Ruamm : la « fédé » entendue

La nouvelle mission d’information sur la situation des comptes sociaux a reçu au Congrès, mercredi, la Fédération des fonctionnaires qui avait appelé à la grève générale pour soutenir le personnel de santé, particulièrement impacté par le déficit du régime unifié d’assurance maladie maternité (Ruamm). Environ 300 personnes ont répondu à l’appel sur Nouméa.

La crise du Ruamm vient de franchir une nouvelle étape, hier matin, dans les locaux du Congrès. Une délégation de la Fédération des fonctionnaires a été reçue, peu après 9 heures, par la nouvelle mission d’information sur la situation des comptes sociaux. Cette mission spéciale a pour objectif « d’examiner la situation et étudier les propositions susceptibles d’être formulées pour y remédier », précise le Congrès. Elle est composée des membres du bureau de l’institution, des présidents de groupes politiques et de la présidente de la commission de la santé et de la protection sociale, Ithupane Tioue, du groupe UNI. Hier matin, d’autres élus ont également souhaité y assister dont le député Philippe Dunoyer.

Manifestation devant le Congrès

Plus de 300 personnes, réunies devant le Congrès à l’appel de la Fédération des fonctionnaires ont apporté leur soutien au personnel soignant. La Ligue des droits de l’homme était également présente pour défendre « le droit à la santé à travers un système auquel chacun contribue en fonction de ses moyens ». Des représentants du Sénat coutumier étaient sur place pour faire part de leur inquiétude. « À Maré, il nous manque du matériel, des médecins, des infirmiers… Nous avons eu deux décès, il y a deux semaines, par manque de moyens ! », annonce, médusé, le grand chef Hippolyte Sinewami-Htamumu. Les membres du syndicat des infirmiers à domicile, également touché par ce déficit chronique, étaient mobilisés et ont également été reçus par la mission spéciale.

Prise de conscience

À l’issue de la rencontre, David Meyer, secrétaire général de la Fédération des fonctionnaires, s’estime satisfait. « Les quatre groupes ont entendu les difficultés liées à la situation, le personnel soignant sous pression, les salaires impayés le mois dernier, des factures impayées et d’une manière plus générale, la dégradation globale de l’offre de soins avec des médicaments qui ne sont plus disponibles. Une fois le constat partagé, il a fallu discuter d’une solution financière. »

Comment trouver, de manière urgente, les huit milliards manquants et surtout, l’argent nécessaire pour payer les salaires des soignants après le mois d’août ? Rappelons qu’après cette date, le Ruamm ne disposera plus de fonds nécessaires pour rémunérer le personnel, ni pour les prestations du privé.

Pour renflouer les caisses, la Fédération des fonctionnaires milite pour le déplafonnement des cotisations du Ruamm, mais cette solution a été diversement accueillie par les élus. S’ils ne rejettent pas l’idée, ils souhaitent étudier d’autres options comme l’augmentation de la contribution calédonienne de solidarité ou de la taxe générale sur la consommation, l’application d’une taxe sur le sucre ou un emprunt auprès de l’État (pas forcément d’un montant de 25 milliards, comme cela avait été proposé par le président du 16e gouvernement, Thierry Santa).

Catastrophe imminente

Mais la catastrophe est imminente et les élus doivent trouver une solution très rapidement, malgré l’absence d’un gouvernement opérationnel. « Il y a eu quelques passes d’armes au départ, mais les élus ont bien compris que le plus rapide, c’est qu’ils fassent eux-mêmes une proposition de texte. Cela signifie réfléchir ensemble à un projet, sans étiquette politique. C’est la seule solution qui permette de faire face à l’urgence », relate David Meyer.

Concrètement, dès mardi prochain, le groupe de travail, constitué des membres de la mission en comité restreint, se réunira en présence des représentants de la Dass, l’Agence sanitaire et sociale, la Cafat, la Direction des services fiscaux et le Médipôle pour préciser l’urgence et exposer les contraintes de chacun. Le groupe de travail n’a que quelques semaines pour régler le problème de la cessation de paiement, tout en recherchant des solutions plus pérennes.


Mobilisation à Poindimié

Une quarantaine de personnes devant l’hôpital de Poindimié, du personnel et des patients. Confronté à de fréquentes infections dues à la bactérie Escherichia coli depuis deux ans, l’hôpital n’a pas les moyens de remplacer son matériel vieillissant. « On bricole, on a l’habitude mais on a toujours un peu fait ça », relativise, anonymement, un employé de l’hôpital. La bactérie circulerait dans les circuits d’eau obligeant le personnel à s’adapter.


Lettre ouverte de la CFE-CGC

Si le sujet touche l’ensemble des Calédoniens, les syndicats ont préféré faire cavalier seul. Parallèlement à l’initiative menée par la Fédération des fonctionnaires, l’Union territoriale CFE- CGC a envoyé, mardi, une lettre ouverte pour expliquer les revendications et les conséquences immédiates de l’absence de trésorerie sur la prise en charge des patients . « Rupture massive de médicaments, impossibilité de s’approvisionner en médicaments coûteux pouvant toucher la distribution de sang, les malades du cancer, choix des malades à traiter, rupture du petit matériel indispensable à l’hospitalisation des patients ou à leurs soins externes, report des travaux de maintenance et des renouvellements de matériel, épuisement des soignants, pénuries de personnel » … La liste et longue. À cela, il faut ajouter l’impact de cette crise sur les entreprises et les fournisseurs locaux qui risquent la faillite. Ce qui n’arrangerait pas les comptes la Cafat. Un véritable cercle vicieux.


Déjà trois semaines de discussions

7 juin

Pour la première fois, la Cafat, le Centre hospitalier territorial (CHT) et la Fédération régionale hospitalière du Pacifique Sud (FRHPS) organisent conjointement une conférence de presse pour alerter la population sur le déficit du Ruamm.

21 juin

La Fédération des fonctionnaires lance un appel à la grève générale pour le 30 juin.

23 juin

Une délégation du Congrès rencontre les représentants du conseil d’administration de la Cafat, du du CHT Gaston-Bourret et de la FRHPS. Suite à cette rencontre, une mission d’information sur la situation des comptes sociaux est créée.

30 juin

La Fédération des fonctionnaires rencontre les représentants de la mission pour trouver les huit milliards de francs nécessaires au financement du Ruamm. Le déficit cumulé, à la fin de l’année, se situe entre 25 à 30 milliards.

V.G.

©C.M.

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