Le président historique du Racing club de Poindimié, passionné du ballon rond et voyageur solitaire, a suivi, depuis les tribunes, cinq éditions de Coupe du monde. De la France à la Russie, en passant par l’Afrique du Sud. Paul Thelotte cherche des billets pour les États-Unis.
Son sac de « matériel » l’accompagne à chaque fois. À l’intérieur, des écharpes, des gants, des bonnets, des maillots… en deux ou trois exemplaires, le tout frappé aux couleurs de l’équipe de France de football. Paul Thelotte est un fan absolu, un accroc, de la Coupe du monde du ballon rond. L’artisan de Poindimié dans le secteur du bâtiment a assisté, depuis les tribunes, à cinq éditions : en France en 1998, en Allemagne en 2006, en Afrique du Sud en 2010, au Brésil en 2014 et en Russie en 2018. Le Qatar, quatre ans plus tard, ne l’inspirait pas trop.
« J’y vais tout seul, comme un grand », rigole le père de famille de 66 ans, qui a suivi en moyenne quatre matchs par championnat planétaire de foot. Son record s’est établi du côté de Johannesburg, avec sept rencontres. « Je ramène beaucoup de souvenirs » de la compétition et du pays visité. Les murs et les placards de son bureau en témoignent généreusement. Le trophée se déplace en ces mois de juin et de juillet au Mexique, au Canada et aux États-Unis.
Paul Thelotte y pense, évidemment. L’heure est à la recherche assidue de billets. Dont le coût fait trembler cette fois-ci. Le sésame le moins cher pour la finale à New York dimanche 19 juillet atteindrait le prix fou de 300 000 francs. Dans le fameux sac, le fidèle double drapeau, symbole de la Nouvelle-Calédonie, est prêt à un nouveau voyage, au cas où.
ÉCONOMIES MÉTHODIQUES
Le grand supporter des Tricolores et du PSG a le virus du foot depuis tout petit, comme joueur tout d’abord, puis arbitre de terrain et président du Racing club de Poindimié pendant trente ans. Ce qui l’a amené à la fonction de membre du comité provincial Nord ou, encore aujourd’hui, du conseil fédéral de la Nouvelle-Calédonie et à la présidence du district Côte océanienne. Quand un match de Coupe du monde était diffusé à la télé, « c’était un rêve de gamin d’être dans le stade, mais je n’avais pas les moyens ».
Sans rouler sur l’or, Paul Thelotte économise désormais, chaque mois, rigoureusement, pendant quatre ans, pour pouvoir s’envoler vers le pays hôte de l’événement sportif international. Le foot, « c’est une drogue. Tous les matins, je cherche les résultats des championnats ». Par le passé, le dirigeant de la formation de Poindimié se rendait régulièrement, avec les jeunes de la catégorie « cadets », sur le site d’excellence de Clairefontaine et échangeait avec les joueurs, tels que Zizou. « Je n’ai jamais pensé y arriver, un jour », dans un stade bondé, bien loin de la côte Est du Caillou. Les précieux billets des matchs de Coupe sont conservés, plastifiés et glissés dans un album.
POUTINE ET COUP DE BOULE
Le plombier et carreleur, l’un des premiers Calédoniens membres du club officiel des supporters de l’équipe de France, n’a pas ramené que des objets typiques de ses cinq expéditions footballistiques. Les petites histoires se comptent par dizaines. Notamment parmi les quatre finales auxquelles le Calédonien a assisté.
À Moscou, « j’ai pu voir Poutine à une centaine de mètres de moi », au moment de la remise du trophée, « il avait une sacrée garde ». À Berlin, le coup de tête de Zinédine Zidane sur le torse de Marco Materazzi est tombé dans l’objectif de l’artisan. « Je l’ai filmé avec ma petite caméra. J’étais juste en face, dans la tribune, entouré d’Italiens. J’entendais des insultes, des provocations. » Plus sympathique, le stade de Maracanã, à Rio de Janeiro, au Brésil, décroche le grand prix de l’ambiance, selon Paul Thelotte. Une ferveur à tous crins. Autre atmosphère à Johannesburg, ville réputée pour son insécurité. Un Sud-Africain, rencontré dans l’avion, l’hébergera pendant un mois, « un vrai copain ».
Du pays, outre des images mémorables du parc naturel Kruger, l’amateur de foot rapportera une dizaine de vuvuzelas, instruments sonores locaux, pour offrir à son retour en Nouvelle-Calédonie. Les à-côtés sont plaisants. Comme en Allemagne, où, dans un gigantesque camping, était organisé un tournoi entre supporters représentant leur équipe nationale. France, Brésil, Espagne, etc… « J’ai posé ma candidature pour être arbitre » et, à l’issue des rencontres, « j’ai beaucoup aimé ».
Sa passion est visible, de la route. À chaque Coupe du monde, tous les drapeaux des équipes nationales participantes sont accrochés au balcon de sa maison, à Poindimié. Et s’il manque un étendard, « je le fais imprimer ». Au-delà des prouesses techniques sur le rectangle vert et la découverte de la nation organisatrice, le grand rassemblement mondial représente, « à travers le ballon, le mélange de cultures » loue Paul Thelotte. « Il n’y a pas de couleur de peau. Tout le monde s’amuse ».
Yann Mainguet


