Où en est le parc de la mer de Corail ?

Créé le 23 avril 2014, le parc naturel de la mer de Corail n’avait toujours pas de plan de gestion. Le cinquième comité de gestion du parc, qui s’est tenu le 28 février, a permis de valider le plan pour la période 2017-2021.

Quatre ans. C’est le temps qui aura été nécessaire pour doter le parc naturel de la mer de Corail d’un plan de gestion. Un délai qui peut sembler long, mais qui n’a rien d’exceptionnel si l’on regarde les autres exemples de parcs métropolitains. Pour le premier, celui de la mer d’Iroise, il aura fallu près de dix ans pour sa création et plus trois ans pour l’adoption de son plan de gestion. Le parc calédonien ne fait donc pas figure de mauvais élève.

Comme le rappelle le communiqué annonçant l’adoption du plan, le parc de la mer de Corail « constitue une aire marine protégée de près de 1,3 million de kilomètres carrés, la plus vaste de France et l’une des plus importantes au monde. Sa biodiversité est exceptionnelle, on y recense plus de 2 000 espèces de poissons, 310 espèces de coraux, plus d’un tiers des récifs vierges (ou « pristines ») de la planète, et plus de 149 monts sous-marins. Ce parc est un atout considérable pour faire de la Nouvelle-Calédonie un leader de la dynamique environnemental marine ».

Les croisières autorisées sous conditions près des récifs « pristines »

Le plan s’articule autour de quatre axes : la protection et la préservation, le développement d’activités durables et responsables, une gouvernance permettant d’assurer le bon fonctionnement du parc et l’affirmation qu’il constitue un outil de coopération régionale. Le plan ainsi adopté a été transmis au gouvernement qui a la charge de le concrétiser au travers d’un arrêté et reste le seul décisionnaire pour ce qui relève du parc naturel de la mer de Corail, le comité de gestion étant un organe consultatif.

Selon le communiqué du gouvernement, la phase opérationnelle se traduira dès 2018 par la mise en œuvre de la protection des récifs « pristines ». Une volonté est affichée que soient notamment préservés les récifs des Chesterfield, de Bellona, de Pétrie ou encore de l’Astrolabe. Ceux des Chesterfield étaient récemment au cœur d’une polémique. La compagnie du Ponant, qui propose des croisières de luxe, voulait y emmener des touristes à compter de 2019. Ce type de croisière sera-t-il possible ? Il semblerait que oui, la grande majorité des acteurs n’étant pas totalement opposé à l’idée, à condition que l’activité soit strictement encadrée. Pas de ski nautique ou de planche à voile sur les récifs « pristines ». « L’objectif du parc est de préserver l’intégrité écologique, ce qui ne va pas sans l’exercice d’activités durables », souligne Eric Mévelec, le directeur des Affaires maritimes, en charge de la rédaction du plan de gestion. Les croisiéristes du Ponant pourraient donc bien être autorisés à venir dans ces eaux préservées.

Un atelier réunira les membres du comité de gestion, la semaine prochaine, sur le cas précis des récifs Chesterfield et Bellona et leur niveau de préservation, entre réserves intégrales et réserves naturelles. Il y sera très probablement question des croisières, des zones où les bateaux ne pourront pas aller, de la présence d’un observateur, de l’interdiction ou non de jeter l’ancre ou encore des interdictions saisonnières en fonction des saisons de ponte, par exemple. Un compte-rendu sera étudié trois semaines après l’atelier afin de mettre tout le monde d’accord de façon à pouvoir prendre les arrêtés nécessaires.

Des ateliers sur les autres récifs suivront afin qu’ils disposent tous d’un statut de protection d’ici la fin de l’année. Le tourisme professionnel sera, pour sa part, étudié au cours d’un atelier le 12 avril. En 2019, le calendrier précise que les monts sous-marins seront protégés, de même que les îles hautes. Une amélioration de la gestion de la zone économique exclusive est également planifiée.

Pas encore d’actions concrètes

Pour Laurent Lhermitte, membre d’Action Biosphère qui siège
au comité de gestion, le principal problème de ce plan est qu’il n’est précisément pas un plan de gestion. Il ne précise en effet aucun budget, pas vraiment de calendrier pour la mise en place des mesures, ni indicateur ou objectif opérationnel. L’UICN elle-même, dans un avis publié en mai 2017, appelait le gouvernement calédonien à adopter un plan de gestion fixant « des mesures de gestion concrètes » (…) et à « définir de façon claire et normalisée les conditions d’évaluation et d’autorisation des activités à incidence environnementale potentielle ». Autant d’éléments que ne contient pas le plan de gestion, de même qu’un zonage des différents usages futurs du parc marin.

La quasi-totalité des associations et ONG participantes ont d’ailleurs pointé ce manque dans un courrier adressé au gouvernement et au haut-commissariat, envoyé le 16 février. Si des membres du comité de gestion se sont abstenus ou n’étaient tout simplement pas présents pour cette cinquième réunion, seule Action Biosphère s’est prononcée formellement contre le plan de gestion. Une opposition qui, sur la forme, empêche le comité de valider le plan. Comme le stipule l’arrêté de création du parc, le comité de gestion doit prendre des décisions consensuelles, ce qui signifie « l’absence de toute objection formelle au moment où l’avis est rendu ».

Pour Eric Mevelec, il s’agit avant tout d’un problème méthodologique. « Le plan de gestion est un document stratégique. Il faut bien valider la stratégie avant d’aller plus loin », estime le directeur des Affaires maritimes. Il explique encore l’absence de zonage global par des divergences trop nombreuses entre les membres du comité. Afin d’avancer plus sereinement, le choix a été fait de cartographier chaque site en fonction des priorités. « Notre mandat n’est pas de faire de la littérature, mais bien d’agir », insiste le directeur des Affaires maritimes.

Mais au-delà d’un simple problème de forme, le plus inquiétant est que les membres du comité ne savent tout simplement pas ce que seront les futures actions du véritable plan de gestion qui sera défini ultérieurement, par arrêté du gouvernement. La gouvernance est pourtant l’un des axes majeurs autour duquel doit s’articuler le plan de gestion. Dans ce contexte, il est peut-être un brin optimiste de penser que la Nouvelle-Calédonie puisse devenir un leader de la dynamique environnementale marine. L’optimisme peut même virer au pessimisme si l’on s’attarde sur le cas du Kea Trader, dossier autour duquel une certaine opacité a été dénoncée par les acteurs locaux, sans même parler de la question de la compensation environnementale qui ne semble pas à l’ordre du jour.

Une structure dédiée au fonctionnement du parc marin ?

Pour Guy Forhinger, le président d’Action Biosphère, la « validation » du plan de gestion relève davantage d’un greenwashing ou d’un coup de communication visant à lever des fonds. Et cela pourrait bien fonctionner. Quelques jours avant ce cinquième comité de gestion, un conseiller spécial du secrétaire d’État, Sébastien Lecornu, en charge des enjeux territoriaux, s’est rendu à Bruxelles pour appuyer le dossier du parc de la mer de Corail dans le cadre de sa candidature au programme Tiga (territoires d’innovation de grande ambition).

Ce programme permettrait potentiellement de bénéficier d’une enveloppe de cinq milliards de francs. L’idée précisée dans le rapport de mission est « de développer des programmes de recherche en Nouvelle-Calédonie, d’optimiser les moyens d’observations, de créer un écosystème innovant, de développer de nouvelles activités écoresponsables, de valoriser économiquement le parc et de renforcer les cohérences locales et internationales ».

Tout un programme qui pose une autre question, celle de savoir qui va toucher ce financement. Il n’existe actuellement aucune structure en mesure de recevoir les fonds afin de les reverser à des actions concrètes de préservation ou à des programmes de recherche. Si aucune entité n’est créée, ces fonds se retrouveraient dans le budget du gouvernement avec toutes les contraintes administratives que cela implique. L’idée fait donc son chemin de créer une structure assez souple, qui pourrait avoir une certaine autonomie vis-à-vis du gouvernement, pour jouer ce rôle.


Quels enjeux de préservation ?

Il y a bien sûr les récifs « pristines », ces récifs intacts qui constituent un enjeu majeur de la préservation de la biodiversité. Mais la question ne peut se réduire à ces récifs. L’idée du parc est précisément de trouver un équilibre entre préservation et développement économique. Le plan actuel reste un peu trop évasif sur certaines questions pour assurer cet équilibre, selon Action Biosphère. Il élude en particulier certains aspects primordiaux comme la possible privatisation des ressources. Autrement dit, si un gisement de pétrole est trouvé, ce qui est possible puisque des recherches sont régulièrement effectuées, l’exploitation sera-t-elle possible et comment la ressource sera attribuée et contrôlée ? De la même manière, au cas où des prélèvements de matériel biologique dans le parc de la mer de Corail était valorisés, quels seraient les retours pour le parc et la Nouvelle-Calédonie ? Selon Action Biosphère, il y a dix ans, toutes les expéditions passaient une convention sur le partage des avantages tirés des prélèvements, ce qui ne semble plus être le cas aujourd’hui. La Nouvelle-Calédonie est pourtant directement concernée par le protocole de Nagoya qui encadre l’accès aux ressources génétique et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation.

M.D.

©Balesta / Pew Charitable Society 

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