Pierre Gope revisite Où est le droit ?

Pierre Gope fait revivre cette pièce qui avait bousculé les consciences dans les années 90 en évoquant, sans tabou, le viol, les addictions et la question du droit coutumier ou français. Le dramaturge interroge : la société a-t-elle évolué ?

Sur scène, la troupe Cebue, s’est un peu renouvelée. De l’équipe de 90, année de création de la compagnie de théâtre contemporain kanak par le Maréen Pierre Gope, ne reste qu’un comédien, Mathieu Wachoïma. Au fil des ans, la troupe a attiré de nouveaux visages comme Kesh Bearune, Aman Poani, Colette Tidjitte ou, plus récemment, Doui Nouna et Jeruscha Waia. On trouvera également cette fois Dominique Jean et Gauthier Rigoulot.

Même si Pierre Gope a réécrit et modifié le texte, fait évoluer les personnages, la trame de cette pièce, la deuxième écrite par le dramaturge et celle qui l’a fait connaître, reste la même.

Corilen, la fille du grand chef Cango, a été violée par Sérétac. L’environnement est notamment souillé par l’alcool. Qui lui rendra justice ? Les autorités coutumières avec de simples échanges compensatoires entre les clans concernés ou le droit français, vers lequel se tourne la victime ?

Une société encore « malade »

À l’époque, la pièce avait bousculé les consciences en affrontant ces sujets tabous et les limites de la coutume. Elle avait été présentée sur l’ensemble du territoire dans les tribus par le biais de l’ADCK et avait incité à libérer la parole lors de soirées débats. « C’était le tout début des discussions sur les droits des femmes », se souvient Pierre Gope. Le théâtre de l’Île a souhaité que l’auteur retravaille cette pièce, qui résonne encore aujourd’hui, afin d’analyser ce qui a avancé ou pas, ce qui continue « de ne pas tourner rond dans notre société ».

« Aujourd’hui les viols sont de plus en plus dénoncés et on parle plus ouvertement de la sexualité. Mais des problèmes demeurent. Et l’alcool, le cannabis restent un fléau. » Pour Pierre Gope, la société est encore « malade ». Et il y a également cette question du traitement de ces affaires. « Que ce soit dans la coutume où il y a trop de folklore ou dans la justice française, il y a des limites. N’y aurait-il pas plus à faire pour que ces choses-là n’arrivent pas, pour créer davantage d’épanouissement ? », interroge-t-il.

Théâtre de jeu

Pour la mise en scène, Pierre Gope et le théâtre de l’Île ont fait appel à Dominique Wittorsky, auteur dramatique belge et « ami de longue date ». Celui-ci a eu à cœur de soutenir ce « théâtre de jeu », notamment avec un décor moins minimaliste, quoique toujours épuré. « Pierre Gope est un mythologue, un vrai dramaturge, tel qu’il en existait chez les Grecs, qui avec leur oralité racontaient toute la loi, les savoirs de l’époque et les transmettaient aux générations suivantes. La société kanak fonctionne toujours comme cela et Pierre Gope écrit avec cette technique de récit-là. Et au théâtre, c’est génial », observe Dominique Wittorsky.

Les deux hommes collaboreront également sur la prochaine pièce de Pierre Gope, Demain, qui est en pleine écriture et sera présentée en octobre au centre culturel Tjibaou. Après Moi, je vote blanc ou Convergences, on regardera une nouvelle fois le monde de la politique même s’il s’agit avant tout d’une « histoire d’amour ». L’histoire d’une femme à qui l’on a imposé un mari, « général-mercenaire » qui veut mettre en place à l’indépendance la « France démocratique de Kanaky (FDK) » . Comme d’habitude, Pierre Gope n’écrira pas la fin, elle s’écrira avec les comédiens…

À noter qu’un recueil des 34 pièces de Pierre Gope est aussi en préparation. Une anthologie qui pourra « laisser une trace » et servir dans les écoles.

Vendredi 2 juillet à 20 heures, samedi 3 et dimanche 4 juillet à 18 heures.

Théâtre de l’Île.

C.M.

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