Pas d’envolée des cas, mais des sueurs froides

Semaine tendue en Nouvelle-Calédonie. Si les résultats de la campagne élargie de tests restent satisfaisants (18 cas) et que l’on commence à imaginer un déconfinement, le rapatriement des Calédoniens, le cas de Covid-19 au sein de l’appareil de gestion de crise et le relâchement d’une partie de la population nous laissent sur le qui-vive.

Le président du gouvernement et le haut-commissaire ont annoncé par voie de communiqué, vendredi 3 avril, la prolongation du confinement strict des Calédoniens jusqu’au lundi 13 avril inclus. Pour rappel, il avait été instauré initialement le 23 mars, au soir, jusqu’au 6 avril pour une durée de deux semaines. Nous serons donc, lundi prochain, à trois semaines pleines de confinement.

Un confinement qui pèse à la fois sur les foyers et les entreprises, mais qui a été jugé absolument nécessaire pour contenir la propagation du virus sur le territoire. Cette prolongation, durant les vacances de Pâques, n’a pas été une surprise, sachant que la Nouvelle-Calédonie lançait le même jour un important plan de rapatriement de ses ressortissants bloqués à l’étranger et en Métropole.

370 voyageurs rapatriés

Le programme a débuté en fin de semaine dernière, avec des liaisons au départ de Tokyo, Sydney et Port-Vila, opérées par les compagnies Aircalin et Aircal. Près de 200 personnes sont arrivées lors de cette première vague. 170 autres ont suivi, cette semaine, depuis Tokyo et Auckland.

L’isolement dans les hôtels est « privilégié ». Ainsi, 550 chambres ont été réquisitionnées et le rapatriement se déroule en fonction des capacités d’accueil (et des règles en vigueur dans les autres pays). 2 128 Calédoniens se sont signalés à l’étranger et 617 en Métropole. Il est donc clair que certains devront attendre encore un peu… Le rapatriement depuis la Métropole doit débuter à compter du mardi 14 avril, mais il est conditionné à l’évolution de l’épidémie sur place.

Rappelons que le protocole sanitaire a été renforcé. Les passagers sont contrôlés à toutes les étapes de leur trajet. Une personne présentant des symptômes avant son départ ne pourrait embarquer. Les avions sont remplis à la moitié de leur capacité pour pouvoir mettre en place une distance entre les voyageurs qui bénéficient de moyens de protection. Et une personne qui s’avérerait finalement positive resterait en isolement au Médipôle.

©DR

 

Une erreur bouscule les opérations

Mais alors que toute notre attention était figée sur ce plan de rapatriement, qui ne faisait que débuter, l’inquiétude est survenue là où ne l’attendait pas. Le vendredi 3 avril, la présidente de la province Sud, Sonia Backes, a annoncé qu’un de ses proches collaborateurs, de retour de déplacement, avait été testé positif au Covid-19 et qu’en tant que personne contact, elle était placée en quatorzaine.

On apprenait dans la foulée que, par mesure de sécurité, les points presse du gouvernement ne pourraient plus accueillir les journalistes des différents médias. Puis finalement que cette personne, son directeur de cabinet, coordonnait le centre opérationnel du gouvernement, le COG, la cellule en charge de la lutte contre le Covid-19.

Le lendemain matin, samedi 4 avril, le CHT organisait une conférence de presse. « Deux contrôles de tests de dépistage réalisés (le 1er avril), sur des prélèvements déjà analysés il y a une dizaine de jours, se sont avérés produire des résultats inversés par rapport aux premiers résultats annoncés », a fait savoir le centre hospitalier, évoquant de manière surprenante un « faux positif » ou encore « les limites de la sensibilité des tests », mais ne fermant pas non plus la porte à une éventuelle erreur de manipulation.

Résultat, la patiente testée positivement le 21 mars, ce fameux cas autochtone que les enquêtes ne parvenaient pas à expliquer, n’était pas porteuse du virus. À l’inverse, le collaborateur, qui avait été testé négatif le même jour, était positif. La piste la plus plausible, mais qui n’a toujours pas été confirmée, est une inversion des résultats.

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas de cas autochtone en Nouvelle-Calédonie, c’est-à-dire de personne ayant été contaminée sans être sortie du territoire, sans avoir été en contact direct avec un cas importé. La moins bonne est que la personne positive a pu poursuivre son activité et côtoyer durant deux semaines de nombreuses personnes et notamment de par ses fonctions, des représentants et collaborateurs du gouvernement, de l’État, des provinces, de la Sécurité civile…

Selon le gouvernement, pas moins de 135 personnes ont été interrogées, lors de l’enquête de la Dass. 114 ont été classées en contact élevé, moyen ou faible. 23 ont ont été placées en quatorzaine. Le gouvernement ajoute que « toutes les personnes symptomatiques ont été testées » et que « les résultats sont tous négatifs ». Toute la série de tests effectuée le jour de l’erreur a été refaite.

Réorganisation

Cette situation a généré un branle-bas de combat dans les hautes sphères. On a vu l’allocution remarquée du président, Thierry Santa, désormais en quatorzaine au Méridien. Au gouvernement, une petite vingtaine de personnes ont été, comme lui, isolées : deux autres membres de l’exécutif, mais aussi quatre collaborateurs et onze agents administratifs. Les personnes à risque faible, comme Christopher Gyges, peuvent continuer à travailler « tout en menant une surveillance active de leur état de santé ».

Dans d’autres institutions, on sait également que le président de la province des îles, Jacques Lalié, a été placé en quatorzaine dans un hôtel. Il a déploré, dans un communiqué, sa mise en confinement stricte, lourde de conséquences, en cette période de crise « alors que d’autres sont confinés à domicile ». Il se réserve le droit de porter plainte contre X.

On comprend que les autorités, sur lesquelles repose la gestion de crise en cette période aussi critique qu’inédite, se seraient sûrement passées de cet épisode malheureux en espérant surtout, bien sûr, que les conséquences ne soient pas plus néfastes. L’enquête de la Direction des affaires sanitaires et sociales (Dass) du gouvernement se poursuit. Le CHT a également demandé l’ouverture d’un audit à la Dass. Une certification qualité est en train de se mettre en œuvre « pour assurer une sécurité maximale ».

Pour suivre la gestion de la crise et « s’assurer de la plus grande transparence », les députés Calédonie ensemble ont demandé au Congrès une audition du président du gouvernement, qui s’est tenue mercredi. Ils ont par ailleurs demandé, à l’instar de ce qui a été fait en Métropole, la constitution d’une commission d’enquête du Congrès. Il a été jugé que celle-ci pourrait être envisagée ultérieurement, mais qu’au stade actuel, les élus pouvaient s’en tenir à une mission d’information qui pourra procéder à diverses auditions d’experts et de responsables administratifs et politiques.

Circule, circule pas ?

Lors de son allocution, Thierry Santa avait évoqué sa principale crainte : que le virus « circule à bas bruit », une hypothèse qui n’est pas encore écartée, selon la Dass. La campagne de dépistage élargie des personnes symptomatiques est donc toujours en cours. Près de 2 500 tests ont été effectués depuis le 18 mars sur un total de 10 000 disponibles. 15 000 autres ont été commandés. Il s’agit, encore une fois, de voir si oui ou non il y a une circulation active du virus.

Les résultats étant à l’heure actuelle plutôt satisfaisants, les discussions sur un éventuel déconfinement sont à l’ordre du jour. Le porte- parole du gouvernement, Christopher Gyges, a expliqué qu’elles se tiennent avec les experts médicaux et du monde économique. Il s’agit de voir, par exemple, si les tests ont couvert l’ensemble du territoire ou des franges de la population.

Si la situation sanitaire permet cette réouverture, il faudra ensuite s’assurer de prendre toutes les précautions nécessaires pour accompagner le retour à la normale. Pourrons-nous ainsi disposer d’un stock de masques suffisant pour l’ensemble de la population ?

Il nous est par ailleurs expliqué par les autorités sanitaires que la validité des tests dont nous disposons est conditionnée aux symptômes. Pourrions-nous donc utiliser d’autres tests comme les tests rapides, dont il est question ailleurs, pour voir si les personnes ont développé des anticorps ? La réponse est non, selon la Dass. Outre le fait que ces tests « n’ont pas fait l’objet de contrôle et que leur fiabilité n’est pas encore démontrée », ils sont surtout inutiles pour le moment, en ce qui nous concerne. « Ce type de test est intéressant pour connaître le taux de circulation du virus dans la population, or à ce jour, la circulation du virus en Nouvelle-Calédonie n’est pas prouvée. En effet, tous les cas détectés positifs au Covid-19 sont soit importés, soit des contacts de cas importés. »

On comprend donc que si la situation n’évolue guère il faudra se baser sur d’autres moyens. Christopher Gyges a précisé que les options étaient ouvertes et que le redémarrage pourrait, par exemple, se dérouler comme ailleurs par secteur d’activité, par zone géographique, voire par tranche d’âge…

En attendant, il s’agit surtout de continuer à faire respecter les consignes liées… au confinement dont le non-respect continue de faire peser un risque sur toute la Nouvelle-Calédonie. Le message, brouillé par les excès d’optimisme liés à la faible progression des cas, a logiquement un peu de mal à être intégré. Mais il n’est pas inutile de rappeler que la situation pourrait très bien basculer d’un jour à l’autre.


490 000 masques viennent d’arriver

La Dass a fait savoir qu’une première commande de masques chirurgicaux et FFP2 nous était parvenue. Toutes les autres en cours – on parle de 500 000 masques supplémentaires – sont « dépendantes du trafic international, des règles douanières des pays dans lesquels les vols font escale et du rythme de production des fournisseurs ». L’OMS ayant fait évoluer son discours sur l’importance de porter le masque, la Nouvelle-Calédonie va lancer la fabrication locale de deux prototypes. Il s’agira dans un premier temps de protéger les professionnels de santé, les personnes qui ont beaucoup de contacts.


Constitution de la réserve sanitaire

Le gouvernement invite tous les professionnels des secteurs de la santé et du médico-social à rejoindre la réserve sanitaire instaurée dans le cadre de l’épidémie de Covid-19. Cet appel s’adresse aux personnes en activité (salariés, libéraux), étudiants dans une filière paramédicale ou médico-sociale, aux sans emploi ou retraités depuis moins de cinq ans et aux volontaires pour intervenir en renfort de l’offre sanitaire. Les inscriptions se font sur un formulaire en ligne disponible sur le site du gouvernement (gouv.nc/coronavirus). Ils seront appelés en fonction des besoins et de l’évolution de la situation épidémique.


Aide exceptionnelle du gouvernement

L’exécutif a proposé au Congrès d’instaurer une aide financière pour les Calédoniens bloqués à l’extérieur en plus de celle apportées par les provinces. Cette aide, qui sera versée sous conditions, s’élève à 7 000 F pour une personne seule, 10 500 F pour un couple avec une majoration de 1 750 F par enfant.


La Maison de la Nouvelle- Calédonie en soutien

La structure va renforcer son dispositif d’assistance en Métropole en proposant des produits de première nécessité voire un logement de transition aux personnes dans le besoin en attendant leur rapatriement. Entre deux et trois millions de francs vont être débloqués d’urgence pour cette opération. La MNC a par ailleurs pu expédier 20 000 masques chirurgicaux vers la Nouvelle-Calédonie.

C.M.

 

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