Projet Lucy : « C’est une fierté pour nous de voir cette innovation »

La visite de Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, à Prony Resources sur le site du projet Lucy, a marqué l’important soutien financier de l’État au secteur du nickel et en particulier à l’usine du Sud, pour laquelle il a déjà aidé à hauteur de 87 milliards de francs depuis 2004.

 

« Je souhaite remercier l’État sans lequel cette société ne serait pas », introduit Didier Ventura. C’est par ces mots que le directeur général délégué de Prony Resources a accueilli Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, à l’usine du Sud, jeudi après-midi. Une visite plus précisément sur le site du projet Lucy.

Lucy, c’est ce qui va permettre de remplacer l’actuel parc à résidus KO2, dont la capacité de stockage arrive à terme en septembre 2024. Il s’agit d’une autre technique qui consiste à assécher les résidus qui sont aujourd’hui sous forme liquide, puis à les compacter. Conséquence, il sera possible de stocker davantage de résidus sur une plus petite surface. Une solution plus vertueuse pour l’environnement. L’objectif étant, ensuite, de les utiliser pour revégétaliser. D’après les études menées depuis quelques années, les plantations sur résidus secs donneraient presque les mêmes résultats que sur la terre végétale.

Didier Ventura, directeur général délégué de Prony Resources, accueille Sébastien Lecornu à l’usine du Sud, jeudi après-midi.

 

Besoin de financements

Mais pour cela, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. À la suite du changement d’actionnariat, les travaux ont redémarré au deuxième trimestre. « Il reste 25 milliards de francs à engager dans le projet », indique Christian Frateur, directeur du projet Lucy, sur un investissement final estimé à environ 420 millions de dollars (soit près de 45 milliards de francs). Un premier emprunt de 200 millions (soit environ 24 milliards de francs environ) a été octroyé par l’État le 31 mars, au départ de Vale. Prony Resources est en discussion pour en obtenir un deuxième de 220 millions (26 milliards), ainsi qu’une défiscalisation de 130 millions d’euros (environ 15 milliards de francs) pour le plan de transformation industrielle qui a commencé en 2020. Depuis la construction de l’usine du Sud, l’État a apporté une aide de 87 milliards de francs.

Les résidus secs produits par Lucy doivent être stockés en amont de l’actuel barrage.

 

Le rôle de l’État

« C’est une fierté pour nous que de voir ce projet, cette innovation », affirme Sébastien Lecornu, sur le barrage du parc à résidus KO2. Un pari technique qui a retenu l’intérêt de l’État, mais qui demande un investissement important. « C’est aussi le rôle de l’État que de participer à une innovation industrielle. C’est ce qui est fait ici par la défiscalisation, les prêts et par l’accompagnement pendant la période de reprise qui s’est transformée en un beau projet calédonien. » Sébastien Lecornu n’a pas manqué de rappeler que le pari stratégique fait par l’État quant à l’avenir du nickel a porté ses fruits. « Tesla a confirmé un certain nombre d’engagements, nous avions dit, il y a quelques mois, que le nickel qui sort de cette usine à un avenir et qu’il fallait tresser une filière de long terme pour ce nickel et lui trouver des débouchés, c’est en train d’être fait. » Enfin, le ministre a relevé « l’exemplarité du projet sur le terrain environnemental ». Le fameux « nickel vert ».

Sébastien Lecornu a plaisanté lors de l’évocation du soutien de l’État à l’usine du Sud, « 725 millions d’euros c’est un sacré soulèvement ».

 

Le nickel de Prony Resources dans les batteries de Tesla

Le nickel de l’usine du Sud vient de s’assurer un avenir en signant un contrat exceptionnel avec le fabricant américain de voitures électriques Tesla, dont les cathodes des batteries seront réalisées avec le NHC, ce concentré de nickel et de cobalt produit par Prony Resources. Afin d’honorer ce contrat, qui porte sur 42 000 tonnes de nickel sur plusieurs années, l’usine a annoncé qu’elle visait une production de 44 000 tonnes de NHC par an en 2024.

 


 

Quel devenir pour KO2 ?

Le parc à résidus KO2, qui doit arriver à saturation fin 2024.

 

Actuellement, et ce sera le cas jusqu’en 2024, les résidus qui viennent de l’usine, liquides, sont stockés dans le parc KO2. D’une surface d’environ 130 hectares, il a une capacité limitée à 40 millions de m3, sachant que 27 millions de m3 sont actuellement stockés. Le parc est fermé par un barrage de 63 m de haut et de 1,3 km de long, qui est muni de 230 instruments pour assurer sa surveillance. C’est en prévision de sa saturation, à horizon septembre 2024, que le projet Lucy a vu le jour. Que deviendra alors KO2 ? L’ouvrage devrait être encapsuler et le dessus revégétalisé grâce aux résidus secs produits par Lucy.

 

Le fonctionnement de Lucy

Lucy consiste à livrer trois unités principales. Une unité d’épaississement des résidus grâce à des floculants, qui se situera en amont de l’actuel parc KO2, une unité d’assèchement, qui se situera en aval, et une verse à résidus. Les résidus asséchés, comprimés afin d’en chasser l’eau, vont tomber sur des tapis convoyeurs qui vont les acheminer jusqu’à la trémie de déchargement sous lesquels passeront des camions. Ces derniers iront déverser les résidus sur les zones de déposition qui seront ensuite compactés. Christian Frateur, directeur du projet Lucy, a fourni une image : la production de résidus secs sur une année correspond, en volume, à la pyramide de Khéops en Égypte. Avec Lucy, il va donc être possible d’optimiser la capacité de stockage par rapport à un parc conventionnel comme KO2. Sur une surface bien plus réduit, la même quantité de résidus pourra être stockée.

Roch Wamytan, président du Congrès, Sonia Backes, présidente de la province Sud, Adolphe Digoué, membre du gouvernement et les maires du Mont-Dore et de Yaté ont participé à la visite.

 

Jusqu’à 700 emplois

Sur les 25 milliards de francs qu’il reste à engager dans le projet, 80 % sont orientés sur les entreprises locales et communautaires, appuie Christian Frateur, qui a rappelé qu’il était vital pour l’entreprise de livrer Lucy en 2023. « KO2 sera plein au 3e trimestre 2024. Le risque de ne pas livrer Lucy dans les temps, c’est soit le ralentissement de la production soit, au pire, son arrêt. » Au moment du pic, vers mi-2022, le chantier fournira 700 emplois. « Vu la criticité du projet, ses délais et le bassin de l’emploi local, nous devrons faire appel à la main d’œuvre étrangère et nous espérons que les autorités nous soutiendrons », précise Christian Frateur. À l’issue de la construction, un besoin est estimé à 120 emplois pour gérer les opérations quotidiennes ainsi que le déplacement des résidus de l’usine sur la verse. « Ce seront des emplois locaux permanents qui seront principalement pris sur de la main d’œuvre de la province Sud. »

 

Végétaliser

L’usine compte revégétaliser les résidus de Lucy. Des essais, menés depuis plusieurs années, sont concluants et presque aussi bon que sur de la terre végétale. Les plantations pourront être du maquis minier et autres, Prony Resources disposant d’une pépinière qui permet de revégétaliser 30 hectares par an.

 

Anne-Claire Pophillat (© A.-C.P.)

 

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