Le président de la République a exprimé son refus de faire entrer un investisseur chinois en Nouvelle-Calédonie. Le groupe SMSP, qui dispose d’une offre de reprise de 49 % de KNS formulée par la compagnie Lygend, de Pékin, poursuit néanmoins son processus d’examen. Cet épisode traduit la complexité du marché du nickel, mais aussi l’absence de stratégie commune sur le territoire.
Les projets de reprise des trois usines de nickel implantées sur le sol calédonien ont occupé une bonne partie de la discussion, à l’Élysée, vendredi 4 septembre, entre le président de la République, Emmanuel Macron, et les membres de la délégation transpartisane.
Le consortium New Battery Metals, un fonds d’investissement émirati, s’intéresse aux 74 % du capital de Prony Resources New Caledonia à céder, dans le Sud. Le groupe indien JSL, pour Jindal Stainless Limited, échange sur l’éventuel achat des 66 % d’Eramet dans l’actionnariat de la Société Le Nickel. Enfin, la compagnie Lygend Resources & Technology, communément appelée Lygend, a déposé une offre pour les 49 % de Koniambo Nickel (KNS) à Vavouto.
Mais, dans ce cas précis du Nord, grain de sable, « le président de la République (…) ne veut pas d’investisseur chinois en Nouvelle-Calédonie », d’après le député Nicolas Metzdorf, a rapporté le média Outremers 360° à l’issue de l’entretien élyséen. L’empire du Milieu, par ses investissements massifs à l’étranger, domine le marché du nickel. Selon nos informations, le chef de l’État a soutenu qu’il ne se faisait « pas d’illusion sur les objectifs poursuivis par les Chinois », alors qu’il a qualifié les Indiens, les Émiratis et les Indonésiens d’« alliés, avec qui on peut faire du business et du donnant-donnant ». Le ministère de l’Économie dispose d’un droit de veto, sous la réglementation française des investissements étrangers dans les minerais stratégiques tels que le nickel.
« QUATRE OFFRES ENGAGEANTES »
La société asiatique Lygend a pourtant formulé une proposition construite auprès du groupe calédonien SMSP, actionnaire de KNS à hauteur de 51 %. L’activité est arrêtée depuis fin août 2024. Le mineur et métallurgiste du Caillou n’avait pas reçu, en ce milieu de semaine, un courrier formel de l’État traduisant l’opinion du président de la République. Cet avis, « c’est la vérité du moment pendant sept mois », jusqu’au premier tour de l’élection présidentielle en avril 2027, a noté mardi 8 septembre Karl Therby, PDG de la SMSP, qui finalise actuellement la sortie du géant suisse Glencore du capital de KNS.
Le groupe calédonien détiendra donc provisoirement 100 % des parts, relancera la mine et choisira son nouveau partenaire actionnaire à 49 %. « Nous avons aujourd’hui quatre offres engageantes ». Et à ce stade, l’offre la mieux-disante dans l’intérêt de Koniambo Nickel et de la SMSP est celle de Lygend, d’après Karl Therby. Le PDG dit ne pas être « pro ou anti-chinois ou autres… Mon objectif, c’est l’emploi et la réussite industrielle de KNS ».
Au moment venu, quand les dossiers seront prêts, probablement avant la fin de l’année, le président présentera à son conseil d’administration un comparatif des offres, dont celle de Lygend, pour une analyse sur des critères techniques et financiers. « Le conseil d’administration de la SMSP décidera, a exposé le PDG. Ensuite, ce n’est plus de l’industrie, c’est de la géopolitique, ce sont des relations entre Paris et la Nouvelle-Calédonie, c’est hors de mon champ de compétence et d’action. » Autrement dit, le groupe à la flèche faîtière continue d’étudier toutes les offres. Les propos d’Emmanuel Macron n’ont pas chamboulé le processus.
PARADOXE
Que redoute l’État ? Une vampirisation des mines, des emplois, des contrats… Toutefois, « la stratégie SMSP met beaucoup de verrous pour protéger les intérêts de la société, de la Sofinor, de la province Nord et donc de la Nouvelle-Calédonie », répond Karl Therby, tels que la propriété de 51 % des parts au capital ou encore le refus d’apport d’actifs propres en garantie d’un financement.
Des observateurs pointent un paradoxe : le groupe pourtant français Eramet est associé au géant chinois Tsingshan à Weda Bay, en Indonésie, pour l’exploitation du nickel ; et, hors du partenariat offshore entre la SMSP et Posco en Corée du Sud, plus de 75 % des volumes de minerai calédonien exportés sont partis vers Pékin entre 2023 et 2025.
Pour le site de Prony, une expertise technique asiatique est en outre discutée aux côtés de New Battery Metals. Ce consortium doit remettre une nouvelle proposition dans la seconde quinzaine de septembre, pour une décision espérée avant la fin décembre selon l’Élysée. Idem pour le Nord. Très audacieux.
Lors de sa rencontre avec la délégation transpartisane, Emmanuel Macron a indiqué ne pas renoncer à l’idée d’une filière calédonienne du nickel avec l’Union européenne. Le vice-président exécutif de la Commission de l’UE chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, devrait d’ailleurs se rendre en octobre en Nouvelle-Calédonie. Et constater, qu’en fait, aucune compagnie française, ni d’un de ses proches alliés sous le drapeau bleu étoilé ne s’est engagée dans un processus de reprise d’une usine dans l’archipel.
Yann Mainguet avec Patrick Roger à Paris

