Puyo, Garioud, Colmas : Pourquoi sont-ils aussi forts ?

Quelle saison pour nos supistes calédoniens ! À eux trois, Titouan Puyo, Noïc Garioud et Clément Colmas ont remporté des médailles lors de toutes les épreuves mondiales et nationales sur lesquelles ils se sont alignés, prouvant ainsi que le Caillou n’a pas son pareil dans le milieu du stand-up paddle. Mais quel est donc le secret de leur réussite ? Analyse des ingrédients de cette recette miracle.

L’exemple à suivre

« S’il n’y avait pas eu Titouan Puyo, il n’y aurait pas eu les autres », lance Benoît Rivière, l’ancien entraîneur du Centre territorial d’entraînement (CTE) local de stand-up paddle. Champion du monde dès 2014 au Nicaragua, alors que la discipline n’en était qu’à ses balbutiements au niveau international, « T2 », comme on le surnomme, est un exemple à suivre dans le domaine.

« Il a un don, sa lecture du plan d’eau est juste extraordinaire. Mais surtout, sous ses airs nonchalants, c’est un énorme bosseur. Il est super humble et ne s’est jamais reposé sur ses lauriers. C’est le secret de sa longévité exceptionnelle », complète Benoît Rivière.

Puyo a d’abord commencé sa carrière de rameur par le va’a, qu’il a découvert à l’UNSS. Montant rapidement les échelons, il est vite devenu l’un des piliers de la sélection calédonienne et pratique encore aujourd’hui cette discipline, dont il a récemment été titré champion de France. Mais après son exploit en Amérique du Sud, Titouan Puyo s’est lancé sur le circuit mondial de stand-up paddle (SUP), sur lequel il collectionne encore aujourd’hui des médailles.

Entre deux saisons internationales, le Cagou est à chaque fois revenu s’entraîner à la maison durant plusieurs mois : « J’étais trois à quatre fois sur l’eau par jour et deux fois en salle par semaine. En plus de cela, je faisais du va’a le soir et des downwind (navigation en surfant la houle du large, NDLR) l’après-midi. Je vivais rame. »

Titouan Puyo a remporté dix titres nationaux et été sacré champion du monde à trois reprises. 

Partage

C’est lors de ses passages sur le Caillou que le cador partageait sa passion avec les autres adeptes calédoniens du SUP, dont Clément Colmas et Noïc Garioud. « Être sur l’eau quotidiennement avec un champion du monde, c’était une chance. Il a été un exemple, autant dans sa technique de rame que dans la régularité et le sérieux de ses entraînements. Il m’a beaucoup appris », confie Noïc Garioud, qui a remporté cette année deux titres de champion du monde, en sprint et en technical race, en plus d’une deuxième place en longue distance… derrière Titouan Puyo.

« C’était l’exemple à suivre. Il était présent pour leur rappeler que c’était possible. Je pense qu’il a beaucoup œuvré à les motiver », expose le coach du CTE.

Un cadre propice

Pour les passionnés de sport nautique, notre lagon est un terrain de jeu exceptionnel en plus d’être praticable à l’année. « On a tout ce qu’il faut chez nous, du vent, des vagues, du plat et en plus, on n’a pas peur de tomber à l’eau parce qu’on se les gèle », résume Noïc Garioud. Alors quand le stand-up a connu un pic de popularité planétaire au début des années 2010, bon nombre de Calédoniens se sont naturellement tournés vers cette nouvelle discipline.

« C’est sûr qu’on est arrivés dans une période faste, retrace Clément Colmas, qui a commencé à ramer à l’âge de 9 ans. Le SUP était particulièrement populaire et il y avait une énorme émulation de groupe. On était toute une communauté, soudée, à s’entraîner ensemble. »

Circuit local

Une dynamique qui a favorisé l’éclosion d’un véritable circuit de compétitions, dont la fréquence dépassait parfois une course organisée par mois. « C’est une densité que l’on ne retrouve pas forcément ailleurs dans le monde. C’était un entraînement non négligeable », analyse T2. C’est dans ce contexte qu’ont grandi Clément Colmas et Noïc Garioud qui, malgré leur jeune âge, se sont rapidement démarqués localement.

Une rivalité qui a perduré de longues années et qui les a sans aucun doute poussés à se surpasser régulièrement. « À chaque fois qu’on était sur l’eau, c’était la compétition, y compris aux entraînements. Même si ce n’était pas toujours agréable à vivre, avec le recul, cela nous a beaucoup fait progresser », dépeint Clément Colmas.

Un sentiment partagé par Titouan Puyo : « Si l’on prend l’ensemble des rameurs du circuit mondial, ils s’entraînent globalement tout seuls dans leur coin. Mais ceux qui marchent bien, ce sont souvent ceux qui ont d’autres athlètes de bon niveau à côté de chez eux. C’est plus facile de se dépasser quand quelqu’un nous pousse. »

Noïc Garioud et Clément Colmas ont été confrontés l’un à l’autre toute leur carrière, comme ici, lors d’un entraînement supervisé par Titouan Puyo, en 2016.

Un encadrement personnalisé

Pour ne pas risquer de perdre ces deux jeunes talents locaux à leur arrivée au lycée, la Ligue calédonienne de surf, qui encadre également le SUP, a décidé de transformer son Centre territorial d’entraînement afin de permettre à Colmas et Garioud de poursuivre leurs entraînements en intégrant une classe à horaires aménagés.

En 2017, Benoît Rivière devient donc l’entraîneur du CTE et prend sous son aile les deux adolescents. « L’idée, c’était de créer une dynamique autour d’eux afin de les faire progresser, mais aussi de fédérer d’autres personnes motivées », raconte-t-il.

Un objectif partiellement réussi, car les deux supistes se sont rapidement retrouvés les seuls pensionnaires de ce centre d’entraînement, autour duquel gravitaient tout de même quelques rameurs expérimentés à l’image de David Anewy et Benoît Rivière ou encore Titouan Puyo lorsqu’il repassait sur le territoire.

Les France en ligne de mire

Seule structure de ce type en France, le CTE a permis de cadrer l’entraînement des deux prodigues avec des séances sur l’eau concoctées par le coach Vincent Guillaume, qui s’occupe de Titouan Puyo depuis 2014, mais aussi en salle, sous la supervision d’un préparateur physique spécialisé, en la personne de Brian Rolland, d’Exercice Kitchen.

« Le matériel évolue rapidement dans le stand-up paddle. On était partis du principe qu’il y aurait des planches de plus en plus fines et on a donc appuyé sur la stabilité en couplant le gainage et la mobilité à l’explosivité. Avec Brian, on les a en quelque sorte préparés pour qu’ils puissent performer sur les planches du futur », analyse Benoît Rivière.

Clément Colmas et Noïc Garioud ont également eu la chance de bénéficier d’aides conséquentes de la part de la Ligue de surf calédonienne afin de pouvoir participer aux championnats de France jeunes quatre ans d’affilée. Une expérience qui leur a permis de garder intacte leur motivation quotidienne, tout en leur offrant la possibilité de se confronter ponctuellement à d’autres compétiteurs sur des plans d’eaux variés.

« Les championnats de France, c’était un véritable enjeu. On se devait de s’entraîner, parce que c’était un projet qui ne concernait pas que nous, des gens s’investissaient pour nous permettre d’avoir cette chance, commente Colmas. Personnellement, cela m’a beaucoup poussé à aller m’entraîner, même lorsque j’avais un peu la flemme. »

Mis bout à bout, ce sont tous ces facteurs qui ont permis aux rameurs du Caillou de s’imposer aujourd’hui parmi l’élite mondiale du SUP et de dominer sans partage la scène nationale. « Je suis super fier de voir où ils en sont aujourd’hui, conclut leur ancien entraîneur. Ils sont considérés comme les meilleurs rameurs du monde. C’est l’aboutissement de tout le travail qu’on a mis en place pendant des années. »


Moisson de médailles

Titouan Puyo, Noïc Garioud et Clément Colmas sont montés sur le podium de toutes les épreuves des championnats de France cette saison. Noïc Garioud et Clément Colmas ont respectivement remporté l’or et l’argent des trois courses longue distance du Corsica Paddle Trophy, en Corse, ce week-end. Garioud a également remporté la technical race, épreuve à laquelle Colmas n’a pas pu participer, car il devait rejoindre Crozon, en Bretagne, où se tiennent cette semaine les championnats de France de stand-up paddle foil. Il a rejoint sur place Titouan Puyo, qui a quant à lui remporté la Presqu’île Paddle Race ce week-end, en va’a. Au moment d’écrire ces lignes, Clément Colmas et son aîné étaient tous les deux en tête en foil. La compétition doit se terminer ce vendredi. Noïc Garioud devrait, de son côté, revenir sur le Caillou en fin de semaine.

 

Titouan Moal

©FFsurf 

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