Si Les Loyalistes et le Rassemblement-LR ont dévoilé leur tête de liste dans le Sud et leurs grandes orientations, des discussions se poursuivent au centre et chez les indépendantistes. Les positions se clarifient peu à peu.
Les piques sont déjà de sortie. Pourtant, les discussions s’éternisent entre de potentiels candidats, des rapprochements ne sont pas encore arrêtés.
Une certitude, les urnes seront posées sur les tables pour les élections provinciales dimanche 28 juin, et dans cette perspective, le dépôt des listes doit intervenir entre le 1er et le 8 juin. Une confirmation, dévoilée mardi 26 mai à Dumbéa, Sonia Backès, présidente sortante de la province Sud, mènera l’équipe qui associe Les Loyalistes et le Rassemblement-LR. Après quelques péripéties et échanges rendus publics, la coalition politique et le parti historique ont fini par s’entendre et batailleront sous le slogan « Forts et unis ».
La désormais tête de liste l’a promis, « cette union va durer », parce que « le moment est important ». Cette unité est recherchée aussi dans le Nord et dans les Îles Loyauté, à entendre les cadres loyalistes, et si la mobilisation est au rendez-vous, « nous avons la possibilité de retrouver une majorité au Congrès et au gouvernement », a soutenu Sonia Backès, qui a listé ses credo : le mérite via le travail, l’ordre par l’autorité et le progrès par la confiance retrouvée.
CRITIQUES
Même si la liste n’entend pas mener la campagne « contre des personnes », mais « pour les Calédoniens », Nicolas Metzdorf, Gil Brial ou Caël Normandon ont tiré des flèches, à Dumbéa, sur les indépendantistes pour des raisons idéologiques, et sur le bloc central pour un motif stratégique. Car, outre l’abstention, la plus grande menace en termes de perte de voix pour Les Loyalistes, partisans de la fermeté, peut venir de cette troisième voie, sociale et modérée.
Ce centre est un ensemble pluriel composé de non-indépendantistes, de « ni oui ni non », de progressistes… Dans les faits, sont retrouvés le mouvement Nous ! initié par Philippe Dunoyer, Faire pays de Laurent Chatenay, Construire autrement de Joël Kasarhérou, Ladnc de Claude Siret, Calédonie ensemble qui se lie au sénateur Georges Naturel pour défendre la candidature de Wallès Kotra, mais aussi le parti l’Éveil océanien présidé par Milakulo Tukumuli.

Ces responsables discutent depuis plusieurs semaines, étudient les propositions des uns et des autres, mais, à ce stade, mercredi 27 mai au soir, nul regroupement de ces forces centristes est officialisé.
Pourtant, selon l’élu Milakulo Tukumuli, ce bloc du milieu dispose d’un potentiel de près de 33 000 voix, au regard des élections provinciales 2019, législatives 2022 et 2024, et municipales 2020 et 2026. « Nous avons vu où les deux blocs [indépendantiste et loyaliste] nous ont emmenés en termes de politique publique et surtout d’avenir institutionnel. Le 13 mai n’est ni plus ni moins que la résultante de cette folie de dichotomie dans notre pays entre le oui et le non », a insisté le pilote de l’Éveil océanien lors d’un meeting d’ouverture de campagne, samedi 23 mai, à Païta. « Pour nous, l’enjeu est d’asseoir et d’élargir la troisième voie. »

« PAUVRETÉ »
Mais construire une telle unité est « difficile », a reconnu l’élu du Congrès depuis 2019. Pour des raisons de différences de stratégie, d’ambitions personnelles… Faute d’accord sur une liste commune au centre, la candidature de l’Éveil océanien, avec Milakulo Tukumuli en tête, évoquée le week-end dernier durant la réunion publique, est très probable. Avec une ligne définie : sortir la Nouvelle-Calédonie de l’impasse politique, économique et sociale. Un des adversaires, « c’est la pauvreté ».
Les indépendantistes étaient, jusqu’en milieu de semaine, silencieux. Si Pascal Sawa, maire de Houaïlou, a fait part de ses intentions pour tirer la liste UC-FLNKS dans le Nord, des noms circulent pour les autres provinces : Johanito Wamytan dans le Sud et Mickaël Forrest dans les Îles. Ce qui témoignerait d’une volonté de renouvellement. Mais le périmètre de ce sigle UC-FLNKS au niveau des partis doit être précisé. Tout comme l’identité des candidats de l’UNI. Puisqu’après la sortie du Palika et de l’UPM du Front et le profond différend sur l’accord de Bougival, les voix des grandes formations pro-Kanaky seront divisées dans le Sud. Une première depuis 2009.
Yann Mainguet

