Quel système de santé pour demain ?

Le gouvernement et les professionnels ont engagé une large réflexion pour réformer notre système de santé, jugé coûteux et trop souvent incohérent. Ils ont dégagé un certain nombre de pistes d’amélioration déjà discutées avec les populations de Lifou et de Nouméa. 

Trop coûteux, difficilement soutenable, éparpillé, ralenti par la machine administrative, inégalitaire… Les premières Assises de la santé avaient permis en 2012 d’établir un diagnostic réaliste sur notre système et ses failles.

Même si, dans son application, notre système est relativement moderne pour un si petit territoire avec une couverture pour tous, il est effectivement largement perfectible. à écouter Valentine Eurisouké, on comprend l’importance du chantier que s’est fixé l’exécutif : « Il faut mettre en place une gouvernance plus cohérente, repenser le financement du système, impulser une nouvelle politique d’éducation et de la promotion de la santé qui soit plus efficace et plus pertinente. » En clair, il faut repenser le service public, son administration, sa gouvernance… Un travail colossal.

Pour ces Assises 2015, les acteurs de la santé devaient donc imaginer des pistes pour « dégraisser la machine » et parvenir – à un avenir plus lointain – à réformer complètement le système.

Et leurs idées sont intéressantes.

 

Maîtrise des dépenses  

Les professionnels se sont attelés à étudier les mesures ou réformes nécessaires à l’équilibre financier et budgétaire de notre système.

Concrètement, il s’agit de voir comment trouver des ressources supplémentaires et de définir un modèle soutenable, durable, équitable.

à ce sujet, Nathalie Doussy, directrice de la branche santé de la Cafat, a évoqué la nécessité de viser une couverture unique pour tous les Calédoniens afin de rationaliser les moyens et limiter les pertes.

Elle rappelle par ailleurs une évidence : travailler efficacement sur le long terme avec les populations – en commençant dès l’enfance – permettrait d’alléger la dépense santé (on pense à la nutrition, aux boissons sucrées, etc.)

Pour parvenir à l’équilibre, il a été proposé de créer un office indépendant avec une petite équipe chargée de chiffrer les dépenses, les besoins à court, moyen et long terme.

Couverture unique, guichet unique

 

Son adjoint, Bertrand Cuenca, a été plus loin en ce qui concerne la mutualisation des moyens. « Il y a une grande perte d’efficacité et d’accès aux soins localement à cause de la multiplicité des acteurs. Il y a quatre systèmes de santé ! Les gens se perdent dans un parcours du combattant administratif et ils ne sont même pas bien connus  ! ».

Ici, l’on propose de créer un guichet unique, une seule plateforme d’observation pour mutualiser toutes les données des patients (via des « dossiers partagés ») auxquelles auraient accès tous les professionnels de santé concernés. On propose par ailleurs de créer une plateforme de pilotage qui, sur la base de toutes ces données, serait à même d’accompagner les élus vers une offre en adéquation avec les réels besoins de la population.

Une politique de prévention calédonienne 

Un autre groupe s’est penché sur la promotion et l’éducation à la santé (sur les comportements à risques et pathologies non transmissibles). Les professionnels se sont attelés dans cette partie à réfléchir de manière plus océanienne et à établir une politique de prévention adaptée, avec les populations, les familles, les écoles, les coutumiers, etc. « Aujourd’hui les campagnes de santé ne parlent plus aux gens », résume Bernard Rouchon, directeur de l’Agence sanitaire et sociale.

Par ailleurs, s’il s’agit de mettre le Calédonien au centre de l’action publique, on vise à l’accompagner vers un bien-être physique, mais aussi mental, social, et spirituel.

C’est ainsi que le sens du mot « Do Kamo », nom de ses assises, prend tout son sens : celui de l’épanouissement des personnes au sens large.

Reconnaissance de la médecine traditionnelle 

Ce dernier volet est le plus innovant. On propose d’enrichir le système de santé local par l’intégration de la médecine traditionnelle. L’objectif serait de se référer aux anciens, de continuer le travail sur la pharmacopée et les pratiques, voir ce qui peut être transmis ou non.

Parmi les idées avancées : faire se côtoyer les deux médecines sur des dossiers particuliers au sein de sites pilotes et voir comment cela fonctionne. « Il peut y avoir un vrai partage, précise André Bardot, gestionnaire d’établissement sanitaire, médico-social. La médecine traditionnelle peut être utile et plus adaptée dans certains cas. Et cela peut représenter une source d’économie à l’heure où l’on se rue sur les médicaments. On pourrait avoir un comportement plus durable. »

Envisagée également, une formation à la connaissance de cette médecine pour ceux qui viennent travailler sur le territoire.

Avec l’intégration de la médecine traditionnelle, on s’impliquerait philosophiquement sur cette notion kanak de « parcours de vie et de santé », notion qui impliquerait des soins adaptés aux individus à l’opposé des soins ponctuels parfois impersonnels, au coup par coup.

Et d’où l’utilité des « dossiers partagés » des patients évoqués plus tôt où les professionnels auraient accès à toutes sortes d’informations.  

C.M 

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