Saison morte pour la culture ?

Durement touché avec la fermeture des établissements et l’annulation des programmes, le milieu de l’événementiel et du spectacle ne voit pas le bout du tunnel. Malgré le déconfinement progressif, le secteur est toujours au point mort.

La dernière étude date un peu, mais elle montre bien l’importance des loisirs et de la culture en Nouvelle- Calédonie. En 2008, le secteur pesait plus de 20 milliards de francs pour une dépense mensuelle moyenne de 30 000 francs par foyer. Alors forcément, la crise du Covid-19 est venue mettre un sacré coup à un milieu qui sou rait déjà de baisses des subventions publiques depuis quelques années.

Parmi les grands acteurs, le Théâtre de l’île a décidé de solliciter la générosité des Calédoniens. Ainsi, sur sa page Facebook, l’établissement propose de rembourser les places des spectacles annulés ou reportés, mais surtout il encourage à « faire solidairement don des places » afin de le soutenir et lui permettre ainsi « d’accompagner au mieux les auteurs, artistes et techniciens durablement affectés par la crise sanitaire que traverse notre pays. »

Il faut dire que la saison avait à peine repris au moment de la mise en confinement, après les vacances d’été et de mise en sommeil traditionnelle du calendrier. « La seule entrée d’argent en début d’année, c’est celle de la vente de places pour des événements qui se dérouleront bien plus tard, commente Chris Tateossian, gérant de Musical Productions, responsable, entre autres, des Francofolies NC. Donc, ce n’est pas vraiment encore de l’argent qui est à nous. » Pour l’heure, l’activité principale du promoteur consiste d’ailleurs à rembourser des billets déjà achetés.

Retour à la normale

Pour les structures communales, la situation n’est pas meilleure. Au Mont-Dore, c’est près d’une trentaine de spectacles qui ont dû être annulés ou reportés entre mars et avril, dont beaucoup concernent des artistes locaux. « Le bilan sera encore plus important en comptant les mois de mai, et même juin, estime Grégory Louzier, le responsable du centre culturel du Mont-Dore. On manque complètement de visibilité et, surtout, on ne sait pas comment le public va se comporter lors de la réouverture. Est-ce que les gens vont venir passer du temps dans une salle après tout ça ? Je pense que le retour à la normale risque d’être long. »

Un retour à la normale qui dépendra aussi de l’état du trafic aérien pour certains grands événements. Pour le moment, la Nouvelle- Calédonie est coupée du monde, avec l’arrêt des vols internationaux. Et même en cas de réouverture, difficile de savoir comment les autres pays vont légiférer sur les déplacements à l’étranger.

La quarantaine met le doute

Le secteur est donc entré dans une sorte de zone grise où rien n’est certain à part l’attente. « Pour l’instant, on attend de savoir comment les choses vont évoluer, se désole Chris Tateossian. On ne sait pas combien de temps va durer l’obligation de quarantaine pour les personnes qui arrivent de l’extérieur. Dans l’état actuel des choses, les artistes de Métropole, qui sont prévus à l’affiche des Francofolies en septembre, ne viendront pas si c’est pour rester deux ou trois semaines coincés à l’hôtel. » C’est donc une saison blanche qui se dessine pour les professionnels de l’événementiel et du spectacle.

À cela s’ajoute le risque d’embouteillage dès le retour à la normale. Des solutions nouvelles sont donc à trouver. « Comme les Calédoniens pourraient bien rester sur le Caillou cet été, on pourrait imaginer une saison culturelle qui commence en janvier et non en mars », suggère Grégory Louzier. Il faudra donc faire preuve de créativité dans un secteur déjà en détresse en temps normal.

A.B.


Un collectif pour défendre les métiers de l’événementiel

Tout est parti de la création d’un groupe privé sur Facebook, en fin de semaine dernière. Le premier pas : sensibiliser sur le sort des acteurs du secteur. « On se rend bien compte que le gouvernement fait le maximum sur les aides à l’économie, explique Audrey Chouieur, gérante de la société Clé en main, à l’origine du projet. Mais il faudra qu’il reconnaisse que notre situation est encore grave, car nous sommes toujours à l’arrêt et que l’impact de cette crise sur notre secteur va durer. »

Un secteur qui est, dans les faits, à l’arrêt à cause de l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes. Mais c’est aussi une sensation de délaissement qui pousse certains acteurs à se rassembler. « Nous ne sommes pas là juste pour apporter de la fête et nous voulons être mieux pris en considération. Être dans la liste des entreprises prioritaires. » Pour le collectif, le temps de la structuration est désormais arrivé. « Nous allons d’abord nous rassembler pour parler de nos problèmes, mais aussi apporter des pistes de réflexion au gouvernement. » Parmi elles, l’exonération des charges et cotisations sociales ainsi que des aides sur six mois.

Un milieu hétérogène

Il reste pourtant encore difficile de prendre la juste mesure d’une mobilisation dans un secteur dont la nature est extrêmement hétérogène. Il va des organisateurs de mariages, à ceux d’événements sportifs ou encore de concerts. « C’est aussi l’un des objectifs de ce collectif, explique Audrey Chouieur. Nous demandons à toutes les personnes concernées de répondre à un questionnaire pour bien qualifier et quanti er les personnes qui évoluent dans l’événementiel. Il faut bien comprendre que beaucoup ne vivent pas que de cette activité uniquement. Donc il est difficile pour le moment de bien nous connaître. »

Pour le moment, la seule réalité est celle du nombre de personnes inscrites dans le groupe Facebook. Environ 300 membres rassemblés en moins d’une semaine.

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