Plus vulnérables aux chocs, les seniors doivent adapter leur conduite

Faut-il interdire de conduire aux aînés ? Rendre une visite médicale obligatoire ? Quelles sont les précautions à prendre au volant ? Autant de questions auxquelles des professionnels ont répondu lors d’une matinée de sensibilisation destinée aux seniors à la mairie de Nouméa, vendredi, proposée par le centre communal d’action sociale.

En juillet, un octogénaire renversait sept personnes dont une mortellement sur le parking de l’église Saint-Jean-Baptiste, à la Vallée-des-Colons, à Nouméa. Ce drame récent fait écho au forum dédié aux seniors qui s’est tenu vendredi, à la mairie, sur la conduite des personnes âgées. Et pourtant « en Nouvelle- Calédonie, il y a une sous-représentation des plus de 65 ans dans la responsabilité des accidents de la route », déclare Dominique Doppler-Lecœur, responsable de l’Observatoire de la sécurité routière. Les aînés sont également sérieux au volant. Ils portent leur ceinture, ne boivent pas trop, ont leur permis et roulent doucement. Le danger est ailleurs. « Il y a des situations à risque. Les giratoires en sont un, les changements de file aussi, ainsi que les tourne-à-gauche », détaille Dominique Doppler- Lecœur.

Moins d’automatismes

En vieillissant, il s’agit donc d’être vigilant, indique Mireille Munkel, présidente de l’association Prévention routière de Nouvelle-Calédonie, qui conseille de préparer son itinéraire en amont ou d’adapter ses moments de conduite en fonction de la météo et de la circulation. « Il faut également faire attention aux réflexes et au temps de réaction, aux éblouissements, aux effets des médicaments, à la fatigue, au téléphone, etc. » En clair, être conscient de ses faiblesses et de la baisse de ses capacités.

Le premier signe ? « Lorsque nos proches s’inquiètent de notre conduite ou constatent qu’elle devient dangereuse, c’est vraiment un signal d’alerte qui doit nous amener à consulter », affirme Thomas Lehmann, médecin agréé pour le contrôle de l’aptitude médicale à la conduite. D’autant que sur la route, les seniors sont 1,5 fois plus vulnérables face aux chocs. Mais tous ne sont pas égaux, entre ceux qui vieillissent normalement et ceux qui sont malades.

6,7 % des conducteurs de plus de 65 ans sont présumés responsables des accidents, contre 47,7 % des 20-34 ans.

« Les premiers vont modifier d’eux-mêmes leur façon de conduire et s’arrêter quand ils sentent qu’ils sont dépassés. Ce sont ceux qui ont une pathologie qui remet en cause leur façon de conduire qui doivent consulter. » Le plus difficile est de les convaincre de le faire. « Il faut d’abord se rendre chez son médecin traitant, qui redirige seulement si c’est nécessaire vers un docteur agréé, ce qui l’est seulement dans 20 % des cas. »

Faire évoluer la réglementation

Après examen, le professionnel de santé décide du maintien ou non de l’aptitude à conduire avec d’éventuelles restrictions, comme ne pas conduire de nuit ou ne pas dépasser une certaine vitesse. Des limitations qui peuvent être temporaires ou définitives en fonction de la maladie. Ces informations sont ensuite transmises à la DITTT, à laquelle la personne âgée doit se signaler pour faire modifier son permis afin qu’y figure les mentions notifiées, comme le port de lunettes, d’une prothèse auditive, de la mise en place d’une boule au volant ou d’une boîte automatique.

« On espère une évolution de la réglementation pour pouvoir rajouter des éléments spécifiques tels que rester proche du domicile, ce qui va nous permettre d’adapter au plus près les capacités de conduite avec les besoins de l’individu », précise Thomas Lehmann. Selon lui, quatre points seraient à développer : les stages de remise à niveau, l’encouragement à la limitation progressive de la vitesse, l’autocollant indiquant l’âge du conducteur et l’extension des équipements d’assistance à la conduite pour aménager son véhicule.

 

Informations auprès de l’association Prévention routière
de Nouvelle-Calédonie au 26 17 70.


La fausse bonne idée : la visite médicale obligatoire

La mise en place d’une visite médicale régulière obligatoire à partir d’un certain âge est souvent présentée comme une solution. Pourtant, cette mesure n’a pas fait ses preuves. « Cela revient dès qu’il y a un événement accidentel qui implique une personne âgée, indique Thomas Lehmann, médecin agréé pour le contrôle de l’aptitude médicale à la conduite. Or, les chiffres ne vont pas dans ce sens. La plupart des études ne montrent pas une utilité sur la visite systématique pour les seniors parce qu’ils ne font pas partie des tranches d’âge les plus accidentogènes. En revanche, il faut trouver le moyen de les amener à procéder à un bilan médical pluridisciplinaire de manière volontaire. »


Quel est le rôle du médecin agréé ?

Il valide l’aptitude ou non d’une personne à conduire. Son avis, qui est transmis à la DITTT, permet à l’individu de faire régulariser son permis et d’être en conformité par rapport au respect du Code de la route. Prendre rendez-vous avec un médecin agréé n’est pas obligatoire et est à la charge du patient. « Chaque conducteur est responsable de sa santé et doit faire en sorte d’être en état pour conduire. C’est bien de consulter quand on a un doute sur sa capacité à le faire », insiste Thomas Lehmann.


Françoise 66 ans et Patrick, 69 ans

« J’ai appris qu’il était désormais possible de signaler un conducteur en cas de problème. En tant que seniors, nous sommes responsables et je constate qu’il faut que je fasse davantage attention, par exemple quand je conduis sur un rond-point. Parfois, je ne sais pas exactement ce que je dois faire et quand on me coupe la route, je ne sais pas toujours si c’est moi qui suis en tort ou si c’est l’autre conducteur. Je trouve cela logique de se renseigner et d’y penser, même si je suis une conductrice sérieuse et prudente. »

Marina, 75 ans

« C’est important de voir quelles sont les précautions à prendre en vieillissant, parce qu’on s’aperçoit qu’il faut faire plus attention même si on n’a pas de problème particulier. On peut avoir besoin d’une remise à niveau parce que nos permis sont vieux et qu’il y a des choses qui nous échappent et puis il y a aussi de nouveaux panneaux. J’ai également eu une expérience avec mon père qui avait Alzheimer, alors je me dis que si cela devait m’arriver, je dois réfléchir à ce que je ferais et aux dispositions que je prendrais. »

A.-C.P

©A.-C.P / shutterstock

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