Céline Helmy est capitaine du Mary D. Au travers de sa profession, elle est témoin, depuis de nombreuses années, des conséquences du changement climatique. Au phare Amédée, où elle transporte sa clientèle, l’érosion et les cyclones ont modifié la forme de l’îlot et provoqué d’importants dégâts matériels.
En conséquence, le site a dû fermer de nombreuses fois, la privant de revenus ainsi que ses équipes. « Ce n’est pas seulement négatif pour l’entreprise, mais également pour la Nouvelle-Calédonie, car le phare Amédée est un support utilisé dans la promotion de la destination. Il faut à tout prix préserver la beauté de cet îlot », plaide la cheffe d’entreprise.
Des impacts qui ne se limiteront pas au monde du tourisme. Consciente de cela, la société Enercal tente d’anticiper ces futurs changements. « La hausse des températures va faire grimper la consommation du climatiseur, ce qui va avoir un impact sur les factures et sur tout le système électrique. Autre conséquence : la sécheresse et le manque d’eau. Aujourd’hui, 30 % de l’électricité calédonienne produite est de source hydroélectrique… Demain, quelle sera la quantité disponible dans les barrages comme Yaté ? », interroge Nathalie Pantaloni, chargée de communication d’Enercal.
ANTICIPATION
Sur une île située au nord de Poum, des tests ont été réalisés avec des petites unités de dessalement, alimentées par de l’énergie solaire. Une « solution durable, à la fois pour l’électricité et pour la mise à disposition de l’eau potable ».
Avec la montée des eaux et les évènements climatiques extrêmes de plus en plus nombreux, des infrastructures pourraient également être dégradées.
Enercal a donc essayé d’anticiper ces phénomènes, en installant désormais ses infrastructures dans des endroits plus stratégiques, non soumis à ces aléas, ou en réalisant du renforcement mécanique.
À l’image du Mary D et d’Enercal, le changement climatique risque d’impacter tous les secteurs économiques. Avec de plus fortes conséquences sur l’agriculture, la pêche, les mines et industries extractives ainsi que sur la santé, souligne la maîtresse de conférence en économie politique, Séverine Blaise. « Il est donc crucial que les politiques publiques préparent soigneusement des plans d’adaptation territoriaux, pour faire face à l’accélération des changements globaux ».
N.H.
La jeunesse en première ligne

Comment impliquer la jeunesse face à l’urgence climatique ? C’est sur cette thématique que s’est clôturée la deuxième édition du forum calédonien du changement climatique, en fin de journée.
Myriam Aubry-Maloungila, représentante du vice-rectorat, a rappelé les « mesures fortes » mises en place depuis 2019* afin de susciter l’engagement des élèves, comme l’aménagement de « notions explicites » dans les programmes scolaires de chaque discipline, de la maternelle jusqu’au lycée, ou encore l’instauration annuelle d’éco- délégués dans les classes.
Par la suite, des élèves de différents niveaux et établissements scolaires ont présenté leur projet, en lien avec le changement climatique. Et les idées ne manquent pas.
Élèves au collège de Magenta, Enoua, Benoît et Romain ont travaillé sur un processus écologique de désalinisation de l’eau de mer, afin de palier les besoins des territoires en situation de stress hydrique.
Au lycée Escoffier, la classe de seconde STHR (Sciences et technologies de l’hôtellerie) et de la restauration a réalisé un podcast, « Les enjeux de l’océan », montrant l’importance de la biodiversité marine.
Edwige Hnaweongo, elle, a réalisé une capsule vidéo sur la montée des eaux à Ouvéa, dans le cadre de son cours « Ateliers de valorisation des langues », à l’université. Doctorant en chimie à l’UNC, Wahnyalo Kazone travaille quant à lui sur les effets du changement climatique sur les plantes aromatiques et médicinales.
Un intérêt certain, qui doit être soutenu. Aujourd’hui, « il y a un manque d’accompagnement et de reconnaissance pour ceux qui lancent des projets », regrette Yolaine Koteureu, qui a pris la parole au titre de l’association Change Makers NC. Créée en décembre 2024, l’association a monté le projet « Seed », à travers lequel elle organise des ateliers autour de l’environnement.
N.H.

