Les Loyalistes et le Rassemblement ont rejeté le projet d’accord de Deva. Le FLNKS écarte en bloc Bougival. À l’heure d’un appel au consensus sur une formule définitive, la bipolarisation s’est renforcée.
La voie fragile du « destin commun », tel que souhaité par l’accord de Nouméa, s’est éloignée, balayée par le traumatisme des émeutes du 13 mai 2024 et la violence des discours de personnalités retrouvées des deux côtés de la table. Le choc des trois consultations d’autodétermination entre 2018 et 2021 et la contestation du dernier scrutin par les indépendantistes, avaient déjà malmené le dialogue. Désormais à terre, il fallait le rétablir. La confusion sur le terrain politique s’est, en fait, épaissie.
À l’aube d’un enchaînement d’élections capitales dans le rapport de force, les municipales en mars et les provinciales fin juin au plus tard, le risque d’une surenchère sans solution à la tribune est quasi inévitable. D’où une convocation des responsables politiques par le président de la République, Emmanuel Macron, vendredi 16 janvier à Paris pour une énième phase de discussion. Avec la crainte, là encore, que la perspective des votes, voire le début de campagne électorale pour certains, ne figent les positions, la peur de décevoir l’électorat étant plus forte.
Le Premier ministre de l’époque, François Bayrou, avait pourtant voulu, à la veille de Noël 2024, aligner les bonnes étoiles, avec la nomination de Manuel Valls au ministère des Outre-mer. L’ancien socialiste, placé au troisième rang protocolaire dans le gouvernement, est un fin connaisseur des équilibres politiques calédoniens, inscrit dans les pas de Michel Rocard et Lionel Jospin, négociateurs des accords de Matignon-Oudinot puis de Nouméa. Son investissement, marqué par quatre déplacements sur le Caillou en huit mois, est tombé dans une bipolarisation renforcée, une marmite de dogmes.
Jeudi 8 mai, après trois jours de conclave à Deva, Bourail, Les Loyalistes et le Rassemblement rejettent le projet « fondé sur une souveraineté avec la France » et présenté par Manuel Valls, ces non-indépendantistes voyant là « une indépendance-association ». Leur contre-proposition basée sur le fédéralisme au sein de la République française, est, elle, qualifiée de « partition » du territoire, voire d’« apartheid » par des élus. Retour donc aux palabres.
INDÉCISION DE L’ÉTAT
Samedi 9 août, le FLNKS nouveau format écarte le projet d’accord de Bougival, pourtant signé un mois plus tôt dans les Yvelines, « en raison de son incompatibilité avec les fondements et acquis de notre lutte ». Ce document, qui prévoit la création d’un État de la Nouvelle-Calédonie et d’une nationalité calédonienne ou encore la capacité d’auto-organisation du territoire à travers une loi fondamentale, comprend « une tentative de recolonisation masquée » aux yeux des indépendantistes du Front. L’« accord de Kanaky » défendu renvoie à une ligne dure : une date d’accession effective à la pleine souveraineté avant l’élection présidentielle de 2027. L’État et les loyalistes, accrochés aux « trois non à l’indépendance », ne veulent pas en entendre parler.
Complication supplémentaire, la Nouvelle-Calédonie subit une nouvelle fois les revirements politiques nationaux, avec la non-reconduction de Manuel Valls dans le gouvernement Lecornu 2. La proposition d’une consultation anticipée des Calédoniens sur l’accord de Bougival – c’est-à-dire avant la révision constitutionnelle –, formulée par sa successeure, Naïma Moutchou, et jugée juridiquement bancale par des experts, traduit une certaine indécision de Paris.
Preuve supplémentaire, ce projet de consultation anticipée est abandonné, selon le journal Le Monde, dimanche 14 décembre. La fenêtre des possibilités sur l’avenir institutionnel semble se refermer.
Si l’UNI veut des modifications de l’accord de Bougival, et Calédonie ensemble ainsi que l’Éveil océanien plaident pour un consensus, les Loyalistes estiment avoir fait tous les compromis possibles, tandis que le FLNKS, revigoré par le retour de Christian Tein sur ses terres après un an de détention provisoire, campe sur l’axe indépendance et exige des bilatérales avec l’État. Même la réunion de tous les acteurs est devenue un exercice compliqué.
Yann Mainguet

