Ruby : « Sa trajectoire est assez remarquable »

La dépression tropicale Ruby en a étonné plus d’un en traversant la Grande Terre de Poum à Yaté en longeant la côte Est. Un phénomène climatique qui arrive relativement tôt dans une saison marquée par La Niña. Le point de vue de Christophe Point-Dumont.

DNC : Quel bilan faites-vous de Ruby ?

Christophe Point-Dumont : Elle est intéressante car elle traverse la Grande Terre du nord au sud. C’est l’un des premiers phénomènes avec une telle trajectoire : on en a eu cinq ou six qui la longent ou la traversent, mais pas comme l’a fait Ruby, en atterrissant à Poum pour ressortir à Yaté en suivant la côte Est. C’est assez remarquable. À son plus fort, lorsqu’elle est arrivée sur la pointe nord, elle était au stade de dépression tropicale forte, mais à 4 nœuds (7,4 km/h) seulement du seuil de cyclone tropical (64 nœuds, soit 118,5 km/h, NDLR).

Elle a également eu cette particularité d’accélérer un petit peu lors de son passage sur la terre. Ce sont les eaux tropicales chaudes qui ont alimenté le phénomène, donc il ne s’est pas intensifié lors de sa traversée de la Nouvelle-Calédonie, qui a duré une douzaine d’heures, mais s’est tout de même maintenu en termes de puissance. On peut penser que si elle était passée entre les Loyauté et la Grande Terre, comme c’était à un moment prévu, elle serait peut-être passée au stade de cyclone tropical.

Christophe Point-Dumont est climatologue. C’est-à-dire qu’il étudie l’évolution du climat sur le long terme, contrairement au météorologue qui se concentre sur le temps qu’il fait au jour le jour.

Est-ce normal d’être frappé par une dépression tropicale mi-décembre ?

C’est assez commun. On a une base cyclonique qui s’étend de 1977 à 2020 et qui recense toutes les dépressions tropicales et tous les cyclones dans la zone d’alerte de la Nouvelle-Calédonie et, en décembre, on dénombre 22 phénomènes sur les 191 qui ont touché notre archipel. On se souvient notamment de Freda en 2013 ou de Patsy en 1986. Mais c’est sûr que, de manière générale, ce sont les mois de janvier, février et mars où l’on retrouve les pics sur la base de données.

Donc rien d’alarmant ?

Non. Il faut savoir que la saison cyclonique administrative s’étend du 1er novembre au 30 avril. On va donc parler de phénomène précoce lorsque celui-ci arrive avant novembre ou à la limite début novembre.

À quoi peut-on s’attendre pour la suite de la saison ?

En général, nous sommes à un phénomène ou deux au plus par saison en moyenne dans la zone d’alerte cyclonique lorsqu’il y a La Niña (synonyme de hausse des températures et de renforcement des précipitations, autrement dit le contraire d’El Niño, NDLR). Mais il ne faut pas non plus s’attendre à des valeurs qui vont sortir de l’ordinaire.

Doit-on se préparer à du mauvais temps dans les prochains jours à cause du passage de Ruby ?

Non, pas forcément. Il y a l’anticyclone au niveau de l’Australie qui va s’étendre à nouveau, donc on devrait avoir du beau temps cette fin de semaine.

 


Dépression tropicale Ruby : plus de pluie que de mal

Pas de victime ni de blessé, peu de dégâts matériels, si ce n’est quelques arrachements de végétaux et de tôles, des inondations et de nombreuses coupures d’électricité : la dépression tropicale forte baptisée Ruby, qui a frappé le Caillou de plein fouet mardi, ne gravera heureusement pas son nom dans l’histoire des cyclones calédoniens.

Malgré d’importantes précipitations et de fortes rafales avoisinant les 140 km/h de moyenne en son centre, la dépression tropicale Ruby ne s’est jamais muée en cyclone. Le premier phénomène de la saison a pourtant eu une trajectoire qui pouvait laisser présager bien pire, en traversant la Grande Terre de bout en bout dans la journée de mardi.

Tout a commencé dimanche matin, dès 5 heures, avec la mise en place de la préalerte cyclonique, juste avant l’ouverture des bureaux de vote du référendum. Mais c’est le lendemain après-midi que Ruby a véritablement commencé à pointer le bout de son nez, causant des précipitations sur l’ensemble du territoire. La province Nord est passée en alerte 2 dès 20 heures et la province Sud et des Îles à 23 heures, obligeant les Calédoniens à rester chez eux, les yeux rivés vers l’extérieur. Et après Bélep dans la soirée de lundi, c’est l’extrême nord de la Grande Terre qui a été frappé mardi matin par la dépression tropicale alors au maximum de sa puissance. « Des rafales soufflant jusqu’à 185 km/h ont notamment été enregistrées du côté de Poingam, entre 5 heures et 6 heures », relève Météo France Nouvelle-Calédonie sur sa page Facebook.

30 000 foyers sans électricité

La dépression a ensuite perdu de son intensité en amorçant une descente le long de l’est de la chaîne, provoquant de fortes précipitations. Lundi et mardi, ce sont pas moins de 405 mm de pluie qui ont ainsi été enregistrés à la station SLN de Méa (Kouaoua) et 200 mm à 400 mm sur une grande moitié du sud de la côte Est, de Yaté à Houaïlou, où de nombreuses coupures du réseau routier perduraient encore hier matin à cause d’inondations et de glissements de terrain. Au large, on pouvait trouver des creux de sept à huit mètres responsables de débordements sur les rivages et dans les creeks.

Mardi midi, Ruby était situé sur la chaîne centrale, entre Kouaoua, Moindou et Bourail, rejoignant ainsi le club sélect des phénomènes cycloniques ayant survolé le milieu de la Grande Terre après Gyan et Ciff (1981), Anne (1988), Esau (1992), Beti (1996), Franck (1999) et plus récemment Cook (2017). La commune de Bourail a été particulièrement touchée par la montée des eaux qui ont inondé une partie du village. De nombreuses familles bouraillaises se sont également retrouvées sans électricité. En cumulant les réseaux Enercal et EEC, ce sont en effet jusqu’à 30 000 foyers sur l’ensemble du territoire qui ont subi des coupures de courant.

À Bourail, le village a été inondé mardi dans la journée, comme ici au niveau des ronds-points de la sortie Nord. La digue de la Roche-Percée a également été submergée.

Un bilan « assez positif »

C’est vers 16 h 30 que les habitants du sud de la Grande Terre, dont Nouméa, ont pu ressentir la proximité de la dépression tropicale avec un pic de vent atteignant 161 km/h à la montagne des Sources et un autre de 136 km/h au Faubourg-Blanchot. Ruby a finalement terminé son périple par l’île des Pins, frappée aux alentours de 19 heures, pour continuer sa trajectoire rectiligne vers le sud-est. À 1 heure du matin, dans la nuit de mardi à mercredi, elle était déjà à 220 km de Kunié.

Finalement, le bilan est « assez positif », selon le capitaine Alexandre Rossignol, officier de communication de la Sécurité civile. « Il n’y a rien eu d’alarmant. Aucune victime ni aucun blessé n’est à déplorer, c’est le plus important. Dans l’ensemble, les gens ont bien respecté l’interdiction de circuler lors de l’alerte 2, malgré quelques déplacements signalés à Nouméa ainsi qu’un nakamal et des magasins restés ouverts. »

Un phénomène cyclonique qui arrive assez tôt dans la saison et qui pourrait bien nous servir de « répétition générale ». Car avec La Niña, plus importantes encore sont nos chances de nous retrouver sur la trajectoire d’autres dépressions tropicales de ce genre en 2022.

À l’Anse-Vata, un des taxis boats de l’île aux Canards était échoué sur la plage, une vitre brisée, mercredi matin.

 

À Nouméa, comme dans les autres communes, les agents techniques étaient à pied d’œuvre mercredi matin pour effacer les quelques traces du passage de la dépression Ruby.

 

L’avez-vous vu ? La dépression a laissé place à un magnifique ciel orangé, mardi en fin de journée. Un phénomène dû à une combinaison de basse pression atmosphérique et d’air saturé en humidité. Des particules sont alors projetées dans l’atmosphère empêchant la diffusion normale de la lumière.

 

Titouan Moal ( T.M. / FB Aroua Poveu / La Foa tourisme)

 

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