En 2025, l’effondrement des recettes de la Nouvelle-Calédonie a impliqué des échanges constants avec l’État, lui-même partagé entre enjeux politiques et économiques. Christopher Gygès pense pouvoir faire voter son budget avant la fin d’année.
DNC : Les recettes fiscales de la Nouvelle- Calédonie ont été au plus bas cette année. Pourquoi une telle débâcle ?
Christopher Gygès : L’assiette de répartition s’est effondrée de 17 milliards par rapport à 2023. 55 milliards de recettes ont été perdues. Cela correspond à la baisse de 13 % de notre PIB, due à plusieurs facteurs : la destruction d’entreprises, plus de 10 000 emplois perdus et l’effondrement de la consommation. Cette situation a provoqué la chute de l’impôt sur les sociétés (IS) et de la taxe générale sur la consommation (TGC).
2025 n’est-elle pas l’année du bras de fer constant pour obtenir des fonds ?
Oui, ça a été un combat permanent. Les discussions ont été complexes, car les visions divergeaient : l’État nous demandait à la fois des efforts et une augmentation des recettes fiscales, alors que le contexte économique ne s’y prêtait pas. La Nouvelle-Calédonie a trouvé près de 70 milliards de francs depuis 2023, entre la baisse des dépenses, les hausses de recettes, l’augmentation des tarifs de l’électricité (plus de six milliards de francs portés par les consommateurs).
Je me suis engagé pour défendre le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France. Après le troisième référendum, le président de la République a affirmé que la France était plus belle parce qu’elle a choisi d’y rester. Alors quand on a, par exemple, Emmanuel Moulin (NDLR : inspecteur général des finances, désormais secrétaire général de la Présidence) qui nous dit que la France n’a pas à financer les compétences qui ne sont pas les siennes, alors qu’ils n’ont pas assuré l’ordre public durant les émeutes, ce sont des mots difficiles.
Y a-t-il une différence de ton entre Bercy et Matignon ?
Clairement. L’État est pluriel. C’est beaucoup plus facile de dialoguer avec la partie politique qu’avec Bercy, même si la mission de Claire Durrieu facilite les échanges. Mais les rapports se sont à nouveau tendus sur la question des prêts.
Qu’en est-il de la dette ?
8,4 milliards sont à rembourser en 2026 (prêts Covid et émeutes). J’ai annoncé que je ne rembourserai ni les intérêts, ni le capital tant que le montant de la dette n’est pas clairement établi. Une partie doit être transformée en subvention, des discussions sont en cours. Par ailleurs, je ne veux surtout pas tomber dans l’engrenage dans lequel est tombé la France, emprunter pour rembourser sa dette. Je préfère geler notre dette pendant deux-trois ans et reprendre le remboursement quand la situation le permettra.
Vous refusez d’augmenter les impôts ?
Oui, à ce stade. Le Premier ministre propose de supprimer l’IS pendant cinq ans, tandis que Bercy demande d’augmenter les impôts. Le Premier ministre a compris que pour relancer l’investissement, il ne faut pas augmenter la fiscalité. Je privilégie la réduction maximale des dépenses publiques pour ajuster le niveau d’impôt.
Avec un taux d’endettement de 360 % et une économie toujours en difficulté, n’existe-t-il pas un risque d’endettement permanent ?
On peut sortir de cet endettement, notamment si une partie du prêt est transformée en subvention. De plus, une institution judiciaire a jugé l’État responsable de n’avoir pas assumé ses compétences en mai 2024, ce qui renforce notre position. Par exemple, j’ai un déficit de huit milliards du système de retraites privées qui peut être en cessation de paiement. Entre rembourser un emprunt et payer les retraites, mon choix est clair.
Le risque d’insincérité du budget de la Nouvelle-Calédonie est-il réel ?
L’État évoque ce risque si les prêts ne sont pas remboursés. Mais je considère que comme le prêt est garanti, il sera payé, donc il n’y a pas d’insincérité, éventuellement un défaut de paiement. Si l’État veut déclarer le budget insincère et gérer l’ensemble des budgets des collectivités, qu’il le fasse, je doute que ce soit une solution gagnante.
2025 marque-t-elle le début d’une longue période d’austérité ?
Ce n’est pas de l’austérité parce que ces décisions auraient dû être prises plus tôt. Avant d’augmenter la fiscalité, il y a encore de la marge pour réduire les dépenses. En 2025, une cinquantaine de postes ont été supprimés, près d’un milliard d’économies ont été réalisées en gelant des recrutements. Nous travaillons à réduire le nombre d’établissements publics (de 27 à 18) et de directions (de 22 à 13) en les fusionnant.
Pourquoi ces réformes n’ont-elles jamais été réalisées ?
Parce que la situation était confortable. Aujourd’hui, la situation impose des réformes. Et quand je dis que ce n’est pas de l’austérité, c’est que notre logique, pour le budget 2026, est de réduire les dépenses et de prioriser la relance grâce aux économies.
Faut-il croire à la lettre de Sébastien Lecornu sur le plan de relance ?
La proposition est significative, avec de bonnes nouvelles sur les assurances, la défiscalisation. Des questions subsistent sur l’exonération de l’IS et le financement des 100 postes d’éducateurs. Il faut aussi clarifier cette affirmation selon laquelle l’État ne financera plus que ses compétences dans cinq ans. Les 100 millions d’euros supplémentaires (12 milliards) pour les finances publiques sont insuffisants. Il nous manque globalement 30 milliards. On a déjà 20 milliards de déficit sur les comptes sociaux. Nous allons proposer une loi pour réduire les dépenses de santé et probablement augmenter l’âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans, et la durée de cotisation.
Le cofinancement du chômage partiel a permis d’éviter la catastrophe. Où en est-on ?
Il s’arrête au 31 décembre. Nous souhaitons prolonger de six mois le dispositif de maintien dans l’emploi, qui sera discuté dans le débat d’orientation budgétaire, mais à ce stade, il manque 600 millions de francs.
Êtes-vous sûr d’avoir la majorité au Congrès ?
Cela fait deux mois qu’on parle de ce budget en collégialité. J’ai eu l’occasion de rencontrer les chefs de groupe du Congrès, les présidents des exécutifs (GTPE), les 33 maires, etc. Ce n’est pas un budget partisan. Personne n’a de majorité au Congrès donc on est obligés de construire un budget de consensus et de compromis. Je pense qu’il y aura une majorité de responsabilité.
Propos recueillis par Chloé Maingourd et Yann Mainguet

