nouveau, mais dont on ne peut pas faire l’économie malheureusement », selon le député Philippe Dunoyer.

Les loyalistes défendent la protection de la propriété privée. Gérald Darmanin a eu un entretien avec les membres du bureau du Congrès.

« Elle ne représente que 15 % de la surface de la Nouvelle-Calédonie, souligne Nicolas Metzdorf. Donc développer les terres coutumières et ouvrir le domaine public vont permettre de baisser la bulle spéculative sur le privé et permettre un développement sur les autres fonciers. »

Pour Hugues Vhemavhe, président du Sénat coutumier, il faut voir comment les terres coutumières peuvent participer à l’économie. « La population augmente, on dépend trop de l’extérieur, les prix augmentent et il faut aider les gens à se fixer là où ils sont. »

Par ailleurs, « sur la Grande Terre, on a que 17 % de terres coutumières et on arrive à un moment où il n’y a plus de place. Ce qui engendre des conflits. »

Quatre ateliers doivent être définis dans ce groupe. Une deuxième réunion était déjà programmée cette semaine. C.M.

 

Un timing choisi pour le drapeau

En pleine visite, le groupe UC-FLNKS et Nationalistes au Congrès a déposé une proposition de loi de pays pour revoir le sens des éléments graphiques du drapeau du FLNKS afin d’en faire la bannière de tous les Calédoniens. Une proposition déjà déposée en 2011.

« Peut-être qu’il serait temps que les autres formulent une proposition. Nous, nous avons une proposition »,
a indiqué Gilbert Tyuienon, porte- parole de l’UC, sur NC La 1ère.

Si le Palika soutient la démarche, les non- indépendantistes estiment que les signes identitaires doivent faire l’objet d’une concertation et d’un consensus. C.M.

 

©C.M. Gérald Darmanin a eu un entretien avec les membres du bureau du Congrès. Le président Roch Wamytan a insisté sur l’importance de développer la « compréhension » entre l’État et les Océaniens. Virginie Ruffenach (AEC) a évoqué le sujet de la violence faites aux femmes. « On ne peut plus supporter qu’elles soient martyrisées. Faire progresser le droit des femmes permettra aussi d’avoir un avenir plus apaisé, les femmes étant un vecteur de paix. »

©Clotilde Richalet Hans Lucas via AFP. Inauguration de la brigade de gendarmerie à Saint-Michel, au Mont-Dore. Depuis 2017, les effectifs de policiers et gendarmes ont été augmentés de 11 %. Les moyens pour la sécurité seront encore renforcés, a promis le ministre, avec la création de nouvelles brigades.   

©Cabinet du ministère de l’Intérieur. Avant de repartir, le ministre s’est rendu place de la Paix, à Nouméa, en compagnie de Marie-Claude Tjibaou, Isabelle Lafleur et Sonia Lagarde. Entendu : un certain étonnement de voir que cette séquence n’a pas fait l’objet d’une cérémonie officielle en entame de la visite.

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