Province Sud : quelles actions pour la condition féminine ?

La province Sud a profité de la Journée internationale des droits des femmes pour présenter son plan triennal 2016-2018 en faveur de la condition féminine. Un plan d’actions concrètes qui a émergé au fil des rencontres sur le terrain, en Nouvelle-Calédonie et en Métropole.

Quelques jours avant que l’ensemble des collectivités et des acteurs concernés ne se retrouvent à Ouvéa pour la Journée internationale des droits des femmes, la province Sud a tenu, à l’instar du gouvernement, à présenter ses actions en faveur des femmes calédoniennes. Seulement ici, le constat en ce qui concerne la politique menée jusque là est particulièrement cinglant. « Que l’on arrête le thé, les macramés, et que l’on engage des actions de fond sur des données actualisées », a ainsi déclaré le président de la province, Philippe Michel. Force est de constater que depuis les années 90 et la création d’une mission des droits des femmes dans les trois provinces, le sujet n’a pas été une priorité.

Souhaitant changer la donne, la province s’est réappropriée du sujet. On se souvient ainsi de la campagne du ruban blanc lancée en novembre 2014 et intégrant les hommes, puis de la tournée en minibus partout en province Sud pendant un an. Les femmes « qui n’avaient plus vu personne depuis des années », ont été interrogées dans les tribus, les villages, les associations, sur l’efficacité des dispositifs en place. Il a fallu par ailleurs renouer des liens avec la Métropole, les ministères et les organismes influents mais absents du Territoire. Un travail qui a abouti à l’élaboration du plan triennal.

Ce plan que l’on présente ici comme une véritable « lame de fond », est en cours d’élaboration. Il comprend de multiples aspects et propositions qui seront présentées et soumis au vote des élus de l’Assemblée.

Les grandes lignes 

  • La Maison de la Femme change de nom et pas seulement…

Pour « toiletter » la politique en faveur des femmes, la province a souhaité moderniser et améliorer ses outils. Dans cet objectif, la Maison de la femme, devenue officiellement lundi la Mission à la condition féminine, est en pleine restructuration sous la houlette de sa nouvelle directrice, Charlène Soerip.

La Mission sera au cœur de l’action provinciale avec trois pôle d’actions. Un pôle d’accueil chargé d’informer, d’orienter, de documenter et de décentraliser les informations et la formation relatives au droit des femmes. Le pôle social fera le lien avec les dispositifs sociaux, du logement et de l’emploi, assurera la mise en place d’une plate-forme d’écoute, d’un module d’intervention sur l’égalité entre les femmes et les hommes et d’un autre sur la prévention contre les violences aux sein des établissements scolaires et de formation.Un troisième pôle consacré à l’insertion initiera enfin les partenariats, développera de nouveaux dispositifs d’insertion spécifiques aux femmes, assurera la promotion des actions régionales, internationales et en particulier la participation de la Nouvelle- Calédonie à des conférences. Il relaiera les manifestations extérieures sur le Territoire.

  • Actualisation des données

La province Sud annonce l’actualisation du guide du droit des femmes, et surtout celle des données statistiques. « Je ne vois pas comment on peut agir sur la condition féminine avec des statistiques vieilles de treize ans », s’est exclamé à ce sujet Philippe Michel. L’idée serait d’obtenir que la Nouvelle-Calédonie soit incluse dans l’enquête nationale 2016 « Conditions de vie et de sécurité des femmes » menée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Ined) et qui a déjà été étendue aux Antilles. Cette intégration est en cours de négociation avec l’État.

  • Téléphone grand danger

La province entend mettre en place à titre expérimental le téléphone grand danger. Il s’agit d’un téléphone d’alerte pour les femmes en grand danger, victimes de violences au sein du couple ou de viols, qui permet la géolocalisation de la victime et l’intervention immédiate des forces de l’ordre. Ce dispositif déployé en Métropole et dans les DOM depuis 2014 – et obligatoire – a permis de sauver des vies, d’interpeller et de sanctionner les auteurs. Il repose également sur un accompagnement global de la victime, en organisant le partenariat des acteurs de lutte contre les violences faites aux femmes. En Nouvelle-Calédonie, « le procureur de la République a donné son accord mais des problèmes techniques restent à régler. » L’expérimentation se ferait d’abord avec un ou deux appareils…

  • Un centre d’accueil pour les victimes au Médipôle ?

L’exécutif provincial aimerait mettre en place un Centre d’accueil d’urgence pour les victimes d’agressions (Cauva) au sein du Médipôle ou encore développer l’accueil des auteurs de violence avec par exemple un foyer pour agresseurs comme il en existe à Bordeaux, « un mode d’action dont on peut s’inspirer ».

  • Quel droit des femmes ?

Un travail a été effectué avec le Sénat coutumier et un comité de réflexion doit être mis en place sur la coexistence du droit commun et du droit coutumier en la matière.

C.M.

Photo : P.Sud

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