Si la pauvreté a explosé à la suite des émeutes de 2024, elle s’est encore révélée très importante cette année.
Dans la continuité de 2024, l’année 2025 a vu le nombre de personnes défavorisées croître considérablement. Une conséquence directe de la période des émeutes et de l’augmentation du chômage. Au premier trimestre 2025, l’emploi salarié dans le secteur privé a diminué de 15 % sur un an glissant, avec 10 300 emplois en moins. Le secteur public a, quant à lui, perdu 1 500 emplois*. La suppression ou la diminution de certaines aides – comme l’aide à la rentrée scolaire, au transport scolaire ou pour la cantine à destination des enfants boursiers – a contribué à la dégradation de la situation. En parallèle, l’inflation est estimée à 0,5 % sur un an, selon les dernières données publiées par l’Institut de la statistique et des études économiques.
Par ricochet, la société Saint-Vincent-de-Paul a augmenté de « 30 à 35 % » sa distribution de bons alimentaires en 2025. « Ce sont principalement des retraités, des personnes à petits budgets et des demandeurs d’emploi », précise sa présidente, Elisabeth Gau. Cette année, l’association a créé une épicerie ambulante, afin de se rapprocher des personnes dans l’incapacité de payer les transports en commun. « Il y en a beaucoup qui ne peuvent même pas venir jusqu’à nous. Les gens n’ont plus d’argent, c’est dramatique ».
DE PLUS EN PLUS DE SDF
Cette précarité s’est aussi traduite par une augmentation des vacances et impayés de logements sociaux. En septembre, plus de 5 700 familles étaient suivies par la SIC pour impayés, dont 18 % en impayés lourds (soit plus de quatre mois de loyer). En parallèle, le bailleur social a procédé, entre janvier et septembre 2025, à 21 expulsions. La majorité des locataires quittent leur habitation avant d’être expulsés.
Aussi, de nombreuses personnes se sont retrouvées à la rue. D’après la mairie de Nouméa interrogée à ce sujet en milieu d’année, elles seraient plus de 1 000 ; 700, selon l’association Un sandwich pour autrui. « Sur un repas normal où on servait d’habitude une cinquantaine de personnes, là on est passé à 75 personnes », décrit sa présidente, Aude Lafleur. Parmi elles, beaucoup se trouvaient déjà en situation de précarité avant les émeutes. Avec la perte de leur travail, elles ont basculé dans un quotidien encore plus précaire. « Avec la réforme liée à la carte médicale, nous avons aussi vu de nombreuses personnes en rupture de soins, parce qu’elles ne pouvaient plus payer leurs traitements et se sont retrouvées en errance », explique Aude Lafleur.
Désormais, l’association rencontre également des jeunes majeurs et des familles, sans domicile fixe.
Nikita Hoffmann
*Note de conjoncture de l’Institut de la statistique et des études économiques (Isee) sur l’emploi salarié au premier trimestre 2025.

