Pêche : une nouvelle marque pour séduire

Loin des chalutiers et des filets destructeurs, la pêche hauturière n’a rien d’une activité industrielle en Nouvelle-Calédonie. Les acteurs de la filière prônent une production responsable et respectueuse de l’environnement. Pour informer et sensibiliser les consommateurs aux pratiques locales, ils se mobilisent pour créer la marque grand public, « Pêcheurs calédoniens ».

La pêche hauturière est un secteur économique qui se développe lentement, mais sûrement. Sur les 2 500 tonnes de production annuelle (70 % de thon blanc, 20 % de thon jaune et 10% divers), environ 20 % sont destinés à l’export et les 80 % restants alimentent le marché local. Il n’y a pas si longtemps, avant 2009, l’intégralité de la production était vouée au marché étranger. Ce changement de stratégie, décidé par le gouvernement et les provinces, a permis aux Calédoniens de connaître et de savourer un thon de qualité dont la teneur en mercure, en dessous des normes, fait l’objet d’un suivi minutieux.

Malgré cela, la pêche hauturière véhicule un certain nombre de préjugés. Selon une étude réalisée par Kantar/ TNS en juin 2018, cette activité est « perçue comme industrielle (24 %) ou semi-industrielle (44 %) ». Pire encore, seulement « 39 % (des consommateurs) considèrent que la pêche hauturière utilise des techniques respectueuses de l’environnement ». Quasiment autant de personnes avouent ne pas connaître les pratiques locales.

Une réputation à défendre

Pour gagner en qualité et amorcer le changement d’image, une première démarche avait été entreprise, il y a quatre ans, avec le label « Pêche responsable hauturière » reconnu par la loi du pays du 7 février 2017. Géré par la Fédération des pêcheurs hauturiers, le cahier des charges comporte 28 points attestant « le respect de l’environnement, des écosystèmes, des hommes et de leur sécurité, dans le souci permanent de la qualité des produits commercialisés et d’une gestion durable de la ressource ».

Pour obtenir cette certification, les professionnels doivent adhérer à la fédération, respecter le cahier des charges, se soumettre à un audit effectué par un organisme de contrôle indépendant composé d’experts, de producteurs et de consommateurs. En outre, la certification doit être renouvelée tous les trois ans avec un audit de contrôle tous les 18 mois.

Gagner la confiance

L’obtention du fameux label requiert donc une rigueur opératoire, mais pour le consommateur, cette étape est quasiment invisible. S’il a permis de monter en compétence et de formaliser les pratiques, le label n’a pas vraiment eu d’effet sur les consommateurs. Afin de les sensibiliser et de les informer sur les conditions de pêche et la qualité du poisson, l’ensemble des acteurs de la filière se mobilise pour créer la marque grand public, « Pêcheurs calédoniens ».

En plus de la campagne de communication déployée à grande échelle, un balisage des produits aux couleurs de la nouvelle marque va permettre d’identifier les poissons pêchés dans ces conditions. L’objectif est de gagner la confiance des consommateurs et de mettre fin aux préjugés, qui peuvent freiner le développement de la filière.


Questions à Jean-Luc Wasabi, capitaine chez Navimon

« Faire une pêche responsable »

©Éric Aubry

DNC : Quel est votre rythme de travail ?

Jean-Luc Wasabi : J’effectue des campagnes de deux semaines deux fois par mois, avec quatre jours de récupération entre chaque. C’est un rythme difficile à gérer pour la vie de famille, mais mes enfants sont grands. En 1997, quand j’ai commencé, c’était plus compliqué.

Quelle est la méthode et que pêchez-vous ?

On utilise une technique de pêche transmise par les Japonais, qui fréquentaient autrefois la zone. Il s’agit de la palangre horizontale dérivante. On n’a jamais utilisé autre chose. Dans certains endroits du monde, ils utilisent des chalutiers et des filets, mais en Nouvelle-Calédonie, personne ne fait ça. Je n’aime pas ces méthodes et ce n’est pas adapté pour nous. Nous, on pêche essentiellement du thon, mais on revient parfois avec du mahi-mahi, du marlin ou du saumon de dieux.

Dans quelle zone opérez-vous ?

On navigue principalement à l’ouest de la Nouvelle-Calédonie, vers les Chesterfield et plus rarement dans les îles. On va jusqu’à 600 milles nautiques, mais on reste dans la ZEE (zone économique exclusive) calédonienne.

Vous arrive-t-il de pêcher des requins ou d’autres espèces protégées et qu’en faites-vous ?

Ça nous arrive de pêcher des requins, des requins bleus au large et des bouledogues ou des citrons vers le récif. Quand ils mordent beaucoup à la ligne, comme ils sont protégés, on les relâche en coupant le fil. Il y a aussi des tortues, mais c’est plus rare. Dans ce cas, on les prend sur le bateau, on enlève l’hameçon et on les relâche quand elles ont repris leurs esprits.

Que représente pour vous cette marque, « Pêcheurs calédoniens » ?

C’est bien, mais tout ce qui m’importe, c’est de faire une pêche écologique et responsable. Je veux laisser du poisson pour demain.


En quelques chiffres…

136 – La pêche hauturière fait vivre 136 marins professionnels, répartis sur 18 navires que possèdent six armateurs.

300 – La pêche hauturière sur le territoire, ce sont 300 campagnes de 12 jours par an. On y pêche essentiellement du thon jaune et blanc.

Un milliard – Chaque année, la pêche hauturière représente un milliard de chiffre d’affaires. Mais si l’on tient compte de l’industrie de transformation et des 600 emplois induits, le secteur pèse 2,5 milliards de francs.

V.G.

Photos : Eric Aubry.

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