Pascal Vittori : « On n’aurait pas pu faire autrement que d’annuler la saison hippique »

La fin du mois d’octobre marque habituellement la clôture de la saison hippique, mais cette année restera blanche pour le secteur. Pascal Vittori, président de la Fédération des courses hippiques (FCH), n’a pas de regret et se tourne vers 2021.

DNC : Six mois plus tard, quel regard portez-vous sur la gestion de la crise sanitaire et la décision d’annuler complètement la saison hippique ?

Pascal Vittori : Évidemment, pour les propriétaires, il aurait fallu prendre la décision avant. Mais le souci, c’est qu’à l’époque, on manquait d’information, on ne savait pas comment tout cela allait évoluer. Donc on a pris les décisions au fur et à mesure. Forcément, certains propriétaires ont été pénalisés. Essentiellement ceux qui commencent la préparation plus tôt et ont engagé des dépenses dès le début de l’année et c’est une tendance que l’on observe de plus en plus. Ces écuries ont fait venir leurs jockeys, en janvier ou février, et ont mis leurs chevaux à l’entraînement, avec tous les frais que cela engendre. Ceux qui ont attendu ont été beaucoup moins pénalisés.

Est-ce que avez des regrets sur cette gestion ?

Non pas vraiment. On a fait ce qu’on a pu. Mais c’est vrai que les décisions n’ont pas toujours été simples à expliquer. Certains socioprofessionnels avaient l’espoir de pouvoir courir malgré tout, donc forcément, ils ont été déçus. Avec le recul, je ne pense pas qu’on aurait pu faire autrement que d’annuler la saison. On a, un temps, pensé à la repousser, mais on le voit aujourd’hui, les frontières sont toujours fermées et faire venir des jockeys aurait de toutes façons été très compliqué.

Le problème du recrutement des jockeys semble central dans l’annulation ?

C’est le plus important, oui, même s’il y avait d’autres difficultés. Comme les contrôles anti-dopage avec les rotations aériennes très limitées avec la Métropole ou encore la possibilité, un temps, de faire des courses sans public. Même sans l’arrivée d’autres jockeys sur le territoire, on pouvait en compter seulement cinq. Avec une difficulté supplémentaire : ces personnes ne sont pas libres, elles sont sous contrat avec des écuries. Nous n’avions pas la certitude que les jockeys soient laissés libres pour certaines courses. Et lesquelles ? On a fait des simulations pour des Grands Prix, on se retrouvait avec quatre chevaux de la même écurie. Il n’y aurait eu alors aucun intérêt sportif.

On ne peut donc pas imaginer des courses avec des jockeys locaux ?

On a un problème de gabarit en Nouvelle- Calédonie. On pourrait trouver des femmes pour occuper la fonction, on le voit d’ailleurs de plus en plus en Métropole, mais cela ne prend pas pour le moment. On va plus les retrouver en équitation, elles sont moins intéressées par le hippisme.

Comment avez-vous été accompagnés par les institutions ? Est-ce que vous estimez avoir été suivis ?

Oui, dès qu’on a pris la décision claire d’annuler les courses. On a pu, à ce moment-là, rencontrer le gouvernement et la province Sud pour exposer nos problèmes. Ils nous ont garanti au moins les budgets de fonctionnement pour toute la saison. Si on n’avait pas eu cette aide, au mois d’août, on aurait dû licencier les trois employés de la FCH. Avec le risque de perdre définitivement un savoir-faire. Cela nous a permis de sauvegarder l’outil d’organisation des courses.

Et pour les sociétés de courses ?

La question est différente puisqu’elles ne travaillent qu’avec des bénévoles. Donc, elles n’ont pas vraiment eu de frais cette année. Les dépenses liées à l’entretien des hippodromes sont prises en charge pas les collectivités.

Aujourd’hui, quel est le travail des équipes de la FCH ?

De préparer la saison 2021. On a déjà établi un programme (avec seulement 12 réunions pour le moment, NDLR) et on a retravaillé le Code des courses. C’est un travail habituel, mais qu’on commence en fin d’année normalement. Cette année, l’avantage, c’est que les équipes ont pu s’y mettre avant et travailler plus sereinement. Et puis on a aussi profité de ce temps en plus pour travailler sur la création d’un nouveau site internet.

À quoi va ressembler cette saison 2021 ?

Si on a le soutien des collectivités, on espère une saison normale. Mais aussi, si on arrive à faire venir des jockeys. Et c’est pour moi la plus grande inquiétude. Les écuries demandent une réponse claire avant la fin de l’année pour pouvoir se préparer au mieux. Surtout si elles comptent engager des jockeys étrangers, car dans ce cas, les démarches administratives doivent aussi être prises en compte. C’est aussi pour cela qu’on a lancé une nouvelle recherche de jockeys en Métropole, notamment en communiquant auprès de l’École des jockeys. Ce n’est pas forcément facile car, à l’époque, certains n’ont pas été bien traités par les écuries. Aujourd’hui, c’est très différent, il y a une nouvelle génération avec de nouvelles méthodes et de belles offres. Alors même avec la quatorzaine, je suis confiant.


Du sang neuf dans les paddocks

L’incertitude n’a pas empêché l’investissement pour certains propriétaires. Ainsi, ce sont neuf nouvelles montures qui sont arrivées dernièrement sur le territoire. Deux de galop, avec Maillock chez Christian Kauma, qui sera sur les courses l’an prochain, et un étalon reproducteur. À eux, s’ajoutent sept trotteurs français, six femelles pour les courses et un mâle pour la reproduction.

A.B.

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