Pierre Fairbank n’a pas fini d’écrire sa légende

Grâce à un 800 m de feu à Tokyo, le sprinteur en fauteuil de 50 ans a ajouté une neuvième médaille paralympique à son palmarès. Du bronze qui appelle déjà d’autres médailles, pourquoi pas à Paris, en 2024.

Connaissez-vous l’histoire de la légende et des extraterrestres ? Elle se passe sur deux tours de piste et se termine toujours pareil. Les extraterrestres aux deux premières places et la légende à la troisième. Il semble, en effet, que si l’épreuve était courue à nouveau, elle connaîtrait le même résultat. Les deux premiers, Paeyo le Thaïlandais et Lakatos le Canadien, resteraient imbattables, tant ils dominent largement. Et derrière eux, demeurerait la légende, Pierre Fairbank, vainqueur de sa neuvième médaille, la 26e du sport paralympique calédonien depuis 1992. Fairbank, vice-champion sur 800 m à Rio, il y a trois ans, de nouveau sur le podium à Tokyo, en bronze, comme il y a 21 ans, à Sydney, sur la même distance.

Le stratège

Ému, son coach, Olivier Deniaud, n’en revient pas et a même du mal à trouver les mots pour qualifier le nouvel exploit de son protégé. « C’est énorme… Un immense champion, un mec génial. Un sens tactique incroyable. » Ce mélange de talent, de mental, d’intelligence et d’expérience qui a permis au natif de Hienghène d’éparpiller la concurrence. Même sous une pluie battante, même enfermé à la corde, rien ne l’arrête, Pierre Fairbank triomphe des éléments et répond toujours présent. Pas étonnant, après une telle leçon administrée à ses autres adversaires, qu’il ait envie de continuer jusqu’à Paris pour ce qui serait alors ses septièmes Jeux. Il aura 53 ans.

 

QUESTIONS À PIERRE FAIRBANK

DNC : Que ressentez-vous après cette nouvelle médaille paralympique ?
Pierre Fairbank : C’est une médaille qui vaut de l’or, surtout derrière les deux premiers, qui sont intouchables. J’avais raté le 100 m, le 400 m, c’était ma dernière chance. Gagner sur sa dernière course, sous la pluie, c’est un peu féerique, on se croirait dans un film… Ça donne envie de chialer.

Et en plus vous êtes allé la chercher au mental. Dans le dernier tour ce n’était pas gagné…
Je pense que l’expérience a fait la différence. Au début, j’étais bien calé derrière Lakatos et Paeyo, et puis je me suis retrouvé coincé dans la roue du Thaïlandais. L’athlète chinois a alors pris cinq, six mètres d’avance. Et là, je me suis dit qu’il fallait remonter progressivement sans me crisper pour garder de la fraîcheur pour le sprint final.

Et vous êtes revenu…
Oui, j’ai eu la bonne surprise que ça marche (rires). Je suis revenu tout doucement. Je me suis dit, « Ah, si ça se trouve, il en gardé lui aussi ». Mais non, il a craqué ! Tant mieux, bien fait pour lui, tiens (il éclate de rire).

Il se murmure que vous allez poursuivre jusqu’à Paris 2024, c’est certain ?
On verra, mais je ne ferai sans doute pas toutes les distances, je suis un petit peu âgé. Pourquoi pas sur le 100 m. Mais il faudra déjà être sélectionné…

 


Brignone en échec : un coupable nommé fauteuil

« Les résultats ne sont pas à la hauteur de ce qu’il espérait. » Comment mieux résumer qu’avec ces mots d’Olivier Deniaud les Jeux de Nicolas Brignone, qui espérait au moins une finale mais n’en a atteint aucune. Pour le sprinteur de 32 ans, le responsable est tout trouvé : son nouveau fauteuil. « Je l’ai commandé il y a un an, explique-t-il. Je devais le recevoir en mars, je l’ai reçu une semaine avant de partir. Sur le papier, il était plus léger… » Une explication poursuivie par Olivier Deniaud. « Nico se sentait bien dedans, il a pris la décision de l’utiliser à Tokyo, pensant que le stage préparatoire à Kobe suffirait à le régler, à trouver la bonne position. » Mais il n’en a rien été : Brignone a terminé à des années lumière de ses records. « Je m’en veux beaucoup, je n’aurais pas dû le prendre. Je ne referai plus cette erreur. Je pense que j’aurais atteint toutes les finales. » Un diagnostic confirmé par son coach. « Nico était prêt, il avait super bien bossé et progressé. Il faudra analyser tout ce qu’il s’est passé et voir si le problème n’est que le fauteuil ou s’il y a autre chose : l’enjeu de l’événement, le physique, le pic de forme, la préparation etc… Il ne faut rien écarter. » Et Brignone de promettre : « Je vais tout faire pour être au rendez-vous le jour J à Paris en 2024. »

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