Sébastien Lecornu s’entretient avec les groupes politiques

Le ministre des Outre-mer a reçu au haut-commissariat l’ensemble des groupes constitués au Congrès,ce samedi 16 octobre. La tenue du troisième référendum au 12 décembre a mobilisé une grande partie des discussions. Les formations ont défendu, auprès du ministre, les positions tenues ces derniers jours.

AEC : « Aucune raison objective de reporter ce référendum »

L’Avenir en confiance, première délégation reçue, se positionne pour le maintien de la consultation. « Nous considérons qu’il n’y a pas de raison objective de reporter ce référendum alors que cette date a été convenue et que la crise sanitaire est en cours de maîtrise », explique la présidente du groupe, Virginie Ruffenach.

« Dans deux mois, nous ne serons plus dans la même situation qu’aujourd’hui, nous l’espérons, grâce à la vaccination », déclare-t-elle, ajoutant que « l’État peut garantir la sincérité sanitaire du scrutin ». Virginie Ruffenach estime que les indépendantistes qui prônent le report sont « sur un chemin politique et non sanitaire ». Et redit que, s’ils ne veulent pas de ce référendum, « il faudra alors passer à autre chose ».

 

UC FLNKS et nationalistes et Éveil océanien : « Tout à perdre que l’on soit porteur du Oui ou du Non »

Le groupe UC-FLNKS nationalistes et Éveil Océanien insiste sur l’impact psychologique et sociologique de la crise sanitaire et sur l’importance que cette consultation soit« un succès démocratique et populaire », des mots utilisé en son temps par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe.

Or, selon Pierre Chanel Tutugoro, président du groupe, les Calédoniens ont subi quatre contraintes majeures : le confinement, le couvre-feu, l’obligation vaccinale et le pass sanitaire. « On ne base pas l’évolution et la mise en œuvre de notre stratégie sur les seuls indicateurs liés à la vaccination. On a besoin de connaître l’impact sur nos populations de cette crise, parce que c’est avant tout avec un esprit apaisé, avec des gens rassurés et en confiance qu’on pourra s’assurer d’un résultat incontestable. » Le groupe demande d’ailleurs une étude sur cet impact sociétal, sociologique et psychologique.

Il a insisté d’autre part sur l’impossibilité de faire campagne par voie numérique sachant que les populations sont éparpillées et pas forcément connectées. « On est obligés d’aller au contact, de discuter. » Pour l’heure, estime Pierre Chanel Tutugoro, « on a tout à perdre que l’on porteur du Oui ou du Non à vouloir à tout prix organiser cette consultation au 12. »

La décision future sur la non-participation du camp indépendantiste en cas de maintien au 12 décembre, évoquée par le président de l’Union calédonienne Daniel Goa, est renvoyée au FLNKS.

 

UNI : « Comme un affront de parler d’autre chose »

Du côté de l’Union nationale pour l’indépendance, les élus ont réitéré leur souhait d’organiser la consultation en 2022, une position exprimée depuis plusieurs mois. Par ailleurs, « il ne peut y avoir d’élection s’il n’y a pas de campagne, c’est la démocratie », affirme le président du groupe, Jean-Pierre Djaiwé, qui juge également impossible de mener une campagne avec les moyens de communication modernes en raison des particularités locales.

Il explique en outre qu’au sortir de cette crise, « on va trouver une population meurtrie […] et ce serait comme un affront de la dignité des gens que de leur parler d’autre chose, alors qu’ils portent encore la perte d’un être cher ». L’UNI refuse en revanche d’évoquer un boycott, estimant qu’« il ne faut pas rajouter de la crise à la crise ».

 

CE : « Tout dépendra des indicateurs sanitaires ».

Pour Calédonie ensemble enfin, la question ne doit pas être tranchée en fonction d’un positionnement politique mais sanitaire. « Ce sont les indicateurs sanitaires qui nous dirons si on peut ou non maintenir la date du 12 décembre », argumente le président de groupe, Philippe Michel.« On ne peut avoir dans ce dossier des postures politiciennes, ça me semble mal venu. »

Il faudrait selon lui un taux d’incidence inférieur à 50, que la réanimation ne soit plus saturée et que le taux de vaccination progresse. « Si on peut revenir à une vie quasiment normale en matière scolaire, économique, de loisirs, culturelle ou sportive, on ne voit vraiment pas pour quelles raisons on s’interdirait de maintenir le référendum. »

Si, en revanche, le territoire connait un rebond épidémique, un taux d’incidence trop élevé et des risques avérés sur la participation et la sincérité du scrutin, il devra être reporté. « Selon nous, on peut encore attendre trois à quatre semaines, jusqu’au 10 novembre, soit environ un mois avant le scrutin. »

Pour Philippe Michel, il faudra en particulier observer la situation dans l’agglomération. « Dans la plupart des communes de brousse, on a des taux d’incidences inférieurs à 150 voire même 100 pour une dizaine d’entre elles. En revanche, on a un vrai problème dans l’agglomération avec un taux d’incidence à plus de 400, donc c’est bien sur l’agglomération qu’il faut porter l’effort, et aussi ne pas le relâcher sur la brousse. C’est à ce prix-là qu’on pourra revenir à une vie normale et qu’on pourra permettre à la démocratie de s’exprimer normalement. » Calédonie ensemble a proposé, en cas du maintien, l’élargissement des horaires d’ouverture des bureaux de vote et du nombre de procurations.

 

Selon les élus, Sébastien Lecornu a confirmé durant ces discussions que l’État prendrait sa décision en fonction de l’évolution sanitaire d’ici deux à trois semaines.

Les parties prenantes qui accepteraient un report sont visiblement d’accord sur le fait d’éviter le temps des élections nationales pour que le scrutin ne soit pas instrumentalisé politiquement.

 

C.M. (© C.M.)

 

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