Quelles directions pour les partisans du non et ceux du oui ?

Après avoir consulté leurs bases respectives post-référendum, indépendantistes et loyalistes se sont positionnés pour la suite du processus politique. Discussions, accord, association, troisième référendum… Les positions seront défendues devant le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, arrivé vendredi à Nouméa.

Les Loyalistes : discuter rapidement

La semaine dernière, les Loyalistes, réunis devant la presse, ont dressé un bilan du deuxième référendum et tracé des perspectives. Ils se félicitent des résultats obtenus, même si le score est moindre qu’au premier référendum. Comme l’explique Sonia Backes, de l’Avenir en confiance, « les Calédoniens se sont une nouvelle fois prononcés pour le maintien dans la France. Les loyalistes ont progressé de 3 000 voix et les indépendantistes de 11 000. Mais dans ces 11 000 voix de progression, on a quand même 5 000 voix du Parti travailliste qui n’avaient pas voté lors du premier référendum. Et puis, on avait une abstention qui était plus forte dans les quartiers Nord, donc a priori, plus d’indépendantistes. (…) Aujourd’hui, les indépendantistes ont fait le plein de leurs voix et si troisième référendum il y avait, il serait remporté par le camp de ceux qui veulent que la Calédonie reste dans la République ».

Par ailleurs, le camp loyaliste a redit que des pressions avaient été exercées lors du scrutin. « On a vu que sur Nouméa et le Grand Nouméa, il y avait une pression terrible sur les bureaux de vote et ça n’a pas aidé les partisans du non à voter. En tout cas, on en connaît qui ont même fait demi-tour et ont refusé d’aller voter devant la pression exercée et donc, on envisage, par toutes les voies et moyens, de remettre en cause un petit peu le résultat de ces bureaux de vote », déplore Nicolas Metzdorf, de Générations NC.

Ceci étant posé, les Loyalistes ne souhaitent pas aller à la dernière consultation. « La Calédonie est aujourd’hui coupée en deux. Aller au troisième référendum, c’est prendre le risque des affrontements entre Calédoniens et ce n’est pas ce que l’on souhaite. Nous pensons à l’intérêt général, d’abord. Il faut donc dialoguer et arriver à trouver une solution tous ensemble, mais pour dialoguer, il faut que tout le monde le veuille ». Et de préciser qu’il va donc falloir que les indépendantistes le décident également, « et pas que sur la base de leur projet », poursuit Nicolas Metzdorf.

Dans ce contexte, le rôle de l’État sera déterminant. « C’est l’État qui peut débloquer la situation aujourd’hui. Il a abandonné la Nouvelle-Calédonie entre le premier et le deuxième référendum. Maintenant, il a la responsabilité d’éviter qu’elle ne retombe dans les tensions qu’elle a connues dans les années 80 », souligne Sonia Backes. Selon elle, l’État se doit de trouver une solution : « Il ne suffit pas de se mettre autour de la table ou de nous écouter nous parler, comme ça a été fait pendant le G10, pendant les précédentes discussions. L’État se doit de nous proposer des choses concrètes pour que les six mois que nous avons, avant la possibilité pour les indépendantistes de déposer une demande de troisième référendum, soient utilisés concrètement pour chercher une solution. »

Drapeau commun pour Générations NC

Selon Générations NC porté par Nicolas Metzdorf et Nina Julié, « face au drapeau Kanaky et à l’absence de symbole pour défendre la Nouvelle-Calédonie française, c’est logiquement le drapeau bleu, blanc, rouge qui a été utilisé par les Loyalistes tout au long de la campagne. Cet affrontement de drapeaux a creusé encore plus la division entre les deux camps ». Or, estime Générations NC, le drapeau commun serait un symbole de l’identité calédonienne et marqueur de la sortie de l’Accord de Nouméa. Le parti demande au président du Congrès, Roch Wamytan, d’inscrire à l’ordre du jour les textes relatifs à l’identité calédonienne qu’il avait déposés en 2019. Figureraient notamment la question du drapeau calédonien et la demande au gouvernement d’organiser un grand concours à l’échelle du pays pour que la société civile fasse des propositions et qu’un vote soit organisé afin de définir le nouveau drapeau. La revendication sera portée auprès de l’État.

Les indépendantistes dans la continuité

Avec les résultats du 4 octobre, les représentants du FLNKS sont de plus en plus convaincus de pouvoir atteindre leur objectif : l’indépendance de la Nouvelle- Calédonie. « Nous sommes pleinement satisfaits du oui, c’est l’un des scénarios qu’on avait prévus. Cette progression est le résultat de la mobilisation de l’électorat indépendantiste et celle, aussi, d’un électorat non indépendantiste traditionnel », explique Victor Tutugoro. Selon lui, c’est le « courant normal de l’histoire. »

C’est pourquoi le FLNKS veut aller au troisième référendum. « Nous nous battons pour l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, c’est un droit. L’exercice de ce droit va continuer et donc, nous irons au troisième référendum. C’est notre engagement politique, au sens de la résolution de l’ONU, comme de celle du gouvernement français », poursuit-il.

Même si sur le plateau de Nouvelle- Calédonie La Première, le soir du scrutin, le FLNKS a dit bien vouloir engager les discussions, il a aussitôt ajouté qu’elles ne porteraient que sur l’accession à la pleine souveraineté. Le bureau du Front se dit prêt à rencontrer le ministre des Outre-mer pour obtenir également plus de précisions sur l’organisation d’un Comité des signataires. Le FLNKS tiendra une convention, ce samedi, à Bourail, pour dresser avec ses partisans le bilan du référendum.

Wamytan évoque un statut d’État associé

Roch Wamytan a déclaré, dans les colonnes du quotidien catholique La Croix, que « l’indépendance est inéluctable dans la mesure où c’est un droit et parce que les indépendantistes progressent électoralement ». Cependant, il évoque la possibilité d’un État associé. « Nous comptons garder un lien privilégié avec la France et l’Europe », affirme-t-il. Il précise que « la France pourrait souhaiter conserver une base militaire en Nouvelle-Calédonie et nous la choisirions plutôt elle, si la Chine voulait s’implanter. Elle pourrait être aussi intéressée par notre zone économique exclusive et, dans ce cas, la contrepartie serait financière ». L’élu UC-FLNKS confirme que les indépendantistes vont discuter avec le ministre des Outre-mer, mais qu’il « n’y aura pas de solution consensuelle ». « En revanche, dit-il, si l’État français changeait de position et qu’il soit possible d’être un État associé, pourquoi pas. »

Calédonie ensemble : entre souveraineté et République

Le parti de Philippe Gomès a été le premier à s’exprimer devant la presse, dès le lendemain du deuxième scrutin. Pour ses représentants, il faut imaginer l’avenir en « sortant d’un choix binaire », sans « rapport de force majoritaire », et ce, là encore, par la voix du dialogue.

Philippe Gomès et ses cadres n’ont pas attendu longtemps pour faire leurs déclarations. Le parti prône encore et toujours le dialogue, estimant que le résultat de ce deuxième référendum résonne « comme un coup de tonnerre dans le ciel politique calédonien » avec un nombre de bulletins du oui progressant de près de 20 % en deux ans. Autre constat, selon Philippe Dunoyer et Philippe Michel, « on note que, pour la première fois, les tenants du oui sont désormais plus nombreux en province Sud (29 200) qu’en province Nord (28 500) ». Le parti pointe du doigt le groupe des Loyalistes qui, selon lui « a mené une campagne sur un non radical, anti-océanien et anti-kanak, qui a été un formidable moteur pour mobiliser l’électorat du oui ».

Philippe Gomès juge qu’un autre chemin doit être exploré. Pour le fondateur du parti, il faut « construire un oui collectif sur un projet d’avenir partagé pour notre pays, en étant capables de conjuguer souveraineté et République au lieu de les opposer ». Une volonté que la formation a toujours affirmée en des termes différents, comme celui de l’indépendance association. Philippe Gomès espère ainsi inviter tous les acteurs du dossier à trouver un équilibre entre souveraineté et République, entre « la reconnaissance de la légitimité d’une lutte et la continuité de la protection d’une nation ».

Dialogue et accord pour Philippe Germain

Dans une tribune, l’ancien président du gouvernement, Philippe Germain, a tenu à plaider pour le dialogue, mais aussi en faveur d’un nouvel accord politique. Pour lui, la consultation référendaire « n’a jamais été et ne sera jamais une solution politique pour notre territoire ». Partant de ce constat, il pense « qu’il y a lieu de changer l’approche de la problématique calédonienne en n’envisageant plus l’avenir qu’à travers le seul prisme institutionnel, mais en recherchant, au contraire, ce qui est susceptible de rassembler les Calédoniens pour continuer à écrire dans la paix, la concorde et la solidarité les prochaines pages de l’histoire calédonienne, si atypique ». Pour cela, il faut donc en passer inévitablement par le dialogue pour « définir les contours et le contenu d’un nouveau ‘‘pays’’ qui nous rassemble et qui nous ressemble ». Allant jusqu’à citer les propos de Jean-Marie Tjibaou, du 5 janvier 1979 : « Le choix commun d’un projet de société calédonienne est peut-être le plus passionnant de la revendication d’indépendance ».

Philippe Germain préconise de discuter « d’un modèle de société plus en adéquation avec les aspirations culturelles de toutes lescommunautés qui vivent sur le territoire », de travailler « sur un système économique, social, culturel et environnemental plus respectueux, plus juste, plus solidaire et plus durable » et « de fixer pour objectif de recréer l’unité des Calédoniens à travers la reconnaissance d’une identité calédonienne, fondée sur la diversité culturelle de la Nouvelle-Calédonie ». Il conclut que « le meilleur moyen de faire changer les choses, c’est de le faire à travers un accord politique, comme nous l’avons fait avec Matignon et Nouméa (…) C’est une chance historique qui s’offre à nous ».

L’Éveil océanien tacle les Loyalistes

Au terme du deuxième référendum, l’Éveil océanien, qui n’avait pas donné de consigne de vote à ses militants, a fait porter la responsabilité de la progression des indépendantistes aux Loyalistes. Appelant ses militants et sympathisants à faire leur propre choix, l’Éveil océanien a tenu une conférence de presse pour dénoncer la campagne référendaire menée par les Loyalistes. Certes, cette dernière a été décriée par beaucoup de Calédoniens, mais l’Éveil océanien va bien plus loin. Le parti conforte sa position d’opposant en taclant les Loyalistes, estimant que leur campagne était « trop d’extrême droite ». La forte progression du oui serait liée à « un discours radicalisé ».

Dans son compte rendu, l’Éveil océanien n’a fait aucun reproche à ses alliés indépendantistes du Congrès. Milakulo Tukumuli, le leader du parti, a déclaré qu’aujourd’hui « une petite majorité veut rester dans la République tandis qu’une grande minorité veut accéder à la pleine souveraineté (…) C’est donc une victoire supplémentaire pour le FLNKS qui se rapproche inexorablement de son objectif ». Resté silencieux pendant la campagne, histoire de ne pas faire de vague, que propose aujourd’hui l’Éveil océanien ? Ses responsables préconisent la recherche d’une troisième voie susceptible de contenter tout le monde.

Milakulo Tukumuli donne en exemple l’action politique de son parti. « Nous avons fait élire un président indépendantiste au Congrès et un président loyaliste au gouvernement (…) C’est la voie la plus périlleuse, mais nous avons constaté qu’au soir du deuxième référendum, cette voie a enfin trouvé un écho. Tous les partis politiques appellent désormais au dialogue. » Trouver une entente par le dialogue, n’est-ce pas l’objectif principal des signataires des accords et de leurs représentants depuis 30 ans ? L’Éveil océanien espère en tout cas, comme tous les autres, que le début d’une solution passera par le séjour de Sébastien Lecornu.

D.P.

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