Bousculée par les répercussions des émeutes et l’obligation de construire l’avenir institutionnel, la sphère politique a connu des évolutions historiques.
La montée en puissance de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) contre le projet de dégel du corps électoral provincial, puis les répercussions des émeutes et les divergences de fond sur l’accord de Bougival ont redessiné le camp indépendantiste. La signature d’une charte au 46e congrès extraordinaire du FLNKS, à Ponérihouen samedi 6 décembre, a scellé l’intégration de cinq composantes : la Confédération nationale des travailleurs du Pacifique (CNTP), le Mouvement des Océaniens indépendantistes (MOI), la Dynamik unitaire Sud (DUS), le Parti travailliste (PT), et la Dynamique autochtone (DA).
Ces formations, aperçues sur le terrain fin 2023 et début 2024 lors du combat contre la volonté de réforme constitutionnelle portée par Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, s’inscrivent sur une ligne politique sans concession : la pleine souveraineté à travers l’accord de Kanaky. Un axe défendu au premier plan par le parti titulaire du leadership, l’Union calédonienne. La sortie officielle de deux entités historiques du Front en novembre, plus modérées, le Parti de libération kanak (Palika) et l’Union progressiste en Mélanésie (UPM), parce qu’en désaccord avec le discours et les méthodes du FLNKS nouveau format, marque une rupture dans la stratégie.
L’UC et ses alliés militent pour une indépendance à court terme par le dialogue avec l’État. Le Palika et l’UPM comptent sur la dynamique électorale pour atteindre une souveraineté en partenariat avec la France.
« VOIE MÉDIANE »
Face à cette recomposition, et à la veille d’échéances électorales majeures, les deux partis, en collaboration avec l’association Union nationale pour l’indépendance dans la diversité (Unid), veulent peser sous la bannière de l’UNI, en renforçant l’ouverture aux citoyens non encartés initiée en 1995. La CSU ou cellule stratégique UNI assurera la coordination, dans le but de construire et faire connaître « une voie médiane qui peut rassembler », selon Jean- Pierre Djaïwe.
Calédonie ensemble, qui a perdu son groupe au Congrès ce mois-ci après la condamnation de Philippe Gomès et de Philippe Michel à une peine d’inéligibilité, et l’Éveil océanien se retrouvent dans cette position centrale, et finalement dans un même intergroupe dévoilé boulevard Vauban mercedi 17 décembre. Non loin, s’imposent « deux lignes parallèles qui ne se rencontreront jamais », selon l’élu UNI. Il est vrai, en confrontation directe avec le FLNKS nouveau, Les Loyalistes ont durci leurs discours. Quitte même à contester l’utilisation du terme « peuple premier » ou à prendre leurs distances avec le président Emmanuel Macron. À l’approche du scrutin municipal, des fêlures apparaissent dans le vœu d’unité loyaliste, à l’image de la candidature de Virginie Ruffenach, du Rassemblement-LR, à Nouméa. Ces votes, avec les provinciales, détermineront plus que jamais en 2026 le poids des lignes dures et modérées.
Yann Mainguet

