Paul Néaoutyine, indétrônable

Paul Néaoutyine, ici félicité après son élection, ne quitte pas le fauteuil de président de l’assemblée de la province Nord. Le leader de l’UNI sera épaulé dans son travail par les vice-présidentes Nadeige Faivre, Valentine Eurisouké et Doriane Poymegna. © Yann Mainguet

La réélection de l’UNI Paul Néaoutyine à la présidence de la province Nord avec les voix loyalistes perturbe la boussole de l’alliée historique, l’Union calédonienne, accusée par les représentants pro-français du lien avec les émeutes de mai 2024. Ce qui risque de compliquer le mandat.

« Le vieux est toujours là », constate, mi-admiratif mi-stupéfait, un observateur indépendantiste de la vie politique. Élu à la présidence de la province Nord depuis 1999, Paul Néaoutyine, pilier du parti Palika et du mouvement Union nationale pour l’indépendance, a rempilé, vendredi 3 juillet, pour un nouveau mandat – le sixième – dans le fauteuil. Différents scénarios pouvaient être écrits après le dépouillement du dimanche précédent. Car l’UC-FLNKS de Pascal Sawa a empoché dix sièges, suivie de l’UNI avec neuf représentants. Les loyalistes de la liste Agissons ensemble pour le Nord fermaient la marche avec trois membres. Et détenaient de fait le pouvoir de consacrer une majorité. Ce qui a été fait à Koné en faveur de Paul Néaoutyine, dès le premier tour, sans consensus global.

Douze voix sur vingt-deux ont été accordées au maire de Poindimié, contre dix au bénéfice de Pascal Sawa, venu défendre sa candidature à la présidence de l’institution. « Il n’y a pas eu de discussions en particulier » au préalable, a soutenu le dirigeant de la province réélu. « Chacun prend ses responsabilités » et « chacun reste sur ses postures de base et nous verrons par la suite ». Une consultation des colistiers loyalistes et des militants de terrain a précédé le vote, selon Alcide Ponga, élu tricolore du Nord sortant et président du Rassemblement-LR, et « les gens ne souhaitaient pas que l’on confie la responsabilité à certaines personnes qui ont été en partie responsables de ce qui s’est passé en 2024 », le regard se tournant vers l’espace de l’UC-FLNKS. Élément supplémentaire, d’après l’actuel patron du gouvernement, l’équipe d’Agissons pour le Nord « a toujours su travailler » durant la dernière mandature avec les élus de l’UNI.

« MANŒUVRE POLITIQUE »

La colère de Pascal Sawa et de ses camarades s’est placée à la hauteur des espoirs d’élection. Furieux, ces élus ont quitté l’hémicycle sitôt l’annonce du résultat du vote. « Notre indignation est grande », ont écrit les membres de l’Union calédonienne-FLNKS Nord, dénonçant une « manœuvre politique » alimentée par « le non-respect des urnes et une alliance politique contre nature ».

Pascal Sawa, Henriette Hmae et leurs colistiers sont restés un temps assommés par l’élection de Paul Néaoutyine, avant de quitter la salle sans un mot. © Yann Mainguet

L’usage veut, au sein du FLNKS, que la liste arrivée en tête au soir des élections emporte la présidence de l’assemblée, mais l’UNI aurait rétorqué avoir quitté le Front fin 2025. La pilule est d’autant plus dure à avaler qu’au précédent scrutin, en mai 2019, Paul Néaoutyine avait été élu à l’unanimité, 22 voix sur 22, fait rarissime, avec donc les voix de l’UC-FLNKS. Et l’ouverture n’est point arrivée, du tout.

Faute d’une procédure électorale achevée quatre jours auparavant, le leader de l’Union nationale pour l’indépendance a retrouvé, mardi 7 juillet, trois vice-présidences issues de sa formation, avec Nadeige Faivre – soutenue par les voix loyalistes d’Agissons ensemble pour le Nord –, puis Valentine Eurisouké et Doriane Poymegna – seules dans la bataille, sans adversaire.

INTERROGATION

À l’image de précédents exercices, l’UNI garde la main sur la totalité du bureau de la province Nord. La question se pose : et maintenant ? Sortis vainqueurs des élections provinciales 2026 avec 1 099 bulletins d’avance sur la liste de Paul Néaoutyine, Pascal Sawa et ses collègues élus de l’UC-FLNKS ne vont pas oublier rapidement leur défaite à l’assemblée de Koné. « Il nous faut désormais nous interroger sur la pertinence affirmée du soutien, à nos camarades de l’UNI, de ceux qui défendent le maintien du pays dans la République française, partisans de l’accord de Bougival-Élysée-Oudinot et du pacte nickel », ont mentionné cette équipe indépendantiste pilotée par le maire de Houaïlou. Autrement dit, est-ce une entente de circonstance ou une alliance plus ferme ?

Beaucoup évoquent, comme il a été vu lors du précédent mandat, une « majorité de dossiers » entre l’UNI et les loyalistes. Les points de vue convergent sur les thèmes de l’éducation, de la santé ou encore du développement. Toutefois les limites acceptables d’Agissons pour le Nord sont souvent atteintes lorsque sont abordées la gestion des SEM, les sociétés d’économie mixte, et surtout, la doctrine nickel. Le sujet de l’exportation de minerai et de la métallurgie va d’ailleurs très vite s’inviter au sein de l’assemblée de la province.

Yann Mainguet

Le seul signataire désormais

Paul Néaoutyine est, à ce stade, le seul signataire de l’accord de Nouméa de 1998, encore élu au terme du scrutin provincial de juin 2026. Des personnalités politiques ayant paraphé le document sont décédées, d’autres ne figuraient pas sur une liste de candidats à la récente élection. « Je reste négociateur et signataire de l’accord de Nouméa et je l’ai déjà dit, je regrette qu’on ne soit pas allé à la troisième consultation [d’autodétermination] », a souligné le président de la province Nord à des journalistes, vendredi 3 juillet. « Moi, je suis allé voter à la troisième consultation. Parce que je suis signataire. »