Prescillia Piotrowsky, celle qui voulait soulever des montagnes

Le week-end dernier, la jeune trentenaire a été la seule à valider sa place en équipe de Nouvelle- Calédonie à la force de ses bras. Le symbole d’une haltérophilie locale à la recherche d’un nouveau souffle.

Adolescente, Prescillia Piotrowsky avait peu confiance en elle, avec un physique frêle. Comme beaucoup de jeunes, elle est du genre mal dans sa peau, alors qu’aujourd’hui, cette athlète de 30 ans affiche fièrement tatouages sur les bras et tablettes de chocolat sur le ventre. Un changement qui a commencé devant la télévision. « Je me souviens que déjà à l’époque, j’étais fascinée par ces femmes fortes lors des compétitions d’haltérophilie, explique- t-elle. Je regardais ça sur Eurosport avec mon père, lui ne comprenait pas du tout ! (rires). »

Mais dans la tête de l’athlète, il n’y avait pas la place pour ces souvenirs, samedi à l’Institut d’haltérophilie, lors d’une compétition qualificative pour les Oceania (lire par ailleurs). Il faut dire que la jeune femme sait ce qu’elle veut, l’objectif est clair : un minima et une place en équipe de Nouvelle-Calédonie. Une première pour elle qui a commencé l’haltérophilie il y a un peu plus de six ans. « J’ai soulevé six kilos de plus que le minimum prévu », pose-t-elle. Soit 136 kg en cumulant les 58 de l’arraché et les 78 de l’épaulé-jeté. Et ce n’est pas fini. « Je sais qu’il faut que je gagne de l’expérience pour enfin passer cette barre psychologique des 80 kilos, à l’épaulé-jeté notamment. »

Du CrossFit à l’haltérophilie

L’entraînement continue donc pour elle, à raison de plus de deux heures et demie par jour sur son lieu de travail, à la salle Coconut CrossFit de Ouémo, où elle officie en tant que coach. Un changement radical pour ceux qui ont connu Prescillia il y a dix ans quand elle rentre à l’université. « J’ai commencé, à ce moment-là, la musculation, car j’avais envie de prendre un peu de forme. » Elle se pique au jeu et passe de la musculation au bodybuilding, puis se lance dans le CrossFit. « Ce qui m’a plu dans cette discipline, c’est qu’on peut s’y défouler physiquement et mentalement. Et puis c’est aussi une discipline qui oblige à constamment se dépasser. »

En 2014, alors qu’elle est institutrice, elle passe de plus en plus de temps à la salle et finit, en 2019 par passer son certificat, puis le brevet professionnel de la jeunesse, de l’éduction populaire et du sport en 2020 pour devenir coach. Mais quel rapport avec l’haltérophilie ? « Il y a les mouvements de l’haltérophilie en CrossFit, explique Prescillia Piotrowsky. Et c’est rapidement ce que j’ai préféré. » Mystère résolu. Elle est alors repérée par Robert Grimaldi, l’un des coachs renommés sur le Caillou, et commence rapidement des compétitions.

Face aux meilleures

Mais elle devra bientôt faire un choix. « On me le dit depuis longtemps : si je veux m’améliorer en haltérophilie, il va falloir que j’arrête le CrossFit. Et je crois effectivement que c’est ce qui va se passer. » Reste à savoir quand. Ce changement sera sans doute décisif dans sa course vers d’autres sélections, notamment pour les Jeux du Pacifique, en 2023, aux Salomon.

Elle y retrouverait d’ailleurs de vieilles connaissances : les anciennes pensionnaires de l’Institut océanien d’haltérophilie, parties de Boulari l’an dernier, au début du premier confinement. Notamment la Papoue Dika Toua, athlète olympique qui évolue dans sa catégorie de poids, les 58 kg. Si tout se passe comme elle l’entend, c’est elle qui pourrait passer à la télé. Et faire rêver d’autres adolescentes, un peu mal dans leur peau.


Un sport en pleine renaissance

C’est un vent d’optimisme qui souffle actuellement sur l’haltérophilie. Discipline meurtrie depuis plus de cinq ans à cause de la scission fédérale avec la force athlétique, puis la chute de la ligue locale, elle n’a pas réussi à prendre sa juste place depuis. La preuve étant l’impossibilité d’avoir au moins un athlète identique entre deux compétitions internationales, depuis les Jeux du Pacifique de 2015. Alors, la compétition qui s’est déroulée samedi dernier à Boulari, semble relancer les choses avec une quinzaine de participants et un objectif clair : retrouver les Oceania. Selon le CTOS, autorité de tutelle en attendant la création d’une nouvelle ligue, la Fédération française d’haltérophilie devrait également envoyer un cadre technique d’ici la fin de l’année. Les regards sont déjà tournés vers les Jeux aux Salomon avec une escale au Mini- Jeux de Saipan, dans les îles Mariannes, en 2022. En attendant, la prochaine compétition aura lieu à la fin du mois à La Foa. Et cela faisait longtemps que cela n’était plus arrivé. Autre preuve du renouveau.

A.B.

©A.B.

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