« Renaissance » du musée de la Nouvelle-Calédonie

Les autorités locales ont posé la « première pierre » du futur musée de la Nouvelle-Calédonie, le 6 juillet, date anniversaire de sa création à Nouméa. Il a beaucoup été question d’un nouveau départ rassemblant toutes les communautés…

Des manous noués autour d’un gaïac, « bois de vie », par chaque représentant institutionnel ou communautaire et la mise en terre d’un Metrosideros operculata, arbuste endémique, voilà qui a symbolisé le début d’une nouvelle ère pour le musée de la Nouvelle-Calédonie qui accueille chaque année 25 000 visiteurs. L’établissement, vidé de tous ses objets et apparats, va subir une grande rénovation de deux milliards de francs dans le cadre d’un contrat de développement État-Nouvelle- Calédonie. Le chantier va débuter au mois d’août pour une livraison mi-2022. Le nouveau bâtiment sera un « bijou architectural », selon les termes de Vaimu’a Muliava, en charge des constructions publiques au gouvernement. L’extension du lieu « encadrera et protégera » le site existant avec une façade en écaille de bois. L’ensemble sera aussi moderne, numérique et bioclimatique.

Un musée ambitieux pour des objets « de classe mondiale »

Le musée, qui pourrait s’appeler « Muz », suscite beaucoup d’espoirs, placés symboliquement dans ces manous qui resteront accrochés au gaïac toute la durée du chantier. Ancré dans le préambule de l’Accord de Nouméa, l’établissement, comme l’a expliqué Didier Poidyaliwane, membre du gouvernement en charge de la culture, s’est fixé de porter désormais une double reconnaissance : celle des Kanak et celle des autres communautés qui peuplent la Nouvelle-Calédonie.

On y trouvera, en premier lieu, la collection d’art kanak, un fonds sans équivalent au monde, un patrimoine « essentiel », en particulier pour les générations futures, « assaillies par la modernité », selon les mots, cette fois, du président du Sénat coutumier, Hippolyte Sinewami-Htamumu, qui souligne que « nos racines sont nos forces ». Il permettra aussi aux populations de regarder l’histoire, la « vraie », au-delà de ce qui a pu être « enlevé » ou « dérobé », selon Roch Wamytan, président du Congrès.

La nouvelle muséographie accordera une place, jusqu’ici inexistante, à la valorisation du patrimoine archéologique du territoire, de la période Lapita. Puis l’histoire de l’archipel sera observée par le prisme des arrivées successives et des apports de toutes les communautés.

Destin commun au musée

Ces communautés formées par des Européens, Wallisiens, Arabes, Vietnamiens, Antillais, etc. ont été chaleureusement accueillies lors de la cérémonie par le vice-président de l’aire coutumière de Djubéa-Kaponé, Justin Gaïa, et les autorités, chacun insistant sur la richesse de notre société multiculturelle.

Le projet se veut résolument rassembleur et citoyen à l’heure où la Nouvelle-Calédonie doit se choisir un destin. « Ce n’est pas seulement une rénovation. Ce que nous sommes en train de faire c’est de planter les fondations d’une ère nouvelle, a commenté le président du gouvernement, Thierry Santa. C’est une occasion de repenser les liens de la population avec son histoire […] Et cela peut permettre de lutter contre le communautarisme qui se répand dans nos sociétés modernes. » Roch Wamytan, a évoqué « un grand moment de l’histoire de la Nouvelle- Calédonie, le point de départ de quelque chose ». Le haut-commissaire, Laurent Prévost, pour sa part, a salué ce « symbole politique » et s’est réjoui de voir que l’État avait fait « le bon choix » en suivant le souhait du gouvernement. « Je suis très désireux de vous suivre dans ce projet, symbole du destin commun », a conclu le représentant de l’État. Une concorde que l’on aimerait davantage observer dans ce pays…


Une collection unique

8 000 objets dont 4 200 pièces kanak et océaniennes ont été placés dans une réserve externalisée, à Païta. Cette réserve aura vocation à perdurer une fois que les œuvres auront réintégré le musée. Elle permettra notamment à la Nouvelle-Calédonie d’avoir les moyens d’emprunter des objets kanak des musées nationaux.


Original

L’opération de deux milliards de francs, financée par la Nouvelle-Calédonie et l’État (70/30 %) dans le cadre des contrats de développement, prévoit une extension d’une surface de 2 500 mètres carrés, une rénovation des 2 200 mètres carrés du bâtiment actuel et un réaménagement des espaces extérieurs sur 3 900 mètres carrés, le tout, selon les préceptes d’un « chantier vert ». L’architecte Gaëlle Henri et le cabinet bordelais Why Architecture ont imaginé un bâtiment original entouré d’écailles en acier Corten et en bois fabriquées localement. Le parvis d’accueil et les jardins deviendront une véritable place publique ouverte sur le Mwâ Kââ, le marché et le port.


Un projet attendu

Ouvert à cet endroit, le 6 juillet 1971, le « musée néo-calédonien » devenu musée de la Nouvelle-Calédonie ne comptait plus les freins à son développement. Sa réserve, créée en 1984, avait atteint son encombrement maximal, ses bureaux et espaces dédiés aux animations culturelles étaient à l’étroit et les possibilités pour la conception des expositions, très limitées. L’aspect visuel du bâtiment intérieur et extérieur laissait à désirer.

C.M.

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