Pêche, un panier un peu plus léger

Après avoir adopté sa réglementation en matière de pêche avec le Code de l’environnement en 2009, la province Sud s’apprête à le revoir. Ce sont les pêcheurs particuliers qui sont principalement visés par la future réforme. Les consultations devraient être engagées très prochainement et pourraient être inscrites au Code d’ici la fin de l’année. L’idée générale est d’harmoniser les réglementations du Nord et du Sud.

Chez les pêcheurs comme chez les chasseurs, il y a des bons et des mauvais. Et la qualité d’un pêcheur ne se mesure pas seulement à son adresse pour attraper du poisson, encore faut-il respecter sa ressource. Pour les plaisanciers, pas forcément spécialistes, la tentation de remplir le bateau peut être grande. Cela a longtemps été le cas et continue à l’être pour certains. Le pilleur de réserves est également une espèce qui n’est malheureusement pas encore en voie de disparition. La décision du juge de condamner à des peines d’amende deux pêcheurs dans la réserve de Ouano, il y a une semaine, en est encore une illustration.

En moins de cinq ans, pas moins de 13 000 contrôles ont été réalisés, rien que sur la province Sud. Sur cette période, le rythme s’est nettement accéléré. Sur l’année 2015, les bateaux de 8 000 plaisanciers ont été inspectés. Seulement 150 ont donné lieu à des procédures judiciaires, dont 80 étaient des délits, et concernent presque exclusivement des particuliers. Des chiffres relativement faibles qui peuvent laisser penser que les infractions sont peu nombreuses sur notre lagon. Il faut toutefois mettre ces chiffres en comparaison avec les moyens mis en œuvre par les provinces Nord et Sud, sensiblement les mêmes, de l’ordre d’une quarantaine de gardes nature (qui s’occupent aussi bien des questions de chasse que de pêche).

Harmonisation avec la province Nord

En réalité, il est très difficile de mesurer le braconnage. Face à l’immensité de la zone à surveiller, la province préfère insister sur la sensibilisation. Cela n’empêche pas pour autant l’institution de plancher sur une nouvelle réglementation pour la pêche de plaisance. Ce sont bien les particuliers qui sont visés par cette réforme puisqu’ils représentent la très grande majorité des prises (80 %), loin devant les professionnels. Pour le moment, les personnes pêchant en province Sud peuvent rapporter 40 kilos de produits de la mer dans chaque bateau et par sortie (tous confondus, échinodermes, poissons ou encore coquillages en dehors des bénitiers où l’on ne compte pas la coquille). Ces quotas ont été instaurés en 2009, en même temps que l’adoption du Code de l’environnement. La province Sud estime qu’ils sont aujourd’hui dépassés, notamment grâce au retour d’expérience des agents sur le terrain. Avant de faire adopter la réforme par l’assemblée de la province Sud, potentiellement d’ici la fin de l’année, la Direction de l’environnement s’apprête à lancer une large consultation auprès de la gendarmerie maritime, du parquet, mais aussi des associations environnementales, des pêcheurs professionnels ou encore des associations de plaisanciers. La consultation pourrait s’achever d’ici trois mois, après la tenue d’au moins trois grandes réunions de travail sur les différentes problématiques.

Concrètement, une douzaine de propositions sera mise sur la table et aborde trois grands thèmes : la protection et une meilleure connaissance de la ressource ainsi que l’harmonisation des différentes réglementations provinciales. Plus concrètement encore, c’est le passage à des quotas identiques à ceux de la province Nord qui sera prochainement débattu, à savoir un maximum de 10 kilos par personne et un maximum de 40 kilos pour un bateau. À deux, par exemple, cela représente 20 kg de poisson par sortie. Autre exemple, pour six personnes sur un bateau, le quota étant atteint, le bateau ne pourra pas rapporter plus de 40 kilos. De la même façon pour les pélagiques, au lieu de 15 prises par bateau, seulement dix pourraient être autorisées. Une modification qui ne devrait pas changer grand-chose, les pêcheurs ayant bien du mal à en attraper ne serait-ce que dix.

Cette harmonisation, qui apporte davantage de cohérence par rapport à la province Nord, vise à réduire les quotas, en particulier pour les zones qui subissent une pression démographique de plus en plus importante. Sans la mise en place de réserves, les plaisanciers du Grand Nouméa n’auraient probablement plus grand-chose à prendre au bout de leurs lignes. Au même moment, l’université de Nouvelle-Calédonie commençait un suivi de ces zones tous les trois ans afin de mesurer « l’effet réserve ».

Soutenir les pêcheurs professionnels

Un effet bien évidemment positif, y compris pour les zones limitrophes, et qui n’est plus à démontrer. Avec cette réforme, la DENV souhaiterait également approfondir ses connaissances de la ressource. Pour le moment, les données proviennent principalement de Zoneco, un programme conjoint de onze organismes comme la CPS ou encore l’IRD qui effectue des études sur les ressources maritimes en Nouvelle-Calédonie.

D’autres pistes seront aussi soumises à la réflexion des acteurs, notamment la différenciation des prises des professionnels et des plaisanciers. Le principe consiste à marquer le poisson pour empêcher qu’il soit ensuite revendu. Si le don de sa pêche est autorisé, la vente est, quant à elle, totalement illégale, il s’agit d’un délit autant pour le vendeur que l’acheteur. En clair, cette mesure vise à soutenir les pêcheurs professionnels qui, face à la concurrence informelle, ont énormément de mal à recruter, former et conserver le personnel. Des mesures de protections particulières seront par ailleurs proposées. Il s’agit de sanctuariser certaines espèces emblématiques et fragiles comme la mère loche par exemple. Le requin devrait également faire partie de ces espèces à protéger.

M.D.

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Le requin, une espèce protégée et… traquée

La polémique n’en finit pas autour de la traque des requins de Bourail. Au niveau de la réglementation, la Nouvelle-Calédonie a pris un arrêté en 2013 interdisant toute pêche de requin, quelle que soit l’espèce, sur l’ensemble de la zone économique exclusive calédonienne. Les provinces étant compétentes sur la mer jusqu’à 12 miles nautiques, chaque exécutif a adopté ses propres textes. La province Nord a pour sa part pris des mesures allant dans le même sens il y a quelques années. Ce n’est pas le cas de la province Sud où la pêche au requin n’est pas encadrée. Avec la révision de la réglementation, le requin pourrait devenir une espèce protégée en province Sud.

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Hé oh, les oiseaux !

Les poissons, tortues et autres grands mammifères marins ne sont pas les seuls à avoir besoin d’être protégés. Les nombreux oiseaux marins qui nichent sur les îlots sont aussi concernés. Chaque année des plaisanciers indélicats continuent de les déranger. Une catastrophe si l’on considère que le Grand Sud calédonien est une zone très importante de reproduction au niveau mondial. Comme pour tout ce qui se trouve en dessous de la surface et face à l’immensité du territoire à couvrir, les services provinciaux mettent l’accent sur la sensibilisation. La province Sud a toutefois mis en place un système de mâts flanqués de drapeaux rouges lorsque les îlots sont occupés. Seize ont été équipés sur les 160 qui festonnent le lagon Sud. En 2015, une seule infraction en la matière a été relevée.

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