Provinces : des politiques à deux vitesses

Alors que les provinces Sud et Nord tirent la sonnette d’alarme en matière d’orientations budgétaires, les îles s’offrent le luxe de penser au projet d’une compagnie aérienne régionale.

L’actualité institutionelle a été dominée ces derniers jours par les séances plénières des trois provinces avec à l’ordre du jour, notamment, les débats d’orientation budgétaire. En province Sud tout d’abord, les orientations de l’assemblée sont claires : « Nous avons l’obligation de faire des économies pour assumer l’héritage d’une situation financière dégradée laissée par la précédente mandature. » C’est avec ces mots que Sonia Backes, présidente de la province Sud, a résumé la situation.

Philippe Blaise, le premier vice-président, en a profité pour rajouter que « les comptes avaient été embellis » sous la précédente mandature et que cette « désagréable surprise » se traduit par « un trou de 2,6 milliards qu’il va falloir assumer ». Devant un tel constat et une telle baisse des recettes fiscales prévue initialement par la Nouvelle-Calédonie pour la construction du budget 2019 et qui ne sera pas au rendez- vous, la nouvelle mandature se doit de tout mettre en œuvre pour redresser la trajectoire.

« La première chose, c’est évidemment de baisser notre train de vie » en montrant l’exemple.L’exécutif a ainsi décidé de ne pas renouveler le contrat du cuisinier personnel qu’avait l’ancien président, de réduire la flotte de voitures de 15 %, de baisser les frais de communication et de déplacement de la province. Dans son obligation de faire des économies, le nouvel exécutif a décidé de réduire, dès l’année prochaine, la masse salariale de 5 % , ce qui correspond à quelque 80 postes d’agents provinciaux, dont les départs ne seront pas renouvelés : retraite, mutation, fin de CDD. Par ailleurs, l’effort d’investissement, qui permet d’accompagner l’économie calédonienne, sera maintenu à hauteur de 9 milliards de francs, avec un objectif de le renforcer dès 2020 d’au moins 200 millions par an.

Le nouvel exécutif de la province Sud a par ailleurs annoncé le lancement d’un budget participatif dès l’an prochain. Ce budget, qui aura la volonté d’en appeler à la population de la province Sud, permettra de prendre en compte ses attentes d’une part en partageant avec elle la traduction financière des missions de la collectivité et d’autre part, de proposer l’affectation d’une partie du budget d’investissement sur les bases de projets concrets et qui répondent aux objectifs de l’exécutif.
Les groupes politiques ont pris acte et débattront sur les orientations précises lors de la séance consacrée au budget primitif, le 19 décembre prochain.

Le Nord aussi touché

Les élus du Nord ont fait à peu près le même constat que leurs homologues du Sud, lors du débat d’orientation budgétaire, à la différence près que la précédente mandature n’a pas laissé un « champ de ruines ». Au Nord, c’est la baisse des recettes fiscale uniquement et estimée à 1 milliard de francs (soit l’addition des trop-perçus 2018 et la réduction des dotations 2019) qui va obliger la province à réduire ses coûts de fonctionnement. « Une situation très compliquée, comme le souligne le document présenté aux élus. Cela réduit à néant les efforts réalisés par la collectivité pour préserver son épargne à un niveau satisfaisant. »

Comme la province Sud, l’assemblée du Nord va devoir maîtriser ses dépenses et prévoit pour 2020 de réduire le budget de fonctionnement d’1,3 milliard sur les 22,9 milliards du plan pluriannuel de la province. L’investissement devra aussi être maîtrisé pour 2020, soit 6 milliards qui seront annoncés, et un soutien à la SMSP via la Sofinor pour 1,5 milliard de francs confirmé. Cette situation résultant de la baisse des recettes fiscales et des chiffres donnés pas l’ancienne mandature trouvera sûrement un écho lors des débats au congrès.

À l’inverse les îles

Alors que tout le monde s’inquiète de la situation, l’exécutif de la province des Îles semble loin des préoccupations de relance économique et de rigueur. La séance plénière de l’institution a été marquée par la naissance de la société en charge du projet de la compagnie régionale Air Oceania. Jacques Lalié a même confirmé que des discussions ont eu lieu à Paris en marge du dernier Comité des signataires autour de l’achat de deux Airbus A-220. À ce titre, la société Airbus effectuera un vol de démonstration d’un A220, le 5 novembre à la Tontouta, en présence d’élus de la province des Îles.

Un projet qui suscite bien évidemment des interrogations sur son financement au moment où tout le monde parle de situation économique dans le rouge, de relance de soutien à l’emploi, Jacques Lalié, espère sûrement sortir « une recette magique parisienne » en ce sens. En tout cas, l’élu y croit, pour lui, « ce projet d’une compagnie aérienne régionale n’est pas surdimensionné pour l’institution. Il faut qu’avant la fin 2021 la province des Îles puisse être présente au sein du capital de la compagnie aérienne régionale Air Oceania ». Alors place maintenant à l’étude de faisabilité, mais on peut déjà se poser la question si la Nouvelle-Calédonie, déjà propriétaire d’Aircalin et financeur d’Air Cal pour la continuité territoriale ainsi que des lignes subventionnées, pourra se lancer dans l’aventure ? Tout cela sachant, au passage, que les ressources de la province des Îles sont en presque totalité apportée par les contribuables de la province Sud par la voie du rééquilibrage, il paraît donc déjà impossible qu’elle puisse seule supporter le poids et les risques de ce projet.

D.P.

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