Réchauffement climatique : comment agir en Nouvelle-Calédonie ?

Le lien entre l’activité humaine et le réchauffement climatique a encore été précisé par le Giec, groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Chaque augmentation de température aura des incidences sur les phénomènes extrêmes. Que pouvons-nous faire à l’échelle calédonienne pour réduire notre empreinte et se protéger ? Éléments de réponse avec Hubert Géraux, du WWF Nouvelle-Calédonie.

Le sixième rapport du Giec donne raison aux plaidoyers pour garder la hausse des températures à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle telle que stipulée par l’accord de Paris. Alors qu’une telle augmentation aura des conséquences plus dramatiques qu’aujourd’hui, ces dernières seraient désastreuses avec une hausse à deux degrés. Et tandis que certains changements sont irréversibles, il n’est pas trop tard pour faire des choix climato-responsables. Pour Hubert Géraux, du WWF, deux principaux chantiers sont à mettre en œuvre localement : la décarbonation, c’est-à-dire la réduction de notre consommation d’énergies primaires émettrices de gaz à effet de serre, et la politique d’adaptation au changement climatique.

  • Mines et la métallurgie

Le secteur contribue largement à notre note carbone, principalement la partie métallurgie avec ses choix énergétiques qui reposent sur le charbon et le fioul. Le travail sur la décarbonation est en train de s’ouvrir « avec la locomotive de Prony Resources », qui a l’ambition de produire du cobalt nickel pour la transition énergétique. L’action publique peut pousser les initiatives entre autres par le schéma de transition énergétique qui est en cours de révision (lire p.13). « Même si une centrale thermique ne peut s’effacer du jour au lendemain (…) nous demandons que le schéma exige au secteur de se mettre sur une trajectoire zéro carbone, de sortie des énergies fossiles », nous dit Hubert Géraux.

  • Énergies renouvelables

Le dossier des énergies renouvelables sera aussi discuté dans le cadre de la révision du schéma de transition énergétique. Des dizaines de milliards de francs servent à payer les sociétés pétrolières pour le charbon, alors qu’ils pourraient être orientés dans une économie circulaire. Par ailleurs, les coûts énergétiques à l’import ne sont pas stables, les ressources sont liées à des marchés spéculatifs et la crise climatique va encore tendre l’accès aux ressources. « On parle d’un possible report vers le gaz, mais encore une fois, son prix ne sera probablement pas le même en 2030 ou 2040, contrairement à celui du soleil ou du vent » souligne Hubert Géraux. L’alternance avec le photovoltaïque est entamée. En termes de coût du kilowatt, il a déjà largement détrôné les énergies fossiles en Nouvelle-Calédonie. L’utilisation de la biomasse reste marginale.

  • Écomobilité

L’écomobilité est la gestion durable des modes de transport. Difficile sur cette question de penser à l’échelle du territoire. « Il n’y aura pas un train mis en place rapidement entre Koné et Nouméa ». Mais deux tiers de la population vivent sur le Grand Nouméa et une grande partie de la note carbone des transports sur le quotidien se joue dans cette zone. « On sait que les conurbations sont les meilleurs endroits pour organiser l’écomobilité. » Ces dernières années ont vu des avancées avec le réseau Tanéo et les pistes cyclables. Mais impression est donnée que les véhicules sont toujours aussi nombreux sur les routes.

  • Incendies

Les incendies rejettent une partie de notre stock de carbone. L’Œil a estimé cette part à 10 %. Une étude à affiner, mais qui fait réfléchir sachant que ce taux ne risque pas de diminuer dans un contexte de changement climatique. « Rappelez-vous 2019, 2017 avec les sécheresses très importantes, on va de toutes façons, en Calédonie comme ailleurs, subir des incendies géants », prévient Hubert Géraux. Il faut donc agir sur la prévention et la lutte contre les incendies en y attribuant davantage de moyens.

  • Choix de production et de consommation

N’oublions pas le carbone invisible, lié à nos choix de production et de consommation. L’importation des intrants, pesticides, engrais, aliments pour nos productions primaires, l’agriculture ou l’aquaculture vient aussi plomber la note. Pour Hubert Géraux, il faut soutenir les efforts de production locale de ces intrants. « C’est un objectif vraiment intéressant. On le voit avec le développement de l’agroécologie sous ses différentes formes qui prouvent qu’elles sont extrêmement productives, c’est un levier de décarbonation sous le pied. »

«La nature va être le premier partenaire des Calédoniens pour s’adapter au changement climatique»

  • Adaptation

Si ce premier volet est indispensable pour « limiter la casse », le territoire va devoir construire une stratégie de l’adaptation climatique parce que nous subirons les conséquences de l’inertie climatique du 20e siècle. Cette question n’est pas encore prise en considération. Alors que les divers schémas transcollectivités n’ont pas souvent abouti, il a été suggéré par le WWF de placer l’adaptation climatique au centre du schéma d’aménagement et de développement du gouvernement qui doit aussi faire l’objet d’une révision. Les questions d’aménagement, de développement et d’adaptation ne sont pas déconnectées, bien au contraire. Plusieurs pistes sont déjà listées.

  • Infrastructures vertes et bleues

« La nature va être le premier partenaire des Calédoniens pour s’adapter au changement climatique, donc lui faire du mal, le dégrader, c’est perdre les forces, les atouts de cette nature pour nous protéger », explique Hubert Géraux. Il faut, à l’inverse, investir dans ces infrastructures naturelles.

La moitié de la valeur économique des récifs coralliens, par exemple, est attribuée à la protection des côtes. Cette barrière nous permet d’avoir un lagon et une houle moins destructrice. Ce service anti-érosion est une infrastructure bleue. Les mangroves sont des infrastructures intermédiaires et les forêts de la chaîne sont des infrastructures vertes. Elles assurent la filtration des eaux, permettent de limiter les phénomènes érosifs, d’optimiser la ressource en eau en quantité, qualité et disponibilité. Sans ce manteau forestier, l’eau descendrait dans les plaines emportant les sols, avec des effets en cascade sur les nappes d’eau, l’agriculture, la vie sur terre et du lagon.

  • Ressource en eau

La question est centrale dans un contexte d’insularité et de changement climatique. L’eau est à partager pour les besoins en eau potable, énergétiques, les questions agricoles et des tensions peuvent apparaître (comme sur VKP), lorsque les différents consommateurs arrivent en concurrence sur une ressource restreinte.

L’adaptation de la production agricole à l’eau se pose notamment. « Doit-on continuer, par exemple, à cultiver du maïs sur la côte Ouest où on a des scénarios de réduction des précipitations qui sont assez inquiétants ? Est-ce qu’il ne faut pas investir dans de la production fourragère plus économe ? Par exemple, le sorgho qui demande 30 à 40 % de moins d’eau ? », interroge Hubert Géraux.

Une politique de l’eau partagée a bien été élaborée dans le cadre du Forum de l’eau. « Sincèrement, c’était très bien mené et le contenu est super. » Mais force est de constater qu’elle n’est pas mise en œuvre.  « Le programme « Protege* de la CPS sauve les meubles et en est le moteur, mais on est bien loin du chantier nécessaire ». Là encore la crise budgétaire risque d’ajouter des problèmes à la crise climatique…

* Projet régional océanien des territoires pour gestion durable des écosystèmes.


Qui s’en occupe au gouvernement ? 

Joseph Manauté (Calédonie ensemble), nouveau venu au gouvernement, est en charge de la transition écologique, du plan d’atténuation et d’adaptation aux effets du changement climatique, de la politique de l’eau et de la transition alimentaire. Christopher Gyges est chargé de la transition énergétique et du développement des énergies renouvelables.


Consultation publique

Jusqu’au 29 septembre, le gouvernement propose une consultation publique en vue de l’actualisation du schéma pour la transition énergétique de Nouvelle-Calédonie (Stenc) révisé tous les cinq ans. Il a fait l’objet de discussions et d’une concertation au mois de juin auprès des responsables politiques et des acteurs des différents secteurs. Il porte sur une réduction de 70 % des gaz à effet de serre d’ici 2035 par rapport à 2019, avec plusieurs moyens pour y parvenir : inclure un minimum de 30 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique de la métallurgie, développer la mobilité décarbonée avec d’ici 2030, 18 000 véhicules électriques en circulation soit 50 % des nouvelles ventes, et enfin, une baisse de 30 % minimum de la consommation énergétique du secteur résidentiel et tertiaire par rapport à 2019. La consultation pour le public est accessible sur www.gouv.nc. À l’issue, un rapport sera présenté au gouvernement qui fera une proposition de texte fin 2021-début 2022.

C.M.

©WWF/ Shutterstock

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