Pascal Lafleur : « Le territoire est dans une situation déplorable, il est temps de s’occuper de l’avenir »

Candidat aux dernières législatives, engagé dans une réflexion sur l’avenir avec d’autres personnalités, Pascal Lafleur n’est pas optimiste sur les discussions engagées entre appareils politiques et l’État. Il regrette le manque de projets concrets des partis politiques.

DNC : Qu’attendez-vous de la visite du ministre de l’Intérieur et des Outre-mer ?

Pascal Lafleur : Pas grand-chose. Parce que le format reste le même ! Ce sont des discussions entre élus avec un État qui ne connaît toujours pas le dossier et dont le seul objectif est surtout qu’il ne se passe rien de grave en Nouvelle-Calédonie. Les élus ne l’aident pas forcément dans la réflexion, puisqu’ils n’ont rien à proposer.

L’État a du mal à dire qu’il va aller contre trois référendums et aimerait bien quelque chose en douceur parce qu’il pense que certains peuvent mettre le bazar et qu’il faut leur donner un peu satisfaction. Pour cela, il peut s’appuyer sur des non-indépendantistes qui ont toujours eu une position assez ambiguë vis-à-vis de l’avenir institutionnel.

L’indépendance association avait été préparée par Philippe Gomès et Paul Néaoutyine. L’État a aussi fait une ânerie monstrueuse en nommant Sonia Backes au gouvernement. Les indépendantistes s’en servent actuellement.

Comment analysez-vous les postures des autres mouvances ?

Pour les indépendantistes, c’est l’indépendance et si ce n’est pas cela, ça peut déraper. C’est provocateur et inadmissible. Ils ont toujours demandé l’application de l’Accord de Nouméa jusqu’au bout, jusqu’au troisième référendum. Et aujourd’hui, ils ne veulent pas reconnaître le résultat. C’est quand même incroyable. Et dangereux : on a vu ce que ça donnait dans d’autres pays quand un candidat refuse les résultats, ça peut amener à des dérapages.

Et les non-indépendantistes ?

La province Sud veut une hyperprovincialisation qui n’est pas souhaitée par les indépendantistes, ni par une partie des non-indépendantistes, donc ça paraît compliqué. Cette solution, c’est l’abandon d’une partie de nos concitoyens qui se trouvent dans ces provinces indépendantistes.

C’est se replier pour s’assurer une majorité, un pouvoir, mais ce n’est pas forcément dans l’intérêt du territoire et de l’ensemble des populations. Pierre Frogier avait une orientation de différenciation provinciale qui n’est sans doute pas très différente. Et dernièrement je l’ai entendu dire que la discussion devait se tenir entre Calédoniens. Je suis totalement d’accord sauf qu’il ajoute que si jamais on n’y arrive pas, il faut que l’État « fasse le nécessaire », ce que je ne soutiens pas.

L’État doit rester un partenaire qui doit aider, faciliter la recherche de solution et la mise en place de ce qu’on aura décidé. Si on n’arrive pas à se mettre d’accord, pourquoi ne pas imaginer deux projets qui seraient soumis aux  Calédoniens ?

Les élections à court terme pèsent-elles selon vous dans les stratégies ?

Le paysage politique est confus. On a eu pour les législatives une alliance et une confédération de partis avec, comme seul critère, le soutien au président de la République ; mais très vite après, on a vu se fissurer cet ensemble. On se  pose la question de savoir s’il existe toujours. Ce que j’entends dire, c’est que la préoccupation des principaux responsables c’est surtout les sénatoriales.

Il semble que l’on revienne à d’anciennes alliances pour permettre au sénateur existant et une candidate au poste de se remettre ensemble pour gagner ces élections.

Où en êtes-vous de votre travail avec Thierry Santa, Alain Descombels et Pascal Vittori ?

L’objectif de ce groupe de travail est de proposer un projet institutionnel, des orientations économiques et sociales, pour l’enseignement, la santé, etc. Traiter l’avenir institutionnel seul ne sert à rien. Il faut donc un projet global pour la Nouvelle-Calédonie. On travaille sur toutes ces questions, on consulte, on souhaite faire participer et rassembler le plus grand nombre sur un projet. Nous devrions communiquer prochainement sur cet avancement.

Ce groupe sera-t-il reçu par Gérald Darmanin ?

Ce n’est pas prévu, a priori. J’ai l’impression que le ministre ne reçoit que des politiques pour l’instant. C’est toujours la même chose. C’est entre politiques qu’on discute. Je crois pourtant que tout le monde doit y participer. J’avais proposé à l’époque qu’on dépolitise ce travail. Que ce soient des gens qui ne sont pas élus qui forment un groupe de travail pour consulter les politiques, les coutumiers, la société civile, pour essayer de trouver un consensus et proposer quelque chose.

Mais les politiques ne souhaitent pas qu’on leur enlève leur travail… Et l’État dit qu’il veut intégrer la société civile, mais ce ne sont que des paroles.

Dans ce contexte, comment comptez-vous être écoutés ?

Grâce à ce projet tout d’abord. Il devra être présenté au gouvernement et aux Calédoniens. Je n’avais pas l’intention de faire un parti politique, mais s’il faut en passer par là pour participer, pourquoi pas…

Propos recueillis par Chloé Maingourd

Photo : C.M.

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