Reprise de PRNC : la balle dans le camp de l’État

« NBM précise qu’il serait disposé à réexaminer sa position si une visibilité suffisante lui est apportée » sur les sujets du prix du soufre à PRNC et du partenaire chinois, a écrit la présidente de la province Sud, Sonia Backès, dans son courrier envoyé à l’Élysée la semaine passée. (©Y.M)

Le possible repreneur de l’usine du Sud, NBM, refuse d’aller plus loin si les sujets de l’envol du prix du soufre et du recours à l’expertise chinoise ne sont pas traités. L’Élysée s’oppose, à ce stade, à une intervention de ces sociétés asiatiques sur le territoire. Une position devrait être exprimée d’ici la fin du mois.

Les salariés, inquiets, se demandent si le tunnel du processus de reprise est encore long. Diffusé sur la place en fin de semaine passée, un courrier de la présidente de la province Sud, Sonia Backès, à l’attention du président de la République, Emmanuel Macron, qui lui-même fait suite à une lettre du consortium New Battery Metals (NBM) adressée au Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) chargé de la négociation, a jeté un froid.

NBM, un fonds d’investissement émirati jusqu’alors repreneur potentiel en vue, a annoncé son renoncement à présenter une nouvelle offre de reprise de Prony Resources New Caledonia dans les conditions actuelles. « Deux obstacles à la poursuite de son engagement » sont listés, selon la Maison bleue. Le premier a trait à l’envol du prix du soufre dû à la guerre au Moyen-Orient. L’usine du Sud en consomme dix tonnes pour la production d’une tonne de nickel.

Or le tarif du soufre a été multiplié par quatre en raison du conflit, sans compter le doublement du coût du carburant diesel mais aussi la baisse du cours du métal depuis le début de l’année. Autrement dit, NBM a vu sa base de calcul initiale pour établir l’offre de reprise sérieusement chamboulée. L’inflation de cette matière première clé dans le procédé hydrométallurgique pénalise, en outre, la comptabilité de PRNC.

À tel point que la direction de l’usine du Sud a décidé, lors d’un conseil d’administration la semaine dernière, de réduire grandement son activité dans le but d’abaisser la consommation de soufre et ainsi de tenir avec la trésorerie restante jusqu’au début de 2027. « On s’accroche », soufflent des employés.

200 CHINOIS POUR SIX MOIS

Le second obstacle pointé par New Battery Metals relève davantage de la géopolitique, de l’économie mondiale. Le Président, Emmanuel Macron, ne veut pas d’intervention chinoise dans le Sud, ni dans le Nord (lire notre précédente édition), ni à la SLN. Tel est le problème. Car le fonds d’investissement émirati, qui détient par définition uniquement les capitaux, entend s’appuyer sur l’expertise technique et l’ingénierie d’un partenaire chinois réputé, ENFI. Société qui ne rentrerait pas dans l’actionnariat du consortium construit pour la reprise du complexe en baie de Prony. Un chiffre peut, de prime abord, interroger, mais un « deal » avait été posé : en cas de rachat de PRNC, 200 employés asiatiques d’ENFI doivent venir dans le Sud pour inspecter la technologie de l’hydrométallurgie, mais strictement pour six mois, une seule fois.

Le refus de l’État de voir des Chinois dans les usines de traitement du minerai de nickel en Nouvelle-Calédonie peut être interprété comme « une méconnaissance du marché », tranche un spécialiste, parce que « ce marché est dominé par les Chinois, devenus des acteurs incontournables ». Face à l’avis négatif de l’Élysée, NBM a recherché une autre expertise dans le monde et a proposé le support d’Indonésiens. Mais cette voie génère un surcoût, « nous ne savons pas si l’État est prêt à l’assumer », explique la présidente de la province Sud, Sonia Backès, contactée.

RÉPONSE DU BERGER À LA BERGÈRE ?

Le fonds d’investissement émirati avait exposé, il y a plusieurs mois, selon nos informations, diverses exigences aux autorités parisiennes, en vue d’une reprise : la prise en charge du passif via une subvention de 20 milliards de francs, un prêt de 24 milliards destiné au financement des dépenses d’investissement, l’abandon d’une partie de la dette estimée au total à 70 milliards de francs environ vis-à-vis de l’État, un soutien face au coût de l’énergie locale… Dès lors, question : l’opposition de l’Élysée peut-elle être une réponse du berger à la bergère devant des conditions de NBM jugées excessives ?

Dans son courrier, la présidente Sonia Backès interpelle Emmanuel Macron et l’incite à agir en mettant en place un mécanisme de compensation du différentiel entre les prix du soufre d’avant et d’aujourd’hui, mais aussi en prenant « sans délai une décision constructive sur le recours aux compétences techniques chinoises nécessaires au projet ».

D’après l’élue, une position devrait tomber « d’ici la fin du mois ». Et, ainsi, soit les discussions avec NBM continuent, soit le processus de reprise est relancé pour une autre offre. Ce qui, dans le dernier cas, prendrait du temps, or PRNC n’en a plus vraiment, à moins que Paris prête à nouveau de l’argent. Après avoir écouté les discours du président de la République et autre Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, décelant dans le nickel une ressource stratégique majeure, un syndicaliste de Prony Resources s’interroge : « Quelle autre alternative nous proposent alors l’État et l’Europe ? »

Yann Mainguet

74%

Telle est la part du capital de l’usine du Sud à céder, contrôlée aujourd’hui par l’État à travers une fiducie.

 

Flou autour d’une annonce
Jeudi 17 septembre au matin à Nouméa, soit après le bouclage de cette édition de DNC, l’État a annoncé, dans un communiqué, sa décision d’octroyer « un soutien financier supplémentaire dans la continuité du soutien constant de l’État pour PRNC depuis 2021 ». Le montant n’est pas précisé dans la communication. Toutefois, question, s’agit-il du versement de la dernière tranche (90 millions d’euros) du prêt en cours ou l’accord pour un nouveau prêt ? De même, une phrase du ministère des Outre-Mer surprend : dans les conditions de marché actuelles avec notamment la très forte augmentation du prix du soufre, « aucune offre ferme de reprise de cette entreprise n’a été maintenue ». Là encore, l’État informe-t-il d’un départ clair de NBM ? Le consortium a semblé pourtant disposé à rester dans la course si les deux points présentés comme des obstacles sont réexaminés.