Pipite Marcellino : « Nous invitons les Calédoniens à venir investir au Vanuatu »

« Une loi prévoit l’association d’un investisseur avec un Ni-Vanuatu », indique Pipite Marcellino, du gouvernement voisin. La répartition des parts dans le capital dépend « des négociations ». (©Yann Mainguet)

Le ministre du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme du Vanuatu, Samson Samsen, était en Nouvelle-Calédonie ces derniers jours afin de redynamiser les liens d’affaires entre les deux territoires. Des projets existent. Pipite Marcellino, son directeur de cabinet et ancien ministre lui-même, en dévoile, et décrit les intentions de son pays.

DNC : Comment expliquez-vous le peu d’échanges commerciaux entre la Nouvelle- Calédonie et le Vanuatu ?

Pipite Marcellino : Nous sommes venus dans le cadre des affaires de la Ménanésie, c’est- à-dire des pays du Groupe Fer de lance mélanésien (GFLM). Nous essayons, depuis des années, d’inviter les Calédoniens à venir investir au Vanuatu.

De plus, nous voulons développer un commerce durable de petits produits entre le Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie. Bien sûr, les Calédoniens ont leur liberté de commercer avec qui ils veulent. Mais ce sont nos voisins, nos familles, alors nous essayons de les inviter.

Pourquoi ce commerce ne prend-il pas plus d’ampleur ? Y-a-t-il des freins ?

La Nouvelle-Calédonie dispose d’un gouvernement à Nouméa, mais qui est sous l’autorité française. La France est toujours présente en Nouvelle-Calédonie. Quand on négocie avec le gouvernement, il faut aussi dire un mot au haut-commissariat de la République.
Quant au volume d’affaires, c’est d’abord une question de volonté. Il faut le vouloir.

Ensuite, il y a les lois, la procédure par la douane à faciliter. Nous venons d’inviter la CMI (Compagnie maritime des îles) à faire le trajet Nouméa – Port-Vila – Norsup, à Mallicolo – Luganville, puis Luganville – Norsup – Port-Vila – Nouméa. La société va commencer cette activité à la fin du mois d’avril. Un premier voyage au Vanuatu, pour du transport de fret. Les Calédoniens veulent venir. On a ouvert. Tout est libre, à eux de venir échanger avec le Vanuatu.

Que devient le projet d’accord de libre- échange entre les deux archipels ?

Nous avons négocié un accord entre gouvernements. Une liste de quinze produits, quinze articles, a été établie, de chaque côté du partenariat. Nous avons échangé récemment avec le gouvernement calédonien pour que l’on puisse accélérer le processus de la signature. Nous avons rencontré le membre du gouvernement, Mickaël Forrest, afin de relancer le dossier qui se traduirait par une convention régionale.

Comment inciter les Calédoniens à investir en Vanuatu ?

C’est une très bonne question, parce que cela fait longtemps que l’on vient ici. Nous avons un nouvel attaché commercial. Au début, nous invitions les Calédoniens à venir avec nos propositions. Maintenant, nous laissons l’attaché commercial discuter avec ces chefs d’entreprise, et répondre à une question : que veulent-ils exactement pour que nous puissions préparer le terrain ? Nous attendons un retour à la suite de la formulation des vœux. Nous sommes prêts à agir.

Le ministre du Commerce a l’intention de créer une zone de libre-échange au Vanuatu. Là où les importations et exportations sont possibles sans taxes. Ce projet peut intéresser des investisseurs calédoniens.

Nous avons de la bonne terre. Je parle donc de l’agriculture, de production de masse. (…) Nous avons assez de terres pour que les Calédoniens viennent apporter leur technique, leur savoir-faire, en matière de culture mécanisée

Souhaitez-vous cibler des secteurs particuliers ?

Nous avons de la bonne terre. Je parle donc de l’agriculture, de production de masse. Aujourd’hui, nous sommes trop basés sur la culture vivrière. Nous avons assez de terres pour que les Calédoniens viennent apporter leur technique, leur savoir-faire, en matière de culture mécanisée.

Nous avons quarante-cinq ans d’indépendance. Les Calédoniens savent donc qu’ils peuvent venir investir. Beaucoup sont d’ailleurs venus s’installer.

La Nouvelle-Calédonie connaît toutefois actuellement une crise économique sévère. Un handicap, non ? À moins que des Calédoniens aient transféré des affaires au Vanuatu ?

Nous avons, à Port-Vila, un bureau des investissements étrangers, le Vanuatu Investment Promotion Authority, ou VIPA. Il détient les statistiques. Mais, oui, des Calédoniens sont arrivés à la suite des événements (de mai 2024). Ils ne sont pas très nombreux, on peut les compter sur les doigts d’une main.

Le ministère du Commerce au Vanuatu vient d’annoncer un accord sur l’approvisionnement de carburant avec des acteurs calédoniens. Quel est le projet ?

Au Vanuatu, beaucoup de prix d’articles sur le marché, avec la marge intégrée des intermédiaires, ne sont pas acceptables par le client. Les prix augmentent. Nous avons examiné la composition de ces coûts de production élevés, et la cause est connue : le carburant, et donc l’électricité.

Notre ministre a signé un accord pour faire venir un deuxième fournisseur de carburant, PétroCal, une société calédonienne, comme il existe PétroPol en Polynésie. Nous venons de signer un accord avec une société d’experts, SKI, qui va venir implanter ce nouveau fournisseur, dénommé PétroVan. Cette entreprise importera du carburant de Singapour.

Le but étant de faire baisser les prix…

Qui dit concurrence, dit avoir le choix, et donc le meilleur prix. Au niveau du gouvernement, nous essayons par ce biais d’œuvrer sur le prix de l’essence et ainsi sur la production. Sachant que la fabrication de l’électricité repose essentiellement, au Vanuatu, sur un système au carburant. Une société tente actuellement de mixer avec l’huile de coprah.

Le gouvernement du Vanuatu est-il toujours intéressé par la scorie de la SLN ?

Nous avons rendu visite, avec le ministre, aux équipes de la SLN. Nous n’avons pas d’idée précise sur ce produit. Mais le ministre est curieux de connaître son utilisation. On pense aux ports, aux routes… Il faut y réfléchir avec les ingénieurs. Si c’est faisable, nous sommes prêts à nous engager pour nous ravitailler en scorie, ici, en Nouvelle-Calédonie. Pour l’instant, rien n’est signé. Nous discutons.

Les Chinois sont forts, mais ils ne vont pas nous coloniser.

Il a été dit que le risque d’importation du scarabée rhinocéros au Vanuatu pouvait constituer un frein à ces échanges avec la Nouvelle-Calédonie ?

Le scarabée rhinocéros est déjà au Vanuatu, mais pas partout, à Port-Vila. L’insecte ne peut pas vivre dans la scorie. Nous avons vu cela avec la SLN. Le scarabée n’est pas un obstacle.

Le lien entre la Chine et votre pays peut-il inquiéter de potentiels investisseurs ?

La présence de la Chine au Vanuatu (repose sur) un slogan en anglais qui veut dire : un ami, c’est un ami. Quand est arrivée l’indépendance, les Chinois étaient là. Ils sont toujours là. Mais il ne faut pas que l’on ait peur des Chinois. Le président de la République française, Emmanuel Macron, lui-même est venu au Vanuatu (en juillet 2023).

Nous, les francophones, sommes bien représentés, et avons notre place. La Chine est une puissance, Emmanuel Macron a aussi insisté sur le fait que la France va rester un pays souverain, la France est présente ici parce qu’il y a la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie, Wallis-et-Futuna, le Vanuatu…

Le gouvernement vanuatais n’a pas cette crainte de se retrouver…

Colonisé par les Chinois ? Non. Il faut, en revanche, féliciter les Chinois qui sont venus avec leur technique de commerce. Ils ont fait bouger le Vanuatu. Un Chinois pose deux questions : à qui est la propriété ? Et quel est le prix ? Il paie, s’installe et donne du travail. Avec les Européens, nous avons vu une différence.

Les Chinois sont forts, mais ils ne vont pas nous coloniser. Et, je le répète, on invite les Calédoniens à venir pour que l’on travaille ensemble. Si on a un produit, il peut être vendu aux Chinois, ils sont à côté, ils vont devenir nos clients, nos consommateurs.

Nous avons tout fait pour plaire aux Calédoniens, pour les inciter à venir investir au Vanuatu. Il faut aussi dire que l’on vient de signer avec l’Australie pour l’export de nos produits vers 109 supermarchés, à Melbourne et à Sydney.

Faut-il aussi modifier l’image du Vanuatu, qui a subi notamment une forte instabilité politique ?

Comme je le disais, au niveau du commerce, le nouvel attaché commercial va étudier la question. Sur le plan du pays en général, oui, nous avons connu une instabilité pendant quelques années. Mais le Parlement, avec le Premier ministre, a récemment modifié la loi, et il y a davantage de stabilité désormais. Nous sommes donc confiants.

Propos recueillis par Yann Mainguet