Déconfinement : Quelle mobilisation pour l’outre-mer ?

Visite à Mayotte, précisions sur les modalités de quarantaine, aides aux étudiants bloqués, envoi de masques, tourisme estival… Les dossiers ultramarins n’ont pas manqué cette semaine. On fait le point.

Déplacement inopiné pour la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, à Mayotte, mardi, territoire ultramarin le plus lourdement touché par la crise du coronavirus avec près de 1 500 cas et 19 décès. Le département est en zone rouge et c’est le seul, au niveau national, qui n’a pas encore atteint son plateau épidémique. Le pic est attendu à la fin du mois. Compte tenu des faibles capacités hospitalières et des évacuations sanitaires qui se multiplient vers La Réunion, le 15 mai, le gouvernement, suivant le dernier avis du Conseil scientifique, a décidé de maintenir le confinement sauf pour certains petits commerces. Mais le respect des consignes sanitaires est on ne peut plus compliqué dans les quartiers les plus démunis (82 % de la population vit sous le seuil de pauvreté).

La ministre s’est donc rendue sur l’archipel qui symbolise quelque part un échec en outre-mer. Il le fallait. Elle est arrivée accompagnée de renforts humains, de 850 000 masques commandés par le département, 6,5 tonnes de fret sanitaire, un automate de tests et neuf respirateurs. Annick Girardin a annoncé l’arrivée, dès mercredi, d’un million de masques supplémentaires. « Je suis venue pour être aux côtés de ceux qui se battent en première ligne depuis le premier jour, puisque la moitié des cas des territoires ultramarins sont, ici, à Mayotte », a-t-elle déclaré.

©Prefet de Mayotte

Masques et fret

La situation est beaucoup moins inquiétante ailleurs. Il a cependant été recommandé par le Conseil scientifique pour la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Martin, La Réunion et la Polynésie française de ne pas lâcher voire de renforcer les dispositifs en place (dépistage, isolement, suivi des personnes contacts) durant le déconfinement progressif.

Lundi, Annick Girardin a assisté au conditionnement et à l’embarquement de plus de 5,8 millions de masques et d’appareils médicaux (dont 59 respirateurs) à bord de vols affrétés par l’État à destination de la Guyane, des Antilles et des îles de l’océan Indien. Les masques grand public doivent être distribués aux enseignants, élèves, personnes vulnérables, agents de l’État, opérateurs de l’eau, des déchets, de l’énergie et des transports pour accompagner le déconfinement dans de meilleures conditions sanitaires. Cette opération faisait suite à une première expédition de deux millions de masques grand public jetables et de 700 000 masques lavables, entre le 6 et le 11 mai, sur l’ensemble des départements et collectivités d’outre-mer.

En Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, mais aussi Saint-Pierre-et-Miquelon et Saint- Barthélemy, les territoires les moins touchés ou indemnes de Covid-19, l’attention se porte principalement aux frontières.

©Annick Girardin Twitter 

Protection aux frontières

La loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire a causé pas mal de remous, notamment en Nouvelle-Calédonie (lire p. 4), car ses dispositions sont moins protectrices. S’il a été confirmé que le principe des quatorzaines était justifié pour protéger nos territoires, il a aussi été considéré que des garanties devaient être apportées en matière de libertés. La loi permet donc aux personnes d’avoir le choix du lieu où ils effectuent leur quatorzaine et de faire des recours auprès du juge des libertés. De tels recours ont déjà été déposés en Polynésie française (où les conditions ont finalement été changées) et à La Réunion par des arrivants qui ont refusé de rester dans les centres prévus à cet effet.

Localement, l’État et le gouvernement ont assuré, dans un communiqué commun, que ces décisions ne remettent pas en cause les dispositions relatives au contrôle sanitaire aux frontières qui relèvent des compétences de la Nouvelle-Calédonie. « Dans ce cadre, le dispositif arrêté conjointement va continuer d’être mis en œuvre sous le contrôle du juge des libertés et de la détention ».

À noter que dans son deuxième avis, le Conseil scientifique expliquait que la quatorzaine en structure dédiée, assortie d’un test systématique en fin de séjour, est « la stratégie qui assure la meilleure prévention de l’introduction de nouveaux cas de Covid-19 dans les territoires » et qu’« elle est à privilégier, autant que possible ». La Nouvelle-Calédonie semble penser qu’elle en a, pour l’instant, les moyens.

Mais de tels dispositifs ne pourront perdurer éternellement. Pour l’été métropolitain, la piste de « corridors sanitaires » entre l’Hexagone et l’outre-mer a été évoquée par le secrétaire d’État chargé des transports, Jean-Baptiste Djebbari. L’idée serait de partager une quatorzaine en deux périodes de confinement, au départ et à l’arrivée, combinée de tests.

Rapatriements

Pour l’instant, la priorité est donnée aux rapatriements et aux rapprochements familiaux. La Nouvelle-Calédonie a actuellement 539 personnes en quatorzaine dans les hôtels. Les vols se poursuivent en provenance de Paris via Tokyo. Les prochains sont vendredi 22 et mardi 26 mai. Un avion en provenance de Papeete est prévu jeudi, 28 mai. En Polynésie française, 29 résidents bloqués en Australie ont été rapatriés à bord de l’avion militaire A400M, qui avait déjà effectué une rotation depuis la Nouvelle- Zélande. À Wallis-et-Futuna, une centaine de résidents effectuent leur quatorzaine à bord du navire de croisière de la compagnie Le Ponant.

11 300 étudiants ultramarins se sont recensés depuis mi-avril sur le portail du gouvernement pour pouvoir rapidement rentrer dans leur territoire. On sait que 220 étudiants calédoniens répondant aux critères de rapatriement ont commencé à être pris en charge et à rentrer selon les dispositions sanitaires en place sur le Caillou.

Pour les jeunes repartant en Guyane, Martinique, à La Réunion et Saint-Pierre-et- Miquelon, deux hôtels proches de l’aéroport de Roissy ont été réquisitionnés pour assurer leur quatorzaine préventive. Les jeunes seront testés avant leur départ à bord de deux vols affrétés fin mai/début juin, un dispositif qui doit les dispenser de mesures sanitaires particulières à l’arrivée. Samedi, Annick Girardin est allée à la rencontre de ces étudiants encadrés par la Croix-Rouge.
Dimanche, elle a annoncé l’instauration d’un billet spécial à moins de 500 euros l’aller simple, pour les jeunes des Antilles, de Guyane et de La Réunion, un tarif négocié avec Air France et Air Austral. Le même projet sera étudié pour Mayotte quand la situation sanitaire le permettra.

Il a, par ailleurs, été promis aux jeunes ayant un billet retour vers les îles, mais ne pouvant l’utiliser avant la fin de l’année universitaire, « qu’ils pourront obtenir un avoir ou une prolongation de leur billet jusqu’à fin 2020 ». Rappelons que le gouvernement a promis une aide exceptionnelle de 200 euros pour les étudiants, âgés de 18 à 25 ans, les plus isolés et précaires, notamment les ultramarins répartis dans le monde et qui n’ont pas pu rentrer chez eux. Les demandes sont ouvertes depuis le 12 mai.


Lettre ouverte à Emmanuel Macron

À l’initiative de Patrick Karam, l’ancien délégué interministériel à l’égalité des chances des Français d’outre-mer (LR), 53 personnalités et 133 présidents d’association ont cosigné une lettre ouverte au président de la République, publiée dans le Journal du dimanche. Ces personnalités estiment que la crise « a joué le rôle d’un révélateur des carences structurelles et de la paupérisation dramatique de nos territoires d’outre- mer. (…) Déjà largement touchés par la pauvreté, le chômage, les retards économiques et des carences criantes des systèmes de santé et d’éducation, les territoires d’outre-mer seront, à quelques exceptions près, très durement frappés par les répercussions de cette crise sanitaire » et pourraient « se transformer en une véritable poudrière », insistent les signataires. Et ils s’inquiètent de voir que « sur ce malaise, surfent des groupuscules qui s’interrogent sur l’appartenance à l’ensemble français ».

Parmi leurs propositions pour rétablir la situation, un plan d’investissements massifs pour les hôpitaux, l’accès à l’eau, le traitement des déchets, l’électricité, l’économie numérique, verte et bleue, mais aussi des moyens pour la santé, la lutte contre la pauvreté et l’illettrisme, la mise en œuvre de zones franches globales avec l’exonération totale des cotisations sociales et fiscales des activités (hors grande distribution, assurances, poste et banques), y compris sur les revenus de cadres spécialisés, l’abandon des créances de l’Urssaf pour l’agriculture, la pêche, l’industrie, le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, les petits commerces, l’économie sociale et solidaire, mais aussi les associations culturelles et sportives.

C.M.

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