Pascal Lafleur, chef d’entreprise, a été convaincu par Joël Kasarhérou (Construire autrement) de tirer une liste de personnalités issues de la société civile. Ils proposent une « alternative sérieuse » à la politique menée durant la dernière mandature.
DNC : Pourquoi ce choix de vous présenter ?
Pascal Lafleur : Joël Kasarhérou n’est pas le seul à m’avoir sollicité, mais il est le seul à m’avoir convaincu. Il faut partir avec des gens qui ont les mêmes orientations que les nôtres. Il y avait d’autres regroupements possibles, mais ils ne se sont pas faits pour des raisons diverses et variées, parfois de susceptibilité, parfois d’ego. Nous n’avons pas pu faire cette union. Les autres n’ont peut-être pas compris ou voulu comprendre le projet de Joël.
Parmi les personnes qui nous entourent, des chefs d’entreprise, d’anciens syndicalistes, des retraités, des jeunes d’horizons divers, mais qui ont les mêmes préoccupations : le quotidien de la population, la stabilité de la Nouvelle-Calédonie.
Regrettez-vous qu’une union dans la « voie médiane », ou le centre, n’ait pas été possible ?
Nous sommes bien conscients que l’éparpillement des voix est extrêmement dommageable. Mais c’est aux électeurs de prendre conscience de la gravité de la situation. Quelle est la liste la plus à même de changer la voie sur laquelle nous sommes engagés et qui nous a amenés à la catastrophe, la plus à même de défendre les intérêts de la population ?
L’objet de cette campagne sera de sensibiliser les électeurs de tous bords sur l’importance capitale de cette échéance. C’est l’élection de la dernière chance. Je les laisse faire une analyse de ce que les élus indépendantistes et non indépendantistes ont fait ces sept dernières années pour savoir s’ils veulent continuer avec eux ou non. On parle de la voie médiane, je dis que nous sommes la seule voie face aux deux voies sans issue. Et je rappelle que ce n’est pas une élection où l’on vote pour ou contre l’indépendance. On vote en faveur d’un programme pour gérer la province.
Je laisse les électeurs faire une analyse
de ce que les élus indépendantistes
et non indépendantistes ont fait ces sept dernières années pour savoir s’ils veulent
continuer avec eux ou non
Quelle alternative proposez-vous ?
D’abord, on souhaite discuter et travailler tout de suite sur le projet institutionnel parce que c’est la base du futur de la Nouvelle-Calédonie. Parce que la Nouvelle-Calédonie est au fond du trou. Et que l’économie repose sur la confiance. S’il n’y a pas de confiance, il n’y aura pas d’investissement, pas de relance de la consommation.
Attendre 18 mois, ce n’est pas faire de la politique, c’est échapper aux questions essentielles. Notre objectif à tous est de se référer à ce qui a fait de la Nouvelle-Calédonie un exemple dans le monde : la poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou. Cet esprit, c’est celui que tout le monde souhaite voir revenir. C’est-à-dire le respect de chacun, le dialogue, pour permettre de construire, de développer socialement et économiquement le territoire.
On a vu ces dernières années tout le monde se référer aux accords, mais ils font tout l’inverse ! Il faut arrêter de prendre les gens pour des imbéciles. La radicalisation est pour moi un manque de respect.
Quelles sont les mesures que vous proposez ?
Il faut, à court terme, aider les gens dans leur quotidien. Nous proposons une allocation citoyenne, des tarifs réduits pour les salariés précaires, les personnes âgées et les étudiants, la gratuité des cantines scolaires, la réduction des frais de mutation.
Il faut aussi des mesures immédiates pour les entreprises et les salariés : l’exonération des charges sociales salariales et la réduction des charges sociales patronales jusqu’à la fin de l’année. Nous comptons travailler avec le Medef, les différentes organisations patronales, syndicales et nous sommes bien entendu à l’écoute des Calédoniens. En ce qui concerne le financement, l’État doit nous accompagner parce qu’on est une collectivité française, mais aussi parce qu’on est sérieux.
Et je ne suis pas d’accord pour dire que plus personne n’a d’argent. Il semble que la province ait un excédent de 10 milliards, alors qu’on a coupé les aides à tout le monde, chapeau ! La population en bave, mais eux ont de grands projets… Franchement assez ! La population en a marre de cette façon de se moquer d’eux.
Et à plus long terme ?
Encore une fois, le redressement durable de la Nouvelle-Calédonie ne pourra se faire qu’en misant sur l’économie et en trouvant une solution institutionnelle équilibrée qui procurera stabilité et visibilité. Il nous faudra aussi des fondations solides pour reconstruire en faveur des générations à venir : un projet éducatif, la réduction des dépenses publiques, le développement des secteurs économiques délaissés, une fiscalité qui n’écrase pas les Calédoniens.
Propos recueillis par Chloé Maingourd

