Les syndicats des retraités attendent l’aide de l’État pour les pensions et alertent sur l’urgence de réformer le régime Cafat, toujours en très grande difficulté, malgré les mesures prises ces dernières années. Le secteur public est aussi dans une situation critique.
« Si rien n’est fait, le régime retraite Cafat n’aura plus de trésorerie au mois de juin », alertait Alain Monnier, secrétaire général adjoint du Soenc retraités la semaine dernière.
Selon la caisse, le besoin de financement en 2026 se situe « entre sept et huit milliards, minimum ». Cinq milliards de cotisations et de dettes n’ont pas été honorées au régime, notamment par les structures hospitalières. « Il faut absolument que ces cinq milliards rentrent dans les caisses ».
Le syndicat est présent à la commission paritaire retraite Cafat (CPRC) ainsi qu’aux réunions de la mission interministérielle pour la reconstruction de la Nouvelle-Calédonie (Minc), qui a fait des comptes sociaux une priorité. Selon lui, le gouvernement local prévoyait d’allouer « six milliards au Ruamm, deux milliards aux retraites », un montant jugé insuffisant.
Depuis, une aide conséquente de l’État pour les comptes sociaux a été garantie après le vote du budget 2026 à Paris. Elle devrait permettre une sécurisation du Ruamm et de la retraite du privé pour 2026 et 2027. « Nous attendons maintenant sa concrétisation par le versement des fonds », indique Alain Monnier.
EFFORTS
Cette aide doit aussi permettre de mettre en place des réformes structurelles et applicables dès 2027. Les résultats d’une étude actuarielle sont attendus fin février. Déjà, certaines mesures ont été actées comme le maintien du gel des pensions en 2026, le transfert partiel des points de cotisations des prestations familiales vers le régime retraite. Le syndicat souhaite des concertations sociales avec des « rencontres régulières ». Mais la pérennité du système dépend surtout de la relance économique et de la démographie, les actifs payant les retraites. « On est 50 000 retraités au total et 260 000 habitants. Le ratio est de 1,54 pour un, ce qui n’est plus soutenable », expose Alain Monnier.
Le système de capitalisation, avec des salariés cotisant pour leur future retraite, n’est plus tabou, tout comme l’assise du système social sur la fiscalité. Une certitude : « Le temps est à l’action. On a trop laissé la situation s’aggraver. »
CRITIQUE AUSSI DANS LA FONCTION PUBLIQUE TERRITORIALE
La situation est aussi alarmante dans le public. Les cotisations ne couvrent plus les pensions de la CLR, Caisse locale de retraites, depuis 1993. « Dans le privé, il faut un salarié et demi pour un retraité. Dans le public, le ratio est de 1,71 pour un », expose Dominique Frontier, secrétaire général du syndicat des retraités territoriaux, affilié à la Cogetra. Des choix délétères, comme « l’achat de 16 milliards d’actions revendues à perte » par un ancien président ou encore le refus de suivre les recommandations des études actuaires menées à partir de 2021 ou de la Chambre territoriale des comptes, ont abouti à un « massacre ».
Dès 2004, il était recommandé de faire passer l’âge de départ à la retraite de 60 à 65 ans et de mettre en place les abattements dégressifs (instaurés en 2025). En 2026, la minoration à 8 % est prolongée, pourtant « s’il y a eu des conneries, ce n’est pas la faute des retraités, mais des syndicats d’actifs et des élus ». Dominique Frontier regrette d’ailleurs que la minoration soit le « principal levier pour tenter de rééquilibrer le régime » et imagine d’autres hausses à « 10 ou 15 % ». Une action en justice est envisagée. Le représentant syndical est très inquiet pour l’avenir : « 1 149 fonctionnaires peuvent partir à la retraite et parmi eux, 762 ont moins de 60 ans. Or, quand on a 200 départs par an, la caisse est limite. Elle flanche à 230. Et si 400 partent, la CLR n’existe plus. »
Le nombre de retraités augmente chaque année et les Calédoniens vivent de plus en plus vieux, prévient-il. « L’espérance de vie est estimée à 77 ans. On a des retraités qui ont plus de 100 ans maintenant ! » Il comptabilise lui-même plus d’années de retraite que de cotisations. « Comment voulez-vous qu’une
caisse s’en sorte ? »
Chloé Maingourd
La Cafat compte beaucoup de petites retraites, avec une moyenne à 90 000 francs par mois.
souhaitée par le gouvernement. La société américaine n’aurait ici « aucun employé, ne payerait aucune redevance à la Nouvelle- Calédonie, appuie Dominique Frontier. C’est de la folie furieuse alors que l’on manque de recettes fiscales. » Il évoque le choix de Tahiti de se tourner vers le système européen OneWeb, intervenant uniquement dans les
zones blanches. « Pourquoi aller chercher Starlink ? Un fou comme Trump peut aussi nous couper le robinet quand il veut. C’est un scandale. »

