Provinciales 2026 : le cercle des insatisfaits et des mécontents s’élargit

Parmi les 192 537 électeurs calédoniens appelés aux urnes dimanche 28 juin pour l’unique tour des élections provinciales, 23 614 ont vu leurs listes de candidats éliminées et 69 872 ont boudé l’isoloir. Un record qui pose des questions.

Sous le terme de « voix perdues » employé par les analystes, il faut entendre les suffrages portés sur une liste, qui n’a pas franchi la barre légale des 5 % des électeurs inscrits dans la circonscription. Ces équipes engagées, mais non qualifiées, sont au nombre de huit sur onze dans le Sud, deux sur cinq dans le Nord et quatre sur sept aux îles Loyauté. Ce qui représente, sur le territoire, 23 614 électeurs insatisfaits, contre 17 346 en 2019, 7 332 en 2014, ou encore 11 641 en 1999. Un sommet a donc été atteint dimanche 28 juin.

Parmi ces supporters de listes éliminées, 12 869 sont des voix dites centristes, soit plus de la moitié. « L’essentiel des voix perdues se concentre dans le Grand Nouméa », souligne Pierre-Christophe Pantz, chercheur en géopolitique, qui s’est livré à un calcul : les promus dans le Sud, c’est-à-lire les listes Les Loyalistes-Rassemblement-LR de Sonia Backès, FLNKS de Johanito Wamytan et Éveil océanien de Milakulo Tukumuli, représentent 75 % des suffrages exprimés. Ce qui signifie que le reliquat de 25 % correspond aux bulletins perdus. Énorme. Encore une fois, ce chiffre démontre la soif réelle, et de plus en plus aigüe, des électeurs de se reconnaître dans un autre discours.

« Démocratie malade »

S’ajoute une donnée majeure : l’abstention, très forte dimanche 28 juin, puisque chiffrée à 36,29 %. Un record durant les mandatures de l’accord de Nouméa signé en 1998. La tendance se durcit depuis les élections provinciales de 2004. Les îles Loyauté ont été ce week-end les plus touchées, avec une participation établie à 54,92 % seulement. À l’échelle territoriale, 69 872 Calédoniens ne se sont pas déplacés vers les urnes, en raison d’un ras-le-bol, selon les uns, ou d’une colère, d’après les autres. « Se pose ici une vraie question, ajoute Pierre-Christophe Pantz. D’un point de vue politique, notre démocratie représentative en Nouvelle-Calédonie est peut-être malade. Il faut s’interroger. »

Le fait de retrouver le même équilibre au Congrès que lors du précédent mandat, n’aide pas l’abstentionniste à retrouver de l’appétit pour la matière politique. Au terme d’un mandat exceptionnellement long, « ces élections provinciales étaient présentées comme une respiration démocratique pour redonner de la légitimité aux élus. Or, les candidats sont élus avec une abstention record. Quelle légitimité peuvent-ils se faire alors prévaloir avec un taux de participation aussi faible ? » En clair, l’objectif n’est pas atteint à un moment pourtant charnière de l’histoire politique calédonienne.