Pascal Sawa : « Il s’agit pour moi d’ouvrir une nouvelle étape »

« Une partie de notre jeunesse exprime un sentiment de frustration, parfois de découragement face aux difficultés économiques, au manque de débouchés ou au sentiment de ne pas toujours trouver sa place dans la société » estime Pascal Sawa. ©Y.M.

À la tête d’une liste UC FLNKS et nationalistes en province Nord en vue du scrutin du 28 juin, Pascal Sawa, maire de Houaïlou, entend tourner la page de la présidence UNI et apporter une méthode axée sur une proximité accrue.

DNC : Plusieurs noms circulaient pour la candidature UC-FLNKS dans le Nord. Comment s’est opéré le choix ?

Pascal Sawa : Le choix s’est fait dans le cadre du processus de désignation de l’Union calédo- nienne et du FLNKS. D’abord en fonction de critères internes – compétences techniques, administratives et politiques. Ensuite dans le cadre d’un débat au comité directeur de l’UC et au bureau politique élargi du FLNKS. Étant ingénieur et en responsabilité dans différentes institutions et conduisant une liste FLNKS à Houaïlou depuis 2014, l’UC m’a désigné ; c’est la recherche de l’efficacité et de l’unité au service des administrés qui a guidé cette décision.

Quel est le périmètre de la liste UC FLNKS en termes de représentations politiques ?

Notre liste rassemble d’abord les forces de l’UC et du FLNKS. Je dialogue avec l’ensemble des parties du FLNKS et de l’UPK (Unité du peuple en Kanaky). Notre démarche consiste à proposer un cadre politique solide capable de rassembler le plus largement autour d’un projet commun et qui repose d’abord sur des réalités électorales. Le contexte actuel appelle à dépasser les périmètres traditionnels.

Les habitants du Nord, qu’ils soient indépendantistes, nationalistes ou progressistes, expriment des attentes claires. Dans cette période difficile, beaucoup souhaitent être rassurés et c’est aussi à eux que je m’adresse. L’unité s’est toujours construite à travers le dialogue entre des sensibilités différentes. C’est dans cet esprit que j’avance aujourd’hui et je travaille à créer les conditions néces- saires pour une liste unitaire. Mon objectif est de représenter la diversité tout en restant fidèle aux objectifs de rééquilibrage et de justice sociale.

Paul Néaoutyine de l’UNI préside la province depuis 26 ans. Quel changement souhaitez- vous incarner ?

Je souhaite incarner le changement qui redonne de l’espoir et du dynamisme à la province. Après 26 ans de gouvernance, nous avons besoin d’une nouvelle énergie et d’une trajectoire en phase avec les attentes de nos administrés et les enjeux du moment. Il s’agit pour moi d’ouvrir une nouvelle étape. Je vais apporter une méthode fondée sur davantage de réactivité et de proximité avec les partenaires. Ma responsabilité est de préserver les acquis qui fonctionnent et de préparer la province aux défis d’aujourd’hui et des années à venir.

L’usine du Nord est à l’arrêt et recherche un repreneur. Comment comptez-vous vous impliquer ?

L’avenir de l’usine est une priorité majeure. Notre rôle sera d’accompagner activement la recherche d’une solution industrielle crédible, qui garantisse la pérennité de l’activité, des emplois et de la ressource. Je considère aussi que les outils économiques de la province Nord doivent bénéficier du même niveau d’accompagnement de la part de l’État que les autres opérateurs.

Concernant la recherche d’un repreneur, il faut être lucide et regarder la réalité économique mondiale : des capitaux chinois sont présents dans de nombreux secteurs industriels stratégiques, y compris en France dans le cadre de partenariats encadrés. Nous devons être exigeants et ouverts aux solutions qui préservent l’outil et l’avenir économique du Nord. Il faut aussi tirer les enseignements de la crise et accélérer la diversification économique du Nord.

Vous parlez beaucoup de la jeunesse à Houaïlou. De quoi a-t-elle besoin dans la province ?

Les jeunes ont d’abord besoin de perspectives, car leur avenir est incertain. Leurs attentes ont évolué, ils demandent davantage d’accès au numérique, à l’enseignement supérieur, aux formations qualifiantes, à la mobilité, au logement et à l’accompagnement vers l’emploi. Nous moderniserons les politiques jeunesse grâce à de l’investissement dans les filières professionnelles adaptées aux besoins du territoire, un soutien à l’entre- preneuriat, un meilleur accompagnement vers l’emploi et une présence plus forte des services publics. La jeunesse a aussi besoin d’être associée aux décisions qui concernent son avenir. Nous allons renforcer le lien de confiance et leur ouvrir davantage d’horizons.

On vous qualifie d’« indépendantiste modéré ». Quelle est votre vision de l’indépendance et de la trajectoire pour y parvenir ?

Je suis avant tout un indépendantiste responsable et il faut sortir d’une opposition simpliste, car la souveraineté moderne repose sur des mécanismes d’interdépendance choisis et négociés. C’est dans cet esprit que je conçois l’avenir. Un pays souverain qui entretient avec la France et d’autres nations des relations d’interdépendance bénéfiques. Concrètement, cela pourrait être des traités bilatéraux ou multilatéraux dans plusieurs domaines : la défense, la sécurité, la formation, la santé, la coopération judiciaire, la circulation des personnes ou encore l’économie.

La France conserverait un partenaire stable dans le Pacifique, tandis que notre pays disposerait de la maîtrise de ses choix fondamentaux tout en maintenant des liens privilégiés. Cette solution durable doit être fondée sur le dialogue et le respect. L’indé- pendance est un projet de responsabilité et de destin commun où chacun trouve sa place dans un pays souverain, ouverte sur son environnement régional et liée à ses partenaires par des relations librement consenties.

Propos recueillis par Yann Mainguet et Chloé Maingourd