Provinciales 2026 : comme un bis repetita

La campagne des élections provinciales relativement inerte a débouché sur un résultat quasi similaire à la configuration de 2019. ©C.M.

Au terme d’élections provinciales très attendues dimanche 28 juin, les équilibres politiques, connus lors du précédent mandat, ne changent quasiment pas. Les mêmes rapports de force avec L’Éveil océanien en parti « charnière ».

  • UNE VICTOIRE, PAS UN TRIOMPHE

Dans le Sud, région la plus riche et la plus touchée par les émeutes de mai 2024, la liste Les Loyalistes – Le Rassemblement-LR a remporté une nette victoire, avec 28 sièges sur 40. Son score a progressé, dimanche 28 juin, de près de 12 500 voix par rapport au précédent scrutin provincial, en 2019, tandis que les registres comptent environ 19 000 électeurs inscrits supplémentaires. Mais « le plébiscite », comme le soulignent des cadres de la formation, s’arrête là. Dans le Nord, son nombre d’élus – trois – n’évolue pas, alors que les ambitions étaient plus hautes. Dans les Loyauté, le compteur n’est pas débloqué une nouvelle fois.

Au Congrès, le groupe Les Loyalistes – Le Rassemblement-LR comprendra 24 conseillers, soit cinq de plus qu’à la fin de la mandature. Mais le rang des non-indépendantistes perd un représentant, après la disparition de Calédonie ensemble. En clair, ces éléments démontrent l’hyper-concentration géogra- phique du vote en faveur de l’union Les Loyalistes – Le Rassemblement-LR.

 

Sonia Backès et sa liste loyaliste ont largement dominé les débats en province Sud, avec un total de 41 294 voix récoltées. « Les Loyalistes et Le Rassemblement deviennent la première force politique de la Nouvelle-Calédonie » écrivent les membres.
© Yann Mainguet
  • LE CENTRE DÉCOMPOSÉ

Grande originalité de ces élections provinciales 2026, quatre listes étaient, selon la classification de l’État, inscrites au centre de l’échiquier politique, dans le Sud. La démonstration d’une réelle aspiration à sortir de la logique des blocs traditionnels. Au terme de la bataille, seul l’Éveil océanien a passé la barre fatidique des 5 % des inscrits dans la circonscription, avec 8 399 voix, contre 6 077 en 2019.

Ce centre, dont le périmètre suscite toujours un débat, a totalisé 20 415 suffrages sur les 82 360 exprimés dans ce Sud. Soit un quart. Philippe Dunoyer, à la tête de la liste « Nous, réunis ! », préfère les termes de « voie alternative à la politique binaire des deux blocs. Une voie qui existe », mais qui, aujourd’hui, « est concassée par une crise historique, par des arguments de peur… » Première liste sous le seuil couperet, avec 4 554 bulletins, « Nous, réunis ! » devance « Une province pour tous » de Walles Kotra, créditée de 3 887 voix, une équipe soutenue par le parti Calédonie ensemble que Philippe Dunoyer a quitté fin avril.

  • ÂPRES POURPARLERS DANS LE NORD ET LES ÎLES

Si l’affaire est classée dans le Sud après la vague Loyalistes-Rassemblement – Sonia Backès va retrouver son fauteuil de présidente de l’institution –, la conclusion est moins évidente dans les deux autres provinces. Dans le Nord, Pascal Sawa de l’UC-FLNKS est sorti en tête des élections avec dix sièges. Toutefois, une hypothèse, Paul Néaoutyine et ses huit camarades de l’UNI, en s’associant avec les trois élus loyalistes, installeraient une majorité. Qui pourrait être dupliquée, en retour d’ascenseur, au Congrès.

Dans les îles, Mickaël Forrest de l’UC-FLNKS et sa sœur, Omayra Naisseline, de Nation autochtone n’ont pu se départager : six sièges chacun. Wali Wahetra et Émile Lakoredine, du Palika, pourraient jouer le rôle d’arbitre. Réponse ce vendredi, 3 juillet. Au passage, l’Union calédonienne peut en vouloir à l’ex-président de l’institution, Jacques Lalié, qui, dans une démarche individuelle de création de la liste « Union pour construire dans le consensus », a récolté tout de même 1 165 voix.

  • BEAUCOUP MOINS DE SIGNATAIRES DE BOUGIVAL 

Parmi les 18 signataires du feu accord de Bougival sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie signé le 12 juillet 2025, huit ont désormais disparu de la scène politique. Par choix ou par obligation. Tels que Roch Wamytan, Philippe Gomès, Adolphe Digoué… Dans le lot, sont retrouvées des figures de l’UNI et de Calédonie ensemble, des formations qui n’ont pas réussi à passer la barre de l’élection dans le Sud. La première a payé la division du camp indépendantiste, à la suite du différend sur l’accord de Bougival avec l’UC-FLNKS. D’ailleurs, les seules personnalités de l’Union nationale pour l’indépendance élues au soir du dimanche 28 juin sont, autour de Paul Néaoutyine, opposées au protocole signé l’an dernier dans les Yvelines, en Métropole.

La seconde organisation politique, CE, qui a connu son apogée dans les années 2010, estaffaiblie « par les départs de Nicolas Metzdorf et de Nina Julié, puis de Philippe Dunoyer, ainsi que par les condamnations de Philippe Gomès et de Philippe Michel », énumère Pierre-Christophe Pantz, chercheur en géopolitique. « Dans des fiefs du parti, comme La Foa ou Moindou, l’union des Loyalistes a fait le plein dimanche, un vote refuge ou une réponse à la demande du vote utile. » L’absence de Calédonie ensemble, un poids lourd par le passé, amène à une extrême simplification de la représentation non-indépendantiste au Congrès.

  • L’ASPIRATION DES MUNICIPALES

Les débats programmés lors de la campagne des élections provinciales ont très peu porté sur le projet de société ou l’avenir institutionnel. Un paradoxe, en toute fin d’accord de Nouméa. La raison est simple : les scrutins municipaux de mars, intervenus après la signature de l’accord complémentaire Élysée-Oudinot de janvier et avant l’examen du projet de loi constitutionnelle de l’Assemblée nationale en avril, ont aspiré tous les échanges entre candidats sur cette matière sensible. L’accord de Bougival étant mort désormais, les préten- dants aux élections provinciales n’ont pas osé avancer de propositions sur le sujet, de peur de froisser leur électorat. Les futures négociations sur l’avenir institutionnel partiront, en effet, d’une page blanche ou presque.

La teneur des discours et le contenu des méthodes, mis en avant par Les Loyalistes, amènent par ailleurs à penser à la construction d’une seule et même campagne articulée en deux séquences électorales, municipales d’abord et provinciales ensuite. Une stratégie. « Les états-majors des partis politiques locaux se sont servis des municipales comme un point d’appui pour la campagne des provinciales à suivre » confirme Pierre-Christophe Pantz.

  • LE RN SOMBRE

Marine Le Pen et Jordan Bardella se sont personnellement engagés dans la campagne à travers une vidéo de soutien. Le député européen, André Rougé a fait le déplacement jusqu’en Nouvelle-Calédonie pour aider la liste menée par Alain Descombels dans la dernière ligne droite. Mais le Rassemblement national n’a pas convaincu : 727 voix dans le Sud, soit 0,88 % des suffrages. Ce score ne va pas faciliter la tâche de la fille du fondateur du parti à la flamme lors de ses interventions sur le dossier calédonien à l’Assemblée nationale. Le sujet de l’avenir de l’archipel constitue pourtant une pièce du puzzle RN en vue de l’élection présidentielle de 2027.

Yann Mainguet

L’Éveil océanien à nouveau courtisé

Une nouvelle fois, Milakulo Tukumuli, de L’Éveil océanien, se retrouve dans la position très complexe d’arbitre. « Le poteau central de cette voie médiane, c’est nous » a déclaré Veylma Falaeo. © Fabien Dubedout

Voici l’enseignement majeur de ces élections provinciales 2026 : à un élu près, la configuration du Congrès est la même qu’au terme du précédent scrutin, en 2019. Le parti dit centriste, l’Éveil océanien, qui est passé de trois à quatre élus dans ses rangs boulevard Vauban, se trouve à nouveau dans la position du faiseur de majorité, entre les 26 indépendantistes, toutes enseignes confondues, et les 24 membres Les Loyalistes – Le Rassemblement-LR. Comme il y a sept ans. Sauf que la responsabilité dans le choix du partenaire est encore plus lourde.

Le rôle est déterminant pour la présidence du Congrès et la composition du gouvernement et, en effet, de fait, pour la future conduite des discussions sur l’avenir institutionnel. « Nous sommes confiants dans notre capacité à bâtir, dans les prochaines semaines, une majorité de travail solide et responsable autour d’un objectif commun : redresser la Nouvelle-Calédonie, relancer son économie, restaurer la sécurité et offrir de nouvelles perspectives à tous les Calédoniens », ont écrit, lundi 29 juin, Les Loyalistes et le Rassemblement-LR. Tandis que les indépendantistes, qui doivent d’abord s’accorder entre eux, envisagent de reproduire « la majorité océanienne » installée avec l’Éveil océanien durant une partie du mandat précédent.

Mais les deux cas de figure n’offrent pas du tout la même orientation économique : plus libérale, basée sur le travail et le mérite, dans la première ; beaucoup plus sociale, dans la seconde. Les négociations doivent se poursuivre jusqu’à vendredi 10 juillet, jour de l’élection du bureau du Congrès.