Provinciales 2026 : la ligne et les calculs

L’élection des présidents de province, vendredi 3 juillet, a suivi des raisonnements bien variables selon les hémicycles de Nouméa, de Wé ou, ici, de Koné. © Yann Mainguet

Les trois hémicycles provinciaux sont en place pour cinq ans, à la suite des élections de dimanche 28 juin. Les effectifs ont été renouvelés et les présidents, élus vendredi 3 juillet. Sonia Backès des Loyalistes-Rassemblement-LR officiera à la tribune dans le Sud, Paul Néaoutyine de l’UNI dans le Nord, et Mickaël Forrest de l’UC-FLNKS dans les îles Loyauté. Premier simple constat, ces personnalités ne sont pas liées par une franche camaraderie. La patronne de la Maison bleue et le leader de l’Union nationale pour l’indépendance ne sont pas vraiment sur la même ligne politique, ni industrielle pour l’exploitation du nickel. Les mots ont souvent été durs entre eux.

Tout comme entre les Loyalistes et l’Union calédonienne, après les émeutes de mai 2024. En outre, l’UC et l’UNI, qui a connu elle-même une opposition interne, naviguent désormais chacune de son côté, à la suite du remaniement du FLNKS. En clair, malgré les fâcheries passées et autres contentieux, une relative harmonie devra se construire tant bien que mal entre Sonia Backès, Paul Néaoutyine et Mickaël Forrest, notamment sur le plan institutionnel. L’exécutif du Sud entend peut-être construire ainsi sa propre hyperprovincialisation, un concept pourtant mis en sourdine pendant la campagne électorale.

L’élection de la présidence du Congrès et de sa commission permanente apportera déjà, ce vendredi 10 juillet, une clarification des équilibres politiques. Un moment attendu, puisque, comme en 2019, le scrutin provincial n’a débouché sur aucune majorité ferme, boulevard Vauban. Les élus se sont donc livrés à nouveau à des calculs de tous ordres. Indication forte précisée à l’heure du bouclage de ce numéro mercredi soir : les Loyalistes-Rassemblement-LR, crédités de 24 sièges au Congrès sur 54, et l’Éveil océanien, représenté par quatre élus, ont annoncé convier les médias le lendemain, soit la veille du jour J. Exit donc la perspective d’une « majorité océanienne » avec les indépendantistes.

L’OPTION TUKUMULI PRÉSIDENT

Sans être grand devin, une entente s’est bâtie pour assurer un vote majoritaire à 28 voix. La configuration était quasi similaire il y a sept ans. Sous la pression du parti « charnière », l’Éveil océanien, un équilibre – en fait, fragile – avait été posé entre indépendantistes et non-indépendantistes à la tête des institutions du Congrès et du gouvernement. Cette fois, selon nos informations, les élus des deux formations auraient rédigé « un pacte de stabilité » sur cinq ans, avec une répartition des forces. Virginie Ruffenach du Rassemblement-LR pourrait accéder à la présidence du Congrès, Veylma Falaeo de l’EO, à celle de la commission permanente, et son collègue de parti, Milakulo Tukumuli, à la tête du gouvernement. Une nouvelle ascension pour une structure lancée début 2019.

L’élection des membres de cet exécutif calédonien doit intervenir, à la lecture de la loi organique, au plus tard vendredi 31 juillet. D’après un calcul établi en fonction du rapport de sièges, trois Loyalistes, un Éveil océanien, deux Rassemblement-LR, quatre UC-FLNKS et un UNI, participeraient à ce 19e gouvernement. Des noms circulent déjà en coulisses : Alcide Ponga, Christopher Gygès, les Générations NC Nina Julié et Emmanuel Bérart, ou encore Naïa Wateou, ainsi que, du côté indépendantiste, Louis Mapou, Gilbert Tyuienon, Laurie Humuni et Roch Wamytan…

Toutefois, ce possible « pacte de stabilité » ne doit pas reposer sur du sable. Or, les attaques verbales ont été violentes entre l’Éveil océanien et les Loyalistes durant la campagne électorale. L’un, du moins son président, se revendiquant de gauche sur une voie alternative, et l’autre, affichant sa sensibilité de droite farouchement non-indépendantiste. L’alliance avancerait sur deux jambes, sources d’un compromis : le social, le rééquilibrage, la lutte contre les inégalités et puis, la relance économique, le retour de la confiance, la sécurité. Pour l’instant, cette majorité est posée sur le papier.

Yann Mainguet