[RENOUVELABLE] Samuel Lopez, Akuo Energy : « Réunir les partenaires financiers a été compliqué »

Pour Akuo, représentée par Samuel Lopez, le projet « envoie un signal fort de confiance ». © Y.M.

Porté par la société française Akuo Energy, le projet de la plus grande batterie de stockage d’électricité du territoire, à Boulouparis, s’est heurté, sur le plan financier, aux effets des émeutes. Le dossier est aujourd’hui en voie de finalisation.

DNC : Quel est le principe de la grande batterie de stockage ?

Samuel Lopez : L’installation sera composée de plusieurs conteneurs, chacun disposant de plusieurs modules de batterie. Toutes ces batteries lithium-fer-phosphate sont connectées entre elles et vont stocker l’énergie en surplus générée par les centrales solaires. Je m’explique : en journée, avec la lumière du soleil, il y a parfois un peu trop de production, ce qui sera encore plus vrai demain puisque de nouvelles centrales vont être intégrées. Nous allons donc stocker tout ce surplus d’énergie pendant la journée dans la batterie pour ensuite le restituer le soir. Pour entrer un peu plus dans les détails, cette énergie passe par un onduleur et un transformateur et est injectée dans le réseau moyenne tension puis haute tension après le poste source. Elle rejoint ensuite le réseau principal de la Nouvelle-Calédonie à 150 kilovolts (kV), le réseau de transport Enercal.

Cette grande batterie aura une puissance délivrée de 50 mégawatts…

Nous serons sur 50 mégawatts de puissance et 150 mégawatts/heure de capacité. C’est-à-dire : pendant trois heures, on peut délivrer 50 mégawatts. Pour donner une idée, 50 mégawatts est l’équivalent d’une grosse centrale thermique du territoire, par exemple, celle de Népoui qui fait 53 mégawatts. Une durée de trois heures peut paraître peu, mais en fait, c’est beaucoup !

Vers 17 heures, imaginons, nous commençons à avoir besoin de l’énergie solaire produite durant la journée. Nous sollicitions alors la batterie, grâce à laquelle nous passons le pic du soir. Quand la batterie est vide, la consommation a baissé radicalement à cette heure-là. Cela fait sens. Enercal a élaboré le cahier des charges et défini la capacité de la batterie. En réalité, la batterie est doublée : nous n’aurons pas 50 mégawatts – c’est la puissance nominale –, nous installerons 110 mégawatts afin d’avoir toujours de la disponibilité.

La sécurité est une priorité depuis le début.

C’est-à-dire ?

En cas de maintenance, par exemple, après une panne, il faut toujours pouvoir délivrer les 50 mégawatts. Nous avons surdimensionné pour ne pas subir un impact et avoir une batterie toujours opérationnelle. Nous avons doublé en termes de puissance et nous sommes à 224 mégawatts/heure pour 150 mégawatts/heure de capacité nominale. Nous avons donc une belle marge de manœuvre.

Quel est le calendrier ?

Nous sommes en phase finale de financement. Il faut qu’il aboutisse dans les semaines à venir. Dans la foulée, nous démarrerons les travaux. La mise en service doit intervenir avant le mois d’août 2027.

C’est l’une des plus grosses batteries d’Europe. Dans le contexte calédonien, c’est un outil d’une taille très conséquente. Avec un vrai impact dans le système électrique local.

L’investissement de neuf milliards de francs est soutenu par Akuo et des banques. Dans l’actuel contexte calédonien, est-il si facile de réunir des partenaires financiers ?

Cela a été compliqué, mais nous arrivons au bout de l’exercice. L’année dernière, nous avons eu des difficultés pour finaliser le montage financier à cause des émeutes. Après plusieurs mois de discussion, le dossier est en cours de finalisation.

L’installation d’une batterie de stockage renchérit-elle le coût de l’électricité achetée par Enercal ?

Le coût du kilowattheure solaire a baissé, il est à moins de 10 francs. Le coût de fonctionnement est compensé par le volume d’énergie injecté. L’un dans l’autre, au bout du compte, il y a une cohérence pour l’utilisateur d’une énergie décarbonée.

Des coutumiers se sont interrogés sur la fiabilité du fonctionnement…

La sécurité est une priorité depuis le début. Nous avons mené des études très poussées, fait des simulations en cas d’incendie, d’explosion… Nous avons des dossiers assez conséquents sur tous les scénarios possibles. Nous avons travaillé également avec les pompiers de Boulouparis et la Sécurité civile. Et nous avons obtenu, en novembre dernier, le permis ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement), ce qui signifie que l’installation est sûre. Il y aura des systèmes d’arrosage, etc. Et un élément simple et efficace est la distance. Grâce aux simulations, nous avons calculé le rayonnement, en cas d’incendie. Il y aura 60 conteneurs de batteries et 16 transformateurs, sur une surface de 1,6 hectare. Nous disposerons chaque conteneur suffisamment loin l’un de l’autre.

Quels retours avez-vous des centrales de stockage mises en service par Akuo
aux Tonga (16,5 MW/29,2 MWh) et en Martinique (12 MW/19 MWh) ?

J’ai eu des informations récemment, elles fonctionnent très bien. Nous avons également des projets sur l’île de La Réunion et à l’île Maurice. La technologie est éprouvée, elle a été testée partout. On démultiplie le nombre de conteneurs dans ce projet, mais ce sont les mêmes que nous avons ailleurs.

Propos recueillis par Yann Mainguet

Un investissement de neuf milliards

Le projet de batterie de stockage à Boulouparis, qui nécessite un investissement de neuf milliards de francs, est soutenu par Akuo Energy ainsi que par des partenaires financiers : la Banque de Nouvelle-Calédonie, la Caisse d’épargne Île-de-France, Bpifrance, l’Agence française de développement et la Banque calédonienne d’investissement.