Référendum : « Pas sûr que les Français aient même compris qu’il y aurait une nouvelle consultation »

France Info consacre un débat d’une heure, jeudi pour nous, à Paris, au référendum calédonien. Dans le contexte de la crise sanitaire, la consultation suscite moins d’intérêt dans l’Hexagone qu’en 2018, même si les enjeux restent bien connus d’une certaine partie de la classe politique. Entretien avec le journaliste William Kromwel, chef du service politique du pôle outre-mer de France Télévisions, qui animera l’émission.

DNC : Pourquoi avoir décidé d’organiser un débat avec des intervenants métropolitains sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie et comment avez- vous choisi vos invités ?

William Kromwel : France Info a choisi d’organiser ce débat parce que même à 18 000 kilomètres, c’est un moment important de la vie politique nationale. La chaîne parle assez souvent de l’outre-mer, donc le 4 octobre, c’est dans son agenda. Le choix des intervenants métropolitains, c’est aussi pour montrer que malgré ce qui peut paraître comme une couverture « légère » du référendum, il y a des gens qui suivent ce dossier. Et c’est plutôt une bonne chose de pouvoir offrir un tel plateau aux téléspectateurs. L’autre idée, puisque l’émission est aussi diffusée sur NC La 1ère, c’est de montrer que même si le référendum ne concerne que les électeurs du Caillou, c’est aussi regardé de près dans l’Hexagone.

Nous avons choisi nos invités selon leur implication dans le suivi du processus et leur poids politique. Yaël Braun-Pivet est une députée En marche, mais aussi la présidente de la commission des lois, et la rapporteure de la mission d’information parlementaire sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle Calédonie. Cette mission était pilotée par Manuel Valls, mais il n’a pas été remplacé à ce poste. On aurait aimé l’avoir en plateau, mais il n’était pas disponible. Pourtant, c’était un des Premiers ministres qui se sont le plus engagés dans le processus. Le député Philippe Gosselin est le spécialiste des outre-mer au sein du groupe LR. Toujours présent dans les débats, il est très écouté au sein du groupe.

La difficulté a été de donner un espace au camp du oui. On a pu s’apercevoir que les groupes politiques qui auraient pu défendre cette idée étaient réticents : d’accord pour défendre « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », mais pas au point de militer pour l’indépendance. Heureusement, il y a aussi des militants indépendantistes dans l’Hexagone… le plateau politique sera donc équilibré.

Les élus métropolitains, et notamment la nouvelle génération, s’intéressent- ils toujours autant à la question calédonienne ?

Ceux qui sont impliqués le sont vraiment. Prudents, ils font aussi attention à ce qu’ils disent, ils savent qu’un mot de travers peut être mal interprété sur place. Il y en a qui sont tout simplement fascinés par le processus institutionnel : pour la Nouvelle Calédonie, on peut aller très loin dans la manipulation de la Constitution. Mais c’est vrai que les plus nombreux se tiennent à l’écart du débat, de peur de dire des bêtises. Pierre Maresca remarquait que les choses avançaient mieux depuis que les responsables politiques ne comparaient plus la Nouvelle Calédonie à l’Algérie. La nouvelle génération a dû se faire houspiller pour prendre part au débat. Et puis traditionnellement, la Nouvelle Calédonie, cela relève de la présidence de la République, de Matignon, voire du ministère des Outre-mer. Il faut donc un certain poids politique pour s’y intéresser et en parler.

Avez-vous le sentiment que cette deuxième consultation intéresse les Français ?

Honnêtement, non ! En ce moment, c’est la crise sanitaire qui mobilise les esprits. Je ne suis pas sûr que les Français aient même compris qu’il y aurait une nouvelle consultation après celle de 2018. Il faut donc reprendre l’histoire à zéro. Le débat de France Info permettra aussi de rafraîchir les mémoires !

Les médias nationaux n’avaient-ils pas davantage couvert la première consultation ?

Oui, mais le contexte était différent : le premier référendum, on en avait parlé à chaque déplacement de Président ou de Premier ministre. Tous les sujets politiques sur la Nouvelle Calédonie se concluaient sur ce rendez-vous. Il y avait même eu une sorte de compte à rebours éditorial, notamment à France Télévisions. Je me souviens d’une réunion avec Walles Kotra devant l’état-major éditorial de France TV pour élaborer un vrai plan de couverture. Il fallait en parler assez tôt pour sensibiliser les Français, mais pas trop tard de peur de les noyer sous un pavé indigeste. Cette année, ce sera moins ambitieux même si la Nouvelle Calédonie et son référendum va être sur toutes les chaînes du groupe FTV et sur ses pages web.

Cette fois, ça n’a pas été possible, notamment à cause de la Covid. Et puis le principe de la quatorzaine sur place a dissuadé pas mal de rédactions : difficile d’envoyer un journaliste quand on sait qu’il sera bloqué deux semaines sans pouvoir se rendre sur le terrain. Même les journalistes les plus reconnus pour leurs connaissances du dossier calédonien n’ont pas réussi à convaincre leur rédaction.


Les intervenants

Le débat aura lieu sur France Info entre 19 heures et 20 heures, heure de Paris, ce mercredi 30 septembre (de 4 heures à 5 heures jeudi, pour nous). Il sera rediffusé sur Nouvelle-Calédonie La 1ère à 20 heures. Autour du plateau sur la première demi-heure, Alain Christnacht, ancien haut-commissaire en Nouvelle- Calédonie, Ferdinand Mélin- Soucramanien (en vidéo), professeur de droit public et constitutionnaliste, Sarah Mohamed-Gaillard, maître de conférences et spécialiste de l’Océanie à l’Inalco. Puis sur la deuxième demi- heure, Yaël Braun-Pivet, députée LREM et vice-présidente de la mission d’information sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, Philippe Gosselin, député LR, vice-président de la mission d’information sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, et François Karé, ancien élu indépendantiste.


Soirée électorale sur La 1ère et France Info

La soirée électorale sera à suivre dimanche sur NC La 1ère à partir de 18 heures en radio et sur le numérique et 19 heures en télé. Elle sera diffusée en direct sur France Info à partir de 10 heures du matin, mais également sur Polynésie La 1ère et Wallis et Futuna La 1ère. Une soirée au cours de laquelle devrait s’exprimer le président de la République. C’est la première fois dans l’histoire de France Télévisions, qu’une soirée électorale calédonienne est retransmise en direct au niveau national et dans les outre-mer. La soirée sera présentée par Charlotte Mestre, Nadine Goapana, Loreleï Aubry et Steeven Gnipate.

C.M. et M.D.

©Nathalie Guyon

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