[Portrait] Vaïté, madame courage

Vaïté Fiaeva est toujours en contact avec les sept autres heureux candidats au certificat de compétences essentielles contextualisé au secteur de la propreté. Il y a « une super ambiance ». (©Yann Mainguet)

Mère de famille très jeune, Vaïté Fiaeva a décroché, à la quarantaine passée, son tout premier diplôme, le certificat de compétences essentielles contextualisé au secteur de la propreté. Cette réussite lui donne envie de poursuivre les études.

Sur la table de la pièce principale, le classeur, les photocopies des cours et les feuilles de brouillon retrouvent presque naturellement leur place.

« C’est ici que je travaillais », dans la maison familiale de Logicoop, dont l’intérieur est coloré de paréos et de photos d’êtres chers. Les heures d’études, menées avec conviction, ont payé. « J’ai eu une bonne note : 19 sur 20 ». Vaïté Fiaeva, 44 ans, a obtenu son certificat de compétences essentielles, contextualisé au secteur de la propreté des locaux, d’après l’intitulé exact. Son tout premier diplôme. « Je n’en avais aucun, rien. » La remise du tant convoité rectangle de papier a suscité et suscite encore une vraie fierté, et représente une sorte de revanche.

Dans la rue où passent lentement des voitures essoufflées par la montée, le regard balaie le quartier. Vaïté le connaît par cœur, elle qui, née à Nouméa avec des racines tahitiennes, a grandi juste en bas, à Kaméré. Sa scolarité s’est arrêtée au cours de la 3e, au collège de Koutio, parce que « je suis tombée enceinte ». À 15 ans, l’adolescente donne naissance à un garçon, puis l’année suivante, à une fille.

La famille compte aujourd’hui cinq heureux enfants. Mais la maman a dû, très tôt, s’occuper des bébés, à plein temps. Plus d’une décennie s’écoule et, par nécessité de revenus, Vaïté enchaîne « les petits boulots » : dans le commerce, les écoles, une chocolaterie… En 2021, après une formation d’un mois en ménage hospitalier, un contrat solide est décroché à PBN, société sous-traitante de la clinique Kuindo-Magnin.

La salariée, connue pour son enthousiasme, revêt la tenue d’ASH, pour agent de service hospitalier. « Quand le chirurgien a terminé, entre deux patients, j’interviens dans le bloc opératoire pour le bionettoyage », dont l’objet est d’assainir l’environnement, explique la quadragénaire, assise sur un banc posé à l’extérieur, près de la maison. « Il ne faut pas avoir peur du sang, et il faut être très méticuleux. »

COUP DUR

Un drame secoue le foyer il y a trois ans. Son mari, charpentier reconverti dans la sécurité, est victime d’un grave accident du travail. Vaïté ne baisse toutefois pas les bras quand sa société PBN, pour Probionet Services, lui propose, comme à des collègues, de suivre des cours en vue de valider le certificat de compétences essentielles. « On s’est inscrits. Je n’avais aucun diplôme. Je me suis lancée dans l’aventure. »

En coordination avec le Fonds interprofessionnel d’assurance formation ou Fiaf, Christine, du centre ADN Formations, est aux commandes pour un enseignement tous les mercredis, de 7 h 30 à midi et de 13 à 16 heures, pendant six mois, à compter de février 2025, au 4e kilomètre, à Nouméa. Il faut s’accrocher. En fait, « c’était trop bien », applaudit la salariée étudiante.

Tout d’abord parce qu’une convivialité et une entraide se sont développées au sein de la promotion des huit candidats – six femmes et deux hommes –, dont cinq sont attachés à PBN. « On fait le même métier, mais dans des situations différentes : au bloc, à l’hôpital donc, ou dans une laverie, un cabinet médical, des commerces… », dans l’agglomération de Nouméa et à Boulouparis.

Ensuite, parce que les cours ont plu. Beaucoup de français, avec l’expression orale, la conjugaison et l’orthographe, des mathématiques appliquées avec des conversions et des proportions, ou encore des connaissances « santé »… Après les tests réguliers, l’examen final approche. Alors « j’ai beaucoup révisé », les jours de la semaine, souvent jusqu’à 21 heures, et parfois le week-end, seule ou avec les autres inscrits. « On a beaucoup partagé ». Le plus dur est de jongler entre le travail à la clinique, la vie de famille et les révisions.

« C’ÉTAIT MON COMBAT »

Tout a fonctionné, finalement. Vaïté a obtenu une très bonne note : « J’étais étonnée. » Les sept autres candidats ont aussi décroché le diplôme, en septembre 2025. De son propre aveu, les formations lui ont permis et lui permettent toujours de construire des phrases de bout en bout, et non plus de répondre de façon abrégée, de mieux s’exprimer et d’écouter. « Je me suis valorisée. C’était mon combat. Je me suis dit : “Il faut que j’y aille, c’est pour moi !” »

Cette joie a gagné les proches. « Je suis fier de ma mère, observe Jean-Luc Junior, 20 ans. Quand elle a un truc en tête, elle ne lâche pas. » Justement, depuis cette réussite au certificat de compétences essentielles, Vaïté pense à un nouvel objectif, parce que « ça m’a redonné goût aux études. J’ai besoin d’autres formations. Je veux aller plus loin ». Vers le diplôme d’aide-soignante. La mère de famille s’est promis de s’inscrire dans la prochaine promotion.

Yann Mainguet