« Plus jamais ça ! »

Une large foule a défilé, mardi, à Pierre-Lenquette, Montravel, à l’appel du collectif « Jeunesse du pays : notre force, nos espoirs », créé après la mort de deux jeunes dans le quartier. L’occasion de se recueillir et de lancer un appel à veiller sur les enfants.

«C’est là qu’il est mort Dito ! », « Ah c’est pas l’autre qui est mort ici ? », « Non, c’est lui, l’autre s’est pris une balle en dormant au parc ! » À côté de la stèle improvisée en bas d’un trottoir du parking de la cité Pierre-Lenquette où est décédé Dito, un homme de 22 ans roué de coups en août dernier, des enfants de 7-8 ans se refont l’histoire sans s’étonner plus que cela. « L’autre », c’est Mia, 25 ans, tué d’une balle dans la tête au parc de l’église de Montravel, le 26 octobre.

C’est pour que cette génération et les suivantes n’aient plus à connaître ce genre de drames, survenus dans une violence inouïe sous leurs fenêtres, que le collectif s’est mobilisé. Leur appel a été entendu. Plus de 300 personnes ont participé au recueillement sur les tristes lieux et à une marche silencieuse entre la cité et le parc. Sur les bannières on pouvait lire : « Jeunesse des quartiers, réveillons-nous ! » ou encore « PLK n’est pas une morgue ». Dans le cortège, de nombreuses mamans avec leurs enfants, des papas aussi, des animateurs de quartier, des coutumiers, des religieux, des représentants institutionnels et des bailleurs sociaux.

« Manque d’amour »

Dans la foule, c’est l’inquiétude qui domine. « Ces enfants, c’est comme si c’était les miens, nous dit Alice, venue spécialement du quartier de Normandie. En tant que maman, on veut une société de paix. Ça fait mal de se dire qu’ils sont morts pour des bêtises. Je pense qu’il faut occuper ces jeunes par le travail, encore faut-il les accompagner et qu’ils en trouvent ». « Perdre un gosse comme ça c’est terrible, commente, un peu plus loin, Georgette, une mamie de Ducos. Pour moi c’est un manque d’amour. Dans notre société, on regarde les gens de haut, alors qu’un sourire fait toujours du bien. »

Les paroles sont plus incisives au micro. « Pendant que vous dormez, ils sont où vos enfants ? », hurle un homme du quartier. « À cette heure-ci, c’est normalement déjà plein de bandes. On ne veut plus attendre un coup de fil et une mauvaise nouvelle ! On a eu d’autres marches et qu’est-ce qui a changé ? Rien ! Si vous voulez qu’ils réussissent, ça commence à la maison, pas à l’école ! », s’énerve-t-il sous les applaudissements.

Pour beaucoup, le problème est l’affaire de tous. « On a un devoir de regarder les gosses d’à côté, pas que les nôtres ! », alerte un père de famille de Tindu. « On est mal accompagné dans les quartiers Nord, lance à son tour un animateur de quartier. Normalement l’outil de travail, c’est les maisons de quartier. Mais avant, il y avait des concerts, des jeux, plein de choses ! Il n’y a plus rien ! » Un autre interlocuteur pointe du doigt l’alcool, ce fléau qu’il faut combattre. « Lâchez l’alcool et réveillez-vous ! »

Conditions de vie et paroles

Les représentants des institutions, restés plutôt en retrait, ont été appelés à s’exprimer. « Je comprends les parents. On est parfois impuissant, mais il faut réagir », a sommé Sylvain Pabouty, élu du Congrès. « Il faut que les institutions accompagnent cette jeunesse pour ne plus vivre ces moments tragiques. On trouvera des actions pour apaiser la situation dans ce quartier », tonne Marylin Sakilia, une autre élue. « La question est : qui a la responsabilité de ces jeunes ?, interroge Jean- Pierre Djaïwé, membre du gouvernement. Eh bien, elle est collective ! À force de se rejeter la balle entre parents, institutions, coutumiers, les évènements se poursuivent. Il faut qu’on en soit tous responsables, qu’ils vivent dans de meilleures conditions, qu’ils aient tous les éléments pour leur vie d’adulte. Notre société a besoin de paroles et pas celles des réseaux sociaux, mais celles qui sortent de la bouche de ceux qui nous aiment. »

Pour le collectif, cet « élan du cœur » se devait d’être partagé, explique Thierry Xozame. « Ce qu’il se passe dans notre beau pays, ce n’est pas acceptable. On est un peu des lanceurs d’alerte. On veut lancer la réflexion dans ce pays en construction. Cela implique que les relations humaines, de quelque nature qu’elles soient, soient apaisées et constructives. Ces épreuves doivent nous remettre en question. C’est ce qu’on voulait, lancer une impulsion. Charge aux institutions, aux associations, aux familles maintenant de s’impliquer ». Les deux affaires font l’objet d’une enquête judiciaire. Les intervenants ont choisi l’apaisement, rappelant qu’il ne servait à rien de « rendre le mal ».

C.M.

©C.M.

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