Plus de 160 ans d’histoire scolaire publique à Nouméa

Dans le cadre de l’exposition Mon école, son histoire, qui s’ouvre au musée de la ville le mercredi 1er septembre, Christiane Terrier a proposé une conférence ce mercredi 25 août sur la naissance et le développement des écoles, témoins de l’évolution de la société, de la première, en 1859, à la dernière, construite en 2012 à Tuband. Focus sur les établissements publics.

Surleau pour les garçons et Russier pour les filles. Ils sont 17. Uniquement des garçons. Six Français, deux Anglais et neuf Calédoniens fréquentent la première école de Nouméa ouverte en 1859 à côté de l’église Sainte-Clotilde – là où se trouvait l’institut Pasteur –, tenue par un frère de la congrégation des Petits Frères de Marie. En 1873, la commission municipale décide de construire un bâtiment à l’emplacement de l’actuel Frédéric-Surleau, en centre-ville. « C’est la plus ancienne de la commune et même de Nouvelle-Calédonie encore en place. Elle est importante d’un point de vue historique », affirme Christiane Terrier, historienne.

Après les religieux, sa gestion est confiée à des laïcs à partir de 1883. Frédéric Surleau, qui lui donnera son nom, la fait fonctionner pendant près de quarante ans. En 1891, une école communale dédiée aux filles ouvre là où se trouve l’actuelle mairie. Rasée pour laisser la place à l’hôtel de ville, elle déménage et s’installe à la Vallée-du- Génie. Suzanne Russier, sa première directrice, lui donne son nom. D’autres édifices voient le jour comme Élise-Noëllat en 1893 rue Bénébig – classé, le site héberge aujourd’hui des associations – Céline-Teyssandier-de- Laubarède à la Vallée-du-Tir au début des années 1920.

Trente écoles en trente ans

Après la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle la présence américaine se traduit par une aide conséquente aux écoles, le rythme de création, assez lent jusque-là, s’inverse, laissant place à une dynamique sans précédent de constructions scolaires au moment du « boom ».

« Entre 1946 et 1974, on passe de six à 33 établissements. On commence à ériger des écoles que je qualifie de style ‘Pascalon’, un architecte de l’après-guerre qui a construit de nombreux bâtiments ici et qui adorait le type de façade comme celle de Marguerite-Lefrançois, à l’Orphelinat », raconte Christiane Terrier.

Il faut faire vite car la population ne cesse d’augmenter. C’est la grande mode des écoles de style fonctionnaliste. « C’est une barre, un bâtiment qui se réduit à sa fonction et qu’on réalise partout, de Nouméa à Poindimié, en dupliquant le même modèle. » En témoigne les ouvrages des années 1960 : Candide- Koch à la Vallée-des-Colons, Michel-Cacot à Portes-de-Fer, Gustave-Lods à Logicoop… « Après, on commence à se préoccuper d’une esthétique un peu plus élaborée, notamment avec Suzanne-Russier, indique l’historienne. On pense la façade et on réfléchit à la question de l’orientation par rapport aux alizées et au soleil. »

Le ralentissement

Le tempo ralentit et passe à environ deux écoles construites par décennie. C’est le cas dans les années 1990 avec Albert-Perraud à Magenta et Mathilde-Broquet à Aérodrome, puis dans les années 2000 et 2010, la dernière étant Guy-Champmoreau, aménagée dans le récent quartier de Tuband. Parallèlement, d’autres ferment. Les Tulipes au Faubourg- Blanchot en 2012, Suzanne-Berton à Rivière- Salée en 2015, Emily-Panné à la Vallée-des- Colons et Louise-Vergès à Tindu en 2020.

Un reflet de la métamorphose de la population d’une ville et de ses quartiers. « La diminution des effectifs scolaires résulte de la conjonction de deux phénomènes, explique Christiane Terrier. Le renchérissement du foncier, qui fait que les jeunes couples s’installent dans les communes avoisinantes qui, elles, ne cessent de construire des écoles, et la transition démographique, qui se manifeste particulièrement dans la ville. Les gens ont moins d’enfants. »

Les plus récents établissements scolaires révèlent également des différences architecturales. « C’est un des faits marquants. Il y a une recherche au niveau de la circulation et des espaces, on n’est plus dans la classe boîte. C’est plus accueillant et aéré. Guy-Champmoreau, par exemple, est esthétiquement très intéressante. On voit le résultat d’une expérience de 150 ans de construction d’écoles. »


Reconstitution d’une salle de classe d’antan

Mise en situation pour les conseillers municipaux juniors qui ont pris part à l’élaboration de l’exposition dans une salle de classe d’époque reconstituée. ©A.-C.P. 

« Quelles sont les différences entre cette salle et la vôtre aujourd’hui ? », interroge Corinne Ousset, coordinatrice des actions éducatives de la ville de Nouméa. Face à elle, une quinzaine de conseillers municipaux juniors assis dans une salle de classe d’époque, reconstituée à l’occasion de l’exposition Mon école, son histoire au musée de la ville, avec du mobilier et des objets anciens récupérés auprès d’écoles, du musée et de collectionneurs. Encriers, tableau noir, pupitres d’écolier, manuels scolaires, cartables en toile de jute ou en cuir, tabliers, etc. Autant d’éléments qui ont changé ou n’existent plus aujourd’hui.

Les enfants se prêtent au jeu avec plaisir. Ils découvrent, en ce mercredi 25 août, l’installation de l’exposition qu’ils portent depuis deux ans et qui a été réalisée grâce à la contribution d’élèves et enseignants, de familles et d’associations. 41 panneaux présentent les parcours de ceux qui ont donné leurs noms à des écoles publiques. D’autres retracent le quotidien des enfants, comme les jeux pratiqués dans les cours de récréation : billes, élastique, marelle, saute-mouton, gendarmes et voleurs, corde à sauter ou encore ronde.

Mais aussi les punitions, sur lesquelles s’est penché le Cercle du musée de la ville, présidé par Odile Magnon. « Les punitions corporelles existaient, la baguette sur les doigts, le tirage d’oreille et de cheveux, les coups de bambou ou de martinet. Les écoliers pouvaient aller au piquet et devaient parfois recopier des dizaines de fois ‘Je ne dois pas’ ou des leçons de grammaire ou de conjugaison.»

Il y avait également les récompenses, des bons points qui pouvaient se transformer en images, et des notes, ainsi que l’octroi de prix – excellence, camaraderie, etc. – à la fin de l’année, qui s’accompagnaient de la remise de beaux livres. Les conseillers juniors vont assurer des visites guidées et animer des ateliers pendant l’exposition.

Au musée de la ville, du 1er septembre au 1er octobre. Programme sur noumea.nc.

A.-C.P

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