Requins : La plus grande étude jamais réalisée

La troisième campagne de suivi des populations des requins de l’IRD, APEX 3, vient de s’achever. Cette étude d’importance majeure pour notre environnement va apporter des réponses cruciales sur le comportement des requins et la barrière de corail dans son ensemble.

Partant de données scientifiques démontrant que 90 % des requins ont disparu de nos océans avec des conséquences sur la santé et l’avenir de la barrière de corail, le chercheur et biologiste marin de l’IRD, Laurent Vigliola, a su convaincre les décideurs pour qu’une vaste mission océanographique soit menée. Elle s’est faite en deux temps. La première partie, baptisée Pristine, qui a fait l’objet d’une thèse, a permis de prouver qu’il existe encore des sites marins vierges, des « paradis originels » autour de la Nouvelle-Calédonie et que ces paradis ont une densité importante de requins. « Partant alors du constat que si les grands prédateurs sont présents en nombre sur des zones où les récifs sont sains et qu’ils sont peu nombreux voire absents sur des récifs endommagés, nous avons voulu savoir pourquoi et la mission APEX a été lancée », indique le biologiste marin. Le but de cette campagne est d’étudier le comportement des requins pour démontrer leur rôle dans et pour les récifs coralliens.

Le projet APEX

Ce projet scientifique de l’IRD financé pour quatre années par la fondation Total, avec le soutien du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et en partenariat avec le PEW Charitable Trusts, est crucial. « 90 % des grands prédateurs ont disparu et cela a impacté inévitablement nos récifs. Nous voulons savoir dans quelle mesure, quel rôle ils jouent et pourquoi ils sont plus présents en certains endroits. Nous voulons apporter les preuves scientifiques que notre barrière, notre corail se dégradent et identifier les causes possibles, et la disparition des requins fait partie de ces causes, explique le scientifique. Si les grands prédateurs marins sont supprimés, les espèces plus petites vont se multiplier. Ces dernières vont manger soit du corail, qui va inévitablement diminuer, soit plus d’herbes. Et si les herbes se multiplient, elles vont envahir le récif et l’étouffer, le détruire aussi. » Le projet Apex a donc débuté il y a quelques mois et depuis, trois campagnes ont mobilisé des chercheurs autour de la Calédonie et les premiers éléments de réponses sont attendus courant 2016.

Des capteurs sur les requins

Pour mener à bien la campagne APEX, c’est une première de par son envergure, les chercheurs ont placé des émetteurs sur des requins gris et à pointes blanches qui lancent un bing de positionnement toutes les minutes. Des récepteurs acoustiques placés au fond de l’océan recueillent les données et les fréquences de passage. Il aura fallu trois campagnes aux équipes de l’IRD pour poser pas moins de 150 émetteurs et 70 récepteurs. Les zones de « paradis originels » ont été quadrillées (Entrecasteaux, Chesterfield) tout comme le lagon Nord et la zone de Nouméa. Le but étant de confondre les données et de voir les différences de comportement selon la situation géographique. Tous les récepteurs seront récupérés lors de la prochaine campagne (APEX 4) en juin. Des résultats qui sont attendus par les chercheurs étrangers qui étudient l’évolution des récifs, notamment les Australiens et les Américains.

Premiers résultats

Si les premiers résultats de masse seront présentés et analysés en juin, l’équipe de l’IRD a pu remonter quelques récepteurs lors de sa dernière campagne APEX, il y a une quinzaine de jours, dans la région d’Entrecasteaux. Et les premières données ont parlé. « Nous avons vu qu’il y avait trois types de comportement. Ceux qui vont rester quatre mois autour de la même patate, ceux qui osent parcourir une trentaine de kilomètres dans une même région et ceux qui font des centaines de kilomètres jusque dans des zones de haut-fond », indique Laurent Vigliola. L’étude finale montrera le pourquoi de ces différences de comportement. Concernant le nombre d’individus, les chercheurs ont remarqué que « plus on s’éloigne de la Grande Terre et surtout de Nouméa, plus les requins sont nombreux ». Le biologiste marin évoque plusieurs hypothèses quant à la disparition de l’espèce : « Il y a l’effet historique comme quoi on a beaucoup pêché par le passé les requins et qu’ils ont tout simplement disparu. Je n’y crois guère. On parle aussi de braconnage ou que l’alimentation des requins a baissé là où l’homme est présent provoquant leur fuite. Mais la plus intéressante reste celle du dérangement. On s’est rendu compte que le comportement des requins est grandement altéré à cause de l’homme et de sa vie. Le requin a peur de l’homme et de son environnement. Il fuit ou disparaît. Son comportement est altéré. » Avec les résultats du projet APEX, toutes ses observations apporteront des réponses chiffrées, des données précises qui répondront à deux grandes questions : pourquoi les requins disparaissent et quelles sont les incidences pour nos récifs ?

C.S

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Informer les décideurs 

Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a décidé que 95 %, soit 1 300 000 km2, de nos eaux seraient incluses dans le parc naturel de la mer de Corail. Il représente 12,7 % de l’espace maritime français et inclut 55 % des récifs coralliens de Nouvelle- Calédonie. En 2013, le gouvernement avait en outre interdit la pêche aux requins dans les eaux placées sous sa compétence. Il travaille actuellement à la mise en place du plan de gestion du parc, ce qui nécessite la compilation de l’information existante et le soutien des initiatives visant à collecter de l’information nouvelle et utile à la protection de l’environnement du parc. La donnée, collectée grâce au projet Apex, sera fournie en temps réel pour favoriser une gestion ciblée et efficace du parc naturel.

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Les aires marines protégées

Afin de protéger leur biodiversité marine et notamment enrayer le déclin généralisé des grands prédateurs marins comme les requins, plusieurs pays ont récemment décidé d’agir en créant des aires marines protégées géantes (AMP). Cette tendance a commencé en 2006 à Hawaï où toute exploitation a été interdite dans une zone marine de 362 000 km2. Les îles Chagos (Royaune-Uni), dans l’océan Indien, ont suivi en 2010 avec 640 000 km2 de réserve marine, puis l’Australie, en 2012, avec la création du parc national marin de la mer de Corail (503 000 km2). La création d’un des parcs marins les plus vastes du monde, en Nouvelle-Calédonie, a été actée en 2014.

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